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Arrêt de South Stream : tous perdants

Arrêt de South Stream : tous perdants

© Photo: AP/Darko Vojinovic
Economie
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Le gazier russe Gazprom a confirmé l'abandon définitif du projet South Stream. Le monde des affaires européen compte les dommages et Bruxelles tente de prendre conscience d'une réalité nouvelle.

La déclaration sensationnelle sur l'abandon par la Russie du projet South Stream a été faite par le président Vladimir Poutine au cours de sa visite à Ankara. Selon lui, la réalisation du projet était impossible face à la position non constructive de l'Union européenne. Néanmoins, pour satisfaire les besoins de la Turquie, la Russie construira un nouveau gazoduc qui, soit dit en passant, échappera aux restrictions du soi-disant troisième paquet énergie imposé par les Européens à Gazprom en tant que condition sine qua non de la coopération. Le président du conseil d'administration de Gazprom Alekseï Miller relève :

« La décision est dictée par l'impossibilité de réaliser le projet en principe étant donné qu'il est ouvertement bloqué. C'est une politique préméditée de l'UE. Le 17 avril 2014 le parlement européen a adopté une résolution sur l'interdiction de South Stream. En juin, la Commission européenne a envoyé une lettre appropriée à la Bulgarie. Cette lettre peut également être considérée comme un blâme pour la coopération avec la Russie. En réalité, le projet South Stream est suspendu depuis 6 mois. Dire que la Russie en est responsable, c'est rejeter sa faute sur autrui ».

Une rencontre au niveau ministériel des représentants de la Commission européenne et des pays de l'UE participant au projet South Stream (Bulgarie, Hongrie, Slovénie, Autriche, Croatie, Italie, Grèce et Roumanie) est prévue pour le 9 décembre. Les Européens déconcertés tentent de comprendre comment assurer la survie de leur électorat dans les conditions nouvelles. L'Europe de l'Est s'en prend à Bruxelles pour son intransigeance. D'autre part, la même Bulgarie a tergiversé avec l'autorisation de la pose de la partie sous-marine du tuyau. Il est possible qu'elle l’ait fait car elle craignait la réaction de la Commission européenne, mais c'est à elle seule de subir les dommages suite à la rupture du contrat. Alekseï Miller poursuit :

« Si l'on parle de la Bulgarie, la fermeture de South Stream la place dans une situation compliquée. Plus de 3 milliards d'euros ne seront pas investis dans l'économie bulgare. Plus de 6 000 emplois ne seront pas créés. En plus la Bulgarie perd le statut de pays transitaire. A l'heure actuelle, le transit via la Bulgarie vers la Turquie, la Macédoine et la Grèce s'élève à 18 milliards de mètres cubes de gaz. Le projet du gazoduc maritime vers la Turquie une fois réalisé, toutes ces quantités passeront ailleurs».

Il va de soi que la Russie perd beaucoup, elle aussi. Mais ces années d'efforts ne sont pas vaines. Du temps et des finances ont été dépensés, en revanche elle a obtenu des connaissances et une expérience. On peut dire que Moscou connaît désormais bien la bureaucratie européenne. La parole est à Alekseï Miller :

« La décision sur l'arrêt de South Stream est le début de la fin de notre modèle orienté sur les livraisons au consommateur final en Europe. L'amour ne se commande pas, si l'acheteur ne veut pas que la marchandise lui soit livrée à domicile, qu'il aille la chercher au magasin. Cela ne sera pas facile en hiver. Mais on peut emporter avec soi le troisième paquet énergie. Pourvu qu'il ne soit pas vide ».

L'opinion des experts est unanime : la suppression de South Stream renferme de gros risques pour l'Europe en ce qui concerne son approvisionnement en gaz. Sans parler des possibilités tout à fait nouvelles pour Ankara d'exercer la pression sur Bruxelles. Alekseï Miller explique :

« L'UE a offert à la Turquie le robinet du gaz. La Turquie devient un grand pays de transit. Plus de 50 milliards de mètres cubes de gaz russe transiteront par son territoire. Cela rehaussera le statut géopolitique d'Ankara dans la région. La Turquie sera, de fait, un centre de distribution comme l'Allemagne dans le Nord de l'Europe et comme l'était l'Ukraine au centre du continent ».

Ayant obligé la Russie à renoncer au gazoduc South Stream, l'Union européenne s'est créée un gros problème. Ce projet ouvrait de grandes perspectives eu égard à la fiabilité des fournitures, à la croissance des droits de transit en vue de compléter le budget et à la création de nouveaux emplois. Sa fermeture est une perte pour tout le monde. /N

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