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    Un trader à la bourse de Francfort en Allemagne

    Les bourses s’effondrent… Blues de Noël ou requiem avant le cataclysme?

    © REUTERS / Kai Pfaffenbach
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    Dans le sillage du dévissage hebdomadaire record de Wall Street, plusieurs places financières internationales ont suivi la «rue du mur» dans sa chute. Paris, Francfort, Madrid, Tokyo, Shanghai, aucun continent n’est épargné. Est-ce le début du grand krach annoncé depuis des mois par plusieurs observateurs? Les prochaines semaines seront décisives.

    Le père Noël est une ordure. En tout cas pour les traders. Wall Street vient de connaître sa pire semaine en 10 ans avec en point d'orgue une dégringolade de l'indice Dow Jones d'environ 3% le 24 décembre. Un record pour une veille de Noël. La semaine précédente avait été marquée par les plus mauvais scores depuis la crise financière de 2008. L'indice vedette de Wall Street, le Dow Jones Industrial Average et son pendant du secteur technologique, le Nasdaq, clôturaient le vendredi 21 décembre leur course hebdomadaire avec respectivement des baisses de 6,8% et 8,4%. Amazon est un bon exemple de l'ampleur du désastre. Les reculs successifs du titre sur les marchés ont fait perdre plus de 55 milliards de dollars à son créateur et PDG Jeff Bezos, le tout en moins de quatre mois.

    ​Mais que se passe-t-il? Les avis des spécialistes divergent. Stephen Innes, chef de la division Asie-Pacifique chez Oanda, et cité par l'AFP, pointe la responsabilité du Président américain qui inquiéterait certains investisseurs qui «n'ont pas confiance dans l'administration Trump»: «Ils sont mus par leur perception des choses, et elle est très mauvaise en ce moment.»

    La crainte de l'explosion de la bulle

    Le locataire de la Maison Blanche est à nouveau parti au clash avec la Réserve fédérale américaine à qui il reproche d'augmenter ses taux, ce qu'elle a fait pour la quatrième fois de l'année le 19 décembre. Le taux d'intérêt au jour le jour a été relevé d'un quart de point pour évoluer désormais entre 2,25 et 2,50 %. Le but de la manœuvre est de prévenir une éventuelle surchauffe de l'économie après des années de politique monétaire ultra accommodante. Pas de quoi convaincre le locataire de la Maison Blanche qui a lancé le 25 décembre à la presse:

    «Ils augmentent les taux d'intérêt trop rapidement, c'est mon opinion.»

    La veille, il avait martelé que la Fed était «le seul problème» de l'économie étasunienne, affirmant que ses membres «ne sentent pas le marché» et alimentent l'anxiété des investisseurs. Un possible limogeage du patron de la Réserve fédérale Jerome Powell a même été évoqué. Des bruits de couloirs démentis le 22 décembre par le secrétaire américain au Trésor Steve Mnuchin, mais c'était trop tard pour ne pas inquiéter les marchés.

    «La politique extrêmement favorable pour l'économie américaine mise en place par Donald Trump, notamment au niveau des allégements d'impôts, a créé un emballement qui appellera inévitablement à une réaction de la Réserve fédérale américaine. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il la critique si fortement. Si la Fed durcit sa politique monétaire, c'est l'ensemble du secteur financier qui s'en trouvera fragilisée», notait récemment dans nos colonnes Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l'Iris.

    Cette bataille de mots entre la Maison Blanche et la Fed intervient dans un contexte budgétaire tendu. Depuis le samedi 22 décembre à minuit, les États-Unis sont en «shutdown». Une situation qui fait suite à l'échec des discussions parlementaires sur le budget et le financement du fameux mur que Donald Trump veut faire construire à la frontière avec le Mexique. Dans ce contexte, plusieurs ministères tournent au ralenti laissant des centaines de milliers de fonctionnaires en congé sans solde pendant que d'autres employés, dans des services jugés essentiels, comme les douanes ou la sécurité aéroportuaire, sont contraints de travailler sans être payés aux échéances régulières.

    Les Démocrates, par les voix de Nancy Pelosi et Chuck Schumer, leurs leaders respectifs à la Chambre des représentants et au Sénat, ont accusé le Président de «plonger le pays dans le chaos»:

    «La Bourse plonge tandis que le président mène une guerre personnelle contre la Réserve fédérale, juste après avoir limogé son ministre de la Défense.»

    Sans surprise, Donald Trump se défend en rejetant la responsabilité sur le camp adverse. Le 24 décembre, il se saisissait de son clavier pour tweeter: «Je suis tout seul (pauvre de moi) à la Maison Blanche en attendant que les démocrates reviennent et passent un accord sur la Sécurité à la Frontière dont on a désespérément besoin.»

    ​Reste que depuis plusieurs mois, certains experts et spécialistes prédisent un prochain krach boursier aux causes bien plus lointaines. Les politiques monétaires ultra accommodantes faites de taux bas et de programmes de rachats d'actifs ou QE (quantitative easing) en place ces dernières années ont eu pour effet de faire grimper les marchés financiers à des niveaux records. La Fed n'a pas échappé à la règle et a été, au contraire, la plus active en injectant des milliers de milliards de dollars dans l'économie. Cette orgie de liquidité facile va connaître un coup d'arrêt avec l'augmentation des taux. De quoi faire exploser la «bulle»? Philippe Béchade, président du think tank des Econoclastes s'alarmait de la situation sur Sputnik France en octobre dernier:

    «C'est la plus phénoménale bulle spéculative qu'on a connue depuis 1929. Et elle va forcément exploser. Comme le souligne l'économiste en chef d'Allianz, Mohamed Aly El-Erian, la question est de savoir comment la correction ne s'est encore produite. Cela fait depuis 2015 que les niveaux atteints par les marchés sont délirants. Arrive là-dessus Donald Trump qui crée un nouvel emballement de la croissance avec un choc fiscal et qui tend encore plus le ressort.»

    Olivier Delamarche, dirigeant de Triskelion Wealth Management, répète depuis plusieurs années qu'on se dirige vers une implosion des bourses. Le 9 décembre 2013, il alertait sur ce qu'il considère comme une fin inévitable sur le plateau de BFM Business:

    «On est dans une bulle gigantesque comme on a jamais connu: bulle sur les obligations, bulle sur les actifs, bulle sur les matières premières, bulle sur les actions! Je ne vais pas me mettre à acheter sur les marchés car je sais qu'avec une bulle pareille, je sais comment ça va se finir et il n'y a pas de doute là-dessus!»

    Du côté du Vieux Continent, la Banque centrale européenne a annoncé que les taux directeurs resteront à leurs plus bas historiques au moins jusqu'à l'été 2019. Ce qui n'est pas le cas pour le QE. Le programme de rachat d'actifs, qui aura vu l'institution francfortoise injecter 2.600 milliards d'euros via des rachats de dette privée et publique, ira à son terme fin décembre. La crainte d'un «mauvais timing» alors que «les perspectives conjoncturelles s'assombrissent en zone euro», a été soulevée par Friedrich Heinemann, de l'institut allemand ZEW.

    Les places financières européennes ont d'ailleurs vécu un Noël difficile à l'instar de New-York. La Bourse de Paris a terminé la séance du 24 décembre en cédant 1,45%. Francfort ou Madrid ont également souffert. Sur l'année, la baisse avoisine les 15%. L'onde de choc se fait sentir jusqu'en Asie où la Bourse de Tokyo a perdu 5% le 25 décembre quand Shanghai cédait 2%.

    ​Ce mercredi 26 décembre, la très grande majorité des marchés d'actions sont fermés à l'exception des États-Unis. La séance d'aujourd'hui devrait être instructive mais pas déterminante. Les volumes de transaction sont habituellement faibles entre Noël et le Jour de l'An. C'est du côté du début de l'année 2019 qu'il faudra se montrer particulièrement vigilant et finalement savoir si cette fin d'année 2018 sonne comme un requiem ou un simple blues de Noël.

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