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    F-X. Thoorens: «En France, dans la cryptographie, on a de vraies capacités!» (vidéo)

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    Le Bitcoin qui connaît un énième rebond suite à un poisson d'avril, le projet de loi Pacte et son volet sur les crypto actifs examiné au Sénat, les cryptomonnaies restent au cœur de l'actualité. Sputnik a interrogé François-Xavier Thoorens, président d'Ark Ecosystem, créateur de la première cryptomonnaie française.

    628 dollars, c'est l'appréciation en une journée du Bitcoin. Un rebond de 6% enregistré par le site CoinMarketCap le 2 avril dernier. Sur la semaine du 1er avril, le porte-étendard des cryptomonnaies voit ainsi sa valeur augmentée de 24%, analyse le Boursier.com, pour s'établir à son plus haut niveau depuis le mois de novembre.

    Un rebond la semaine du 1er avril, probablement dû, selon l'agence Bloomberg, à la liquidation de positions vendeuses ou d'un poisson d'avril. Un article «largement partagé» d'un site d'information annonçant que la SEC (Securities & Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine, avait après «une réunion d'urgence» durant le week-end, donné son feu vert au lancement de deux ETF (Exchange-Traded Funds, ou Fonds cotés en bourse) en Bitcoin.
    S'il s'agissait bien d'un canular du 1er avril, l'effet fut quant à lui bien réel, avec un bond du Bitcoin de 21% entre 5 h 30 et 6 h 22, relate l'agence de presse américaine.

    «On revient sur une période où on parle d'inversement du bear Market [marché baissier, ndlr] en Bull market [marché haussier, ndlr.], comme on dit», estime François-Xavier Thoorens, président d'Ark Ecosystem, devant les caméras de Sputnik France.

    Une société qui a créé «Ark», considérée comme la première cryptomonnaie française, avec une capitalisation de 70 millions d'euros «si vous prenez la capitalisation des jetons que l'on a émis lors de notre ICO,» précise son fondateur. Ce dernier planche sur une stabilisation de la valeur du Bitcoin à moyen terme autour des 6.000 dollars, «la base qu'on avait eue après la chute de 2018».

    Si ce soubresaut contredit les prévisions de certains observateurs —et même acteurs du milieu-, qui aiment à rappeler que la célèbre cryptomonnaie a perdu près de 80% de sa valeur entre décembre 2017 et décembre 2018, on reste bien loin des 500.000 dollars d'ici trois ans sur lesquels John McAfee- fondateur de l'entreprise de sécurité informatique éponyme et candidat à l'élection américaine 2020- avait parié en juillet 2017.

    L'autre actualité, bien française, est que le projet de loi Pacte —dont l'article 26 est dédié aux cryptoactifs- après avoir été votée, en nouvelle lecture par l'Assemblée le 16 mars, repasse devant le Sénat à partir du 9 avril.

    Un projet de loi à l'encontre duquel François-Xavier Thoorens avait émis des doutes: «Nous ne serons pas les "pigeons" de Macron» titrait-il une tribune en juillet 2018, soulignant des «lacunes majeures» du projet de loi Pacte. Celui-ci dressait alors un constat sans appel: les entreprises lançant des ICOs n'ont aucune chance de se développer dans l'hexagone, isolant trois raisons à cela: bancaire, monétaire et fiscale.
    Si la France a depuis entrepris de légiférer, la frilosité des établissements bancaires reste un obstacle majeur.

    «De fait, avec tous nos problèmes à Ark, de se bancariser notamment, c'était vraiment le plus gros problème […]. Je crois qu'il y avait même une honte chez les acteurs français de dire qu'ils étaient virés de leur banque» du fait de nos activités liées à la blockchain, relate le président d'Ark Ecosystem, évoquant ses propres difficultés à être bancarisé.

    Des difficultés passées qu'il estime devoir mettre au service des autres acteurs s'impliquant aujourd'hui dans l'écosystème de la blockchain.

    «On est un peu un cas d'école. En poussant cela auprès de l'administration française, on espère contribuer fortement à l'évolution de la mentalité sur ce domaine.»

    Un problème de la bancarisation auquel les crypto-députés entendent répondre par la délivrance d'un label — optionnel — de l'AMF (l'Autorité des Marchés Financiers) pour rassurer les acteurs bancaires qui craignent notamment des sanctions de l'ACPR (l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) — ou des autorités américaines — pour d'éventuels manquements dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

    «Le non-dit, c'est que les banques en ce moment ne savent pas —où sont très mal à l'aise- sur la façon de pratiquer la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme», tempère François-Xavier Thoorens.

    Des mises en gardes à prendre avec d'autant plus de précautions que ceux qui hier appelaient à interdire le Bitcoin- cette cryptomonnaie créée pour renverser les banques- lancent aujourd'hui leurs propres cryptomonnaies, à l'image de JP Morgan. En septembre 2017, le patron de la banque américaine, Jamie Dimon, avait fait sensation en qualifiant le Bitcoin de «fraude». En février dernier, sa banque lançait le JPM Coin.

    «Il faut qu'elle [la France, ndlr] prenne en compte la dimension des changements de notre époque- dont éventuellement la cryptomonnaie et la blockchain- qui sont des technologies qui arrivent», avertit François-Xavier Thoorens. «On tourne autour du pot, cela serait bête de [les] laisser encore filer —comme au temps du Minitel et d'Internet.»

    «Il y a vraiment cette volonté, cette conscience, de ne pas reproduire les erreurs du passé. Est-ce qu'on y arrivera?» s'interroge-t-il. En effet, la France n'est pas si mal lotie, selon notre intervenant:

    «Le gros avantage, c'est qu'on a un vivier de personnes qui sont très compétentes. C'est assez connu en France, dès qu'on est dans la cryptographie, les mathématiques, on a de vraies capacités. C'est un vrai avantage, on est capable de saisir rapidement les choses.»

    François-Xavier Thoorens applique également cette critique à l'administration, malgré des rapports parfois compliqués.

    «Il faut dire aussi que les gens sont brillants là-bas […] on a des personnes qui sont capables de saisir ce qu'on leur explique assez rapidement et de vous accompagner.»

    Si le manque de compréhension des enjeux des cryptomonnaies n'est donc pas le principal obstacle à leur essor en France, quel est-il? à l'inverse de la Suisse, considérée comme une crypto-valley, qui agglomère bon nombre d'acteurs majeurs européens, ou bien sûr du Portugal, où le taux d'imposition des plus-values réalisées sur des opérations de revente de cryptoactifs est de 0%, c'est bien la fiscalité l'ennemi, pour François-Xavier Thoorens:

    «En France, je rappelle que le régime fiscal c'est 30% sur les plus-values faites sur votre portfolio en cryptomonnaies […] probablement le pire en Europe, ou pas loin, en matière d'imposition. […] Ça ne me ferait pas fuir, mais par contre ce qui me ferait fuir, c'est que cela change [la fiscalité, ndlr.] dans un an ou dans deux ans. Avant tout, pour entreprendre, il faut être capable de voir loin.»

    Tags:
    loi Pacte, bitcoin, Ark Ecosystem, François-Xavier Thoorens, John McAfee, France
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