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    Poutine a-t-il entrepris la bonne démarche? Le monde financier se prépare à des troubles

    © Sputnik . Vitaliy Bezrukikh
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    Les vrais acteurs de la finance (et non les managers financiers créatifs qui rêvent de devenir traders et débattent des bitcoins depuis la tribune) seraient des professionnels prudents et conservateurs. C'est pourquoi en Occident, l'annonce de Bloomberg selon laquelle la Russie avait accru ses réserves d'or en juillet a été perçue avec respect.

    «Poutine a fait une chose très intelligente», a déclaré Jim Rickards, auteur et rédacteur du bulletin Strategic Intelligence. Et de poursuivre: «La Russie est en état de guerre financière. Elle se débarrasse de la monnaie américaine et achète de l'or. Cela la prémunit du gel de ses actifs en dollars et la protège contre les sanctions.»

    Même si, en réalité, réduire ces opérations de la Banque centrale russe sur le marché des métaux précieux uniquement à une réaction due à la crainte des sanctions n'est pas très sérieux. Étant donné que la réserve d'or stratégique de la Fédération de Russie croît de manière stable et depuis longtemps, la «nécessité immédiate» ne suffit pas pour expliquer un tel mouvement.

    «La Banque centrale russe a acheté 26,1 tonnes d'or supplémentaires, portant ses réserves à 2.170 tonnes. De cette manière, la valeur totale de l'or monétaire russe a atteint 77,4 milliards de dollars fin juillet», souligne la dernière publication officielle du FMI, citée par Bloomberg.

    L'annonce que le régulateur russe, en la personne de la Banque centrale, n'achètera pas de monnaie sur le marché intérieur du 23 août jusqu'à fin septembre est une décision assez significative, mais manifestement réactive.

    Selon la version officielle, la Banque de Russie a décidé de le faire simplement pour réduire la volatilité des marchés financiers et accroître la prévisibilité des actions des autorités monétaires. Mais il semble qu'il ne s'agisse pas seulement de cela. Et même si le ministère des Finances a immédiatement déclaré que l'accomplissement du plan d'achats de devises étrangères dans le cadre de la règle budgétaire se poursuivrait, il convient de rappeler qu'il avait été également promis de poursuivre les achats d'obligations américaines.

    Actuellement, les partenaires américains effraient la Russie — ainsi que le reste du monde — par leur imprévisibilité. Le gouvernement russe en est également conscient. Et la déclaration du ministre russe de l'Industrie et du Commerce Denis Mantourov selon laquelle la Russie étudie déjà le passage aux paiements en monnaies nationales pour réagir aux nouvelles sanctions des États-Unis ne doit certainement pas être perçue comme une simple initiative du ministre.

    De telles paroles valent cher, par définition. Tout comme la thèse selon laquelle sera poursuivi le travail pour réduire la dépendance envers les équipements technologiques étrangers.

    La prise de conscience des changements tectoniques qui se produisent sur les marchés mondiaux n'est pas inhérente seulement aux économistes russes, mais également aux collègues européens.

    C'est pourquoi la compréhension du fait que l'UE doit créer un analogue indépendant du système interbancaire d'échange d'information SWIFT (ce qui a été déclaré par le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas au journal Handelsblatt) n'est pas non plus apparue comme un «élément de propagande» dans la guerre commerciale contre les États-Unis. Des gens comme le ministre russe ou allemand ne diraient pas de telles choses sans une analyse et un aval préalable.

    En fin de compte, il est question ni plus ni moins de la «nécessité de renforcer l'autonomie européenne par la création de canaux de paiement indépendants des USA». Et, s'il y a six mois seulement, certains eurosceptiques marginaux (du point de vue de Bruxelles et de Washington) pouvaient se permettre de dire de telles choses, à présent c'est le chef de la diplomatie allemande qui y appelle directement.

    Le monde (du moins dans le domaine de l'économie mondiale) entre de toute évidence dans une ère d'instabilité stratégique. Et il pourrait en sortir dans une configuration complètement différente — au moins du système financier et économique. Le reformatage des réserves d'or de la Russie et les achats massifs d'or par la Banque de Russie paraissent donc tout à fait logiques. D'ailleurs, Moscou est loin d'être le seul: la Chine s'efforce de ne pas se laisser distancer. Et le système de Bretton Woods, qui semblait il y a peu de temps complètement immuable, commence à sembler assez fragile.

    Certes, la question d'un «effondrement immédiat» de la monnaie de réserve mondiale ne se pose pas. Mais en 1986, l'Union soviétique paraissait également inébranlable. Or l'URSS était un système bien plus sérieux que n'importe quel standard du dollar.

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    Tags:
    banques, dollar US, or, Vladimir Poutine, Russie
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