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    Le goût du risque? Pourquoi les Américains investissent des milliards de dollars en Russie

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    Tandis que Washington menace de décréter de nouvelles sanctions contre Moscou, les investisseurs américains achètent activement les actions des compagnies russes. Plus de la moitié de tous les placements étrangers en bourse vient de Wall Street, selon la Bourse de Moscou.

    Pour la première fois depuis 2013, 51% du total des investissements étrangers dans les actifs russes proviennent des USA. A titre de comparaison, les fonds d'investissement européens ne représentent que 26% des investissements en Russie.

    «Les sanctions contre les grandes compagnies russes et la rhétorique antirusse incessante dans les médias américains n'ont pas dissuadé les investisseurs américains de placer des milliards dans la bouse moscovite», constate le magazine Forbes.

    Cette conclusion est confirmée par les statistiques des échanges. Selon les dernières informations publiées par la Bourse de Moscou, actuellement les fonds d'investissement américains détiennent un total de 79,3 milliards de dollars d'actions russes - soit 58% de plus qu'en 2015.

    En particulier, l'une des plus anciennes sociétés américaines de gestion d'actifs, Allianz Global Investors, a rapporté avoir augmenté la part des actifs russes dans son portefeuille jusqu'à un niveau largement supérieur par rapport au marché en achetant les actions de Norilsk Nickel et de Lukoil.

    «Ces deux compagnies privées ont survécu à la tempête des sanctions bien mieux que les compagnies publiques», indique Allianz Global Investors. En effet, les actions de Nornickel ont gagné 39% depuis le début de l'année, et celles de Lukoil 28%.

    Autre favori des investisseurs étrangers: Sourgoutneftegaz. «Cette compagnie est très fiable grâce à une grande réserve de change, et ses actions grimpent à une vitesse fantastique», explique Natalia Miltchakova, directrice adjointe du centre analytique Alpari.

    En même temps, les investisseurs évitent les actions des géants russes visés par les sanctions, comme Gazprom et Sberbank. Ils préfèrent les compagnies technologiques telles que Yandex, ou les enseignes de grande consommation comme Magnit qui compte presque 20.000 magasins à travers le pays.

    Rendements à hauts risques

    Comment expliquer cette activité des Américains? Les analystes indiquent que les investisseurs américains sont traditionnellement en tête en matière d'investissements dans les compagnies des pays émergents.

    Mais surtout, ces actifs assurent un rendement impossible à atteindre sur les marchés américains. D'après les estimations du fonds boursier VanEck Russia, la valeur moyenne des actions russes dans les portefeuilles des fonds depuis le début de l'année a augmenté de 23,4%, tandis que l'indice S&P 500 n'a gagné que 19,9%, et l'indice des marchés émergents iShares MSCI (EEM) 8,45%.

    En cinq ans, la Russie a garanti aux investisseurs un revenu moyen de 7% par an. Parmi les marchés émergents, seule la Chine a pu proposer mieux.

    «Normalement, les investisseurs institutionnels qui achètent les actifs des pays émergents s'intéressent, premièrement, au rendement des placements, et deuxièmement à la rentabilité des entreprises et au rythme de la croissance économique. Du point de vue du rapport fiabilité/rendement, les actifs russes sont très attractifs. Même sur les actions des Blue chips il est possible d'obtenir à la fois un rendement élevé des opérations en bourse et un rendement des dividendes», explique Natalia Miltchakova.

    En même temps, suite à la pression des sanctions sur l'économie du pays, les actifs russes ont acquis le statut de haut risque.

    En 2014, de nombreux investisseurs européens et asiatiques orientés sur un certain segment, une économie ayant une croissance rapide avec une protection relativement bonne des droits de propriété et des risques géopolitiques bas, ont quitté le capital des compagnies russes. Et leur place a été prise par les Américains prêts à prendre des risques.

    «Après le renforcement des risques géopolitiques les prix des actifs russes ont baissé, mais leur rendement a augmenté. Résultat des courses: le marché a ressenti l'afflux d'un capital spéculatif plus agressif tolérant au risque», déclare Timour Nigmatoulline, responsable des investissements chez Otkrytie Broker.

    Selon lui, une tendance similaire est observée au niveau des obligations fédérales - un élément clé de la bourse russe. Les stratégies spéculatives «carry trade» (opération spéculative sur écart de rendement) sont devenues très répandues. «Les non-résidents spécialisés dans ces opérations arrivent sur le marché et achètent des roubles, puis acquièrent les obligations fédérales en attendant la réduction du taux directeur et l'afflux d'autres acheteurs, ce qui renforce le rouble», précise l'expert.

    Actuellement, les obligations russes affichent un rendement supérieur à 6%, contre 2% pour les américaines. L'indice des actifs européens est proche de zéro, voire négatif.

    La stabilité macroéconomique

    La macroéconomie est un argument de plus en faveur des actions et des obligations russes. L'inflation diminue, la production industrielle et les ventes au détail augmentent, le secteur bancaire est globalement stable.

    La note d'investissement de la Russie selon Fitch est BBB, comme celle de la Chine et de l'Inde, rappelle Forbes. Sachant que Moscou contrôle fermement les dépenses - le rapport entre la dette et le PIB est de seulement 20%, alors que le Fonds du bien-être national est pourvu de 124,14 milliards de dollars (presque 7% du PIB). Les réserves de change de la Banque de Russie s'élèvent à 537,2 milliards de dollars.

    La seule chose qui préoccupe les investisseurs est de savoir si, dans les années à venir, la Russie pourra afficher une croissance supérieure à la moyenne mondiale.

    «Toutefois, même au rythme actuel, les placements étrangers dans les actifs financiers russes recevront un très bon rendement. Même si le gouvernement et les entreprises privées ont encore beaucoup de travail à faire pour améliorer la situation dans le secteur réel», conclut Natalia Miltchakova.

    Par Natalia Dembinskaya

    Tags:
    États-Unis, investissements, Russie
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