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    La Banque mondiale signerait l'arrêt de mort du dollar

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    La politique économique étrangère agressive et l'immense dette publique des États-Unis a provoqué une situation qui va au-delà des discussions sur l'abandon du dollar: le processus de dédollarisation du monde est lancé et il est pratiquement impossible de le stopper, constatent les experts de la Banque mondiale.

    Les économistes affirment que d'ici dix ans, le système financier international changera significativement.

    L'approche chinoise

    Actuellement, dans le commerce mondial, 70% de toutes les transactions sont effectuées en dollars, 20% en euros, et tout le reste est partagé entre les monnaies asiatiques, notamment le yuan chinois.

    En mars, la Chine a porté un coup puissant au dollar sur le marché mondial des hydrocarbures en ouvrant le commerce des contrats à terme pétroliers en yuans. En 1993, Pékin avait déjà tenté de lancer un tel instrument, mais en vain. Aujourd'hui le yuan est la troisième devise dans le panier du FMI et cette seconde tentative a abouti.

    La Chine se prépare à la prochaine étape: le passage au règlement des fournitures physiques de pétrole avec sa monnaie nationale.

    Pour l'instant, le dollar est utilisé dans le commerce des matières premières en tant que devise du contrat, mais le yuan pourrait l'écarter de l'un des marchés pétroliers qui affiche la plus forte croissance dans le monde. Selon les estimations des économistes, c'est l'affaire de 10-15 ans.

    Et il ne s'agit pas seulement des hydrocarbures: dans les relations commerciales bilatérales entre deux des plus importants partenaires financiers, Moscou et Pékin, il reste de moins en moins de place pour le dollar. L'an dernier, la part de la Chine dans le commerce russe international a atteint 15%. En 2018, selon les prévisions, cet indice augmentera jusqu'à 17% alors que le rôle du dollar dans les règlements ne fera que faiblir. Les accords russo-chinois sur le commerce direct en roubles et en yuans sont entrés en vigueur en décembre 2014. Ces règlements n'impliquent pas la participation de banques américaines, britanniques ou de l'UE. Par conséquent, les systèmes financiers de la Russie et de la Chine sont de moins en moins dépendants des pays tiers.

    L'Iran bannit le dollar

    En avril, Téhéran a renoncé à la monnaie américaine en optant pour tous les paiements internationaux en euros.

    «Le dollar n'est déjà pas en circulation en Iran, les négociateurs préfèrent les devises alternatives pour leurs transactions. Il n'y a plus de raison de poursuivre l'utilisation des factures en dollars», a déclaré le porte-parole de la Banque centrale iranienne Mehdi Kasreipour.

    Washington a décrété de nouvelles sanctions contre Téhéran mais l'Europe n'a pas l'intention de renoncer au pétrole iranien: les transactions ont donc lieu en euros, et non en dollars.

    L'Inde achète également du pétrole iranien en euros, sachant que l'économie de New Delhi connaît une forte croissance (une hausse de 7% du PIB est attendue en 2018) et est de plus en plus demandeuse en hydrocarbures.

    Pour contourner les sanctions, l'Inde a proposé à son troisième plus grand fournisseur d'effectuer les règlements pétroliers en roupies via la banque publique UCO Bank. New Delhi a annoncé qu'il respecterait uniquement les restrictions décrétées par l'Onu et pas celles imposées par un autre pays.

    La Turquie, qui commerce déjà avec l'Iran en monnaie nationale, projette également de renoncer au dollar. La Russie pourrait prochainement les rejoindre. Comme l'a rapporté le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak, le gouvernement étudie la possibilité d'effectuer des versements pétroliers en monnaies nationales — notamment avec la Turquie et l'Iran — en contournant le dollar.

    La réserve d'or

    En parallèle, la Turquie réduit sa dépendance envers le dollar en achetant de l'or sur le marché mondial. D'après le World Gold Council, l'an dernier la Banque centrale turque a acheté 187 tonnes d'or, devenant le deuxième plus grand acheteur souverain de cet actif après la Russie. Comme d'autres pays, la Turquie ne détenait pas tout son or — une partie des lingots, soit 28,7 tonnes, était stockée à la Réserve fédérale des USA (Fed). A présent, Ankara a rapatrié tout son or pour le stocker dans des coffres sur son territoire national, ainsi qu'à la Banque des règlements internationaux en Suisse et à la Banque centrale d'Angleterre.

    D'autres pays font la même chose. L'Allemagne a terminé le programme de retrait de sa réserve d'or des USA et a rapatrié 300 tonnes de lingots. Les Pays-Bas ont fait revenir près de 100 tonnes d'or.

    Le reflux d'or de la Fed, qui a commencé en 2014, se poursuit continuellement. Et pour cause: la hausse des taux de la Fed, la pression sur l'euro et d'autres devises exercée par les USA, ainsi que la hausse des risques géopolitiques. Le monde s'efforce de réduire sa dépendance envers le dollar.

    Les États-Unis possèdent la plus grande quantité d'or: 8.000 tonnes. L'Allemagne détient 3.000 tonnes, l'Italie et la France 2.500 tonnes chacune.

    La Russie est montée à la 5e place en dépassant pour la première fois la Chine: la Banque centrale détient 1.860 tonnes d'or d'une valeur marchande avoisinant les 80 milliards de dollars.

    «Je suis convaincu que le redémarrage mondial se produira quand les gouvernements du monde auront besoin de se débarrasser de leurs dettes et attacheront tout au prix de l'or. C'est pourquoi les pays comme la Russie et la Chine accumulent de l'or — ils savent ce qui pourrait se produire dans quelques années», déclare Keith Neumeyer, président du conseil d'administration de First Mining Gold.

    Renversé de son trône

    Selon les prévisions de la BM, le dollar cessera de jouer un rôle central dans le système financier mondial. Il sera remplacé par un système à trois monnaies: l'euro, le dollar et une devise asiatique, très probablement le yuan.

    L'économiste américain et ancien conseiller au FMI Barry Eichengreen explique qu'il est inéluctable que le dollar perde son statut de principale monnaie internationale, car la puissance des technologies financières modernes détruit les «effets de réseau» qui créaient auparavant un monopole financier naturel. Il compare ce processus au développement des systèmes d'exploitation pour les appareils électroniques individuels: il n'est plus nécessaire d'avoir uniquement Windows.

    En 1944, le dollar avait remplacé la livre britannique en tant que monnaie de réserve mondiale. Le Royaume-Uni avait accumulé une dette insurmontable et la livre s'était effondrée.

    La dette des États-Unis a déjà dépassé 20.000 milliards de dollars et ne cesse de grandir, alors que la planche à billets continue de fonctionner. Comme l'a indiqué l'investisseur Jim Rogers pendant le Forum économique international de Saint-Pétersbourg, c'est la raison pour laquelle la devise américaine devient de moins en moins attractive sur le marché. D'après lui, le dollar perdra le statut de monnaie de réserve mondiale d'ici 2030.

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    Tags:
    dollar US, économie, Banque mondiale (BM), Chine, États-Unis
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