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Ni après les sanctions de 2014 ni plus tard, les entreprises françaises présentes en Russie ne l’ont quittée, mais peu les ont rejointes. Face à l’absence de nouveaux investisseurs français sur le marché russe, Pavel Chinsky, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, donne sa version de ce statu quo.

La France reste dans le top 5 des leaders de l’investissement en Russie: elle est en deuxième position en 2019. Un satisfecit en trompe-l’œil, car il s’agit surtout d’investissements dans le développement de projets anciens.

Dans une grande interview au quotidien russe «Vedomosti», Pavel Chinsky, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR), cite «des signes formels d’amélioration»: après les rencontres entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, «les responsables français accueillent les hommes d’affaires russes avec plus d’entrain». Néanmoins, le financement reste difficile. Les banques françaises, liées aux États-Unis, solide adepte des mesures antirusses, ont peur de prendre des risques. L’affaire Baring Vostok et plus encore, l’arrestation du plus haut dirigeant de ce fonds d’investissement, Philippe Delpal, ont échaudé de nombreuses entreprises dans leurs intentions d’investir en Russie et ralenti plusieurs projets qui débutaient.

Pourtant, même si les hommes d’affaires se méfient dans la situation actuelle, Pavel Chinsky semble satisfait d’une nouvelle tendance: les contacts directs entre investisseurs français et régions russes, y compris lointaines.

«Les contacts entre les régions russes et la France se sont intensifiés à un niveau sans précédent, souligne Pavel Chinsky. Autrement dit, lorsque nous abordons des sujets, en dehors de l’agenda politique brûlant, on sent que le vent a tourné.»

Pour illustrer ses propos, le directeur général de la CCIFR cite «une tradition empruntée aux collègues de la Chambre de commerce américaine, “frapper à la porte”, knocking on the door, en anglais». La démarche consistait à venir à Paris pour frapper aux portes des principaux départements qui influencent les relations bilatérales.

«Pour traduire les mots en actions, Macron attend de ses employés des propositions constructives pour faire avancer les choses, précise Pavel Chinsky, et nous le ressentons dans les faits.»

À ce jour, le «principal combat» de la CCIFR reste à «essayer d’alléger les sanctions financières», en parallèle avec des tentatives de «créer un climat plus favorable pour les investisseurs potentiels».

«S’il est impossible pour un citoyen russe d’ouvrir un compte en France, de quel type d’investissements peut-on parler? s’interroge Pavel Chinsky. Il ne s’agit pas d’une interdiction formelle, mais d’une conséquence de la pression américaine sur les banques françaises. Nous nous souvenons tous du cas de BNP Paribas, ainsi que des sanctions appliquées à Société Générale– principal actionnaire de Rosbank. Une banque française peut refuser d’ouvrir un compte sans donner de raison.»

Le directeur assure que l’argument avancé par les dirigeants des banques –«bien qu’ils ne les dévoileront jamais dans aucune interview»– est que «faire des affaires avec les USA» ne leur permet pas de coopérer avec les citoyens russes. Et ce, «malgré le fait que ni ces citoyens russes en question ni leurs entreprises ne sont inscrits sur la liste de sanctions».

La situation ne s’assouplit pas totalement pour l’instant. Néanmoins, la CCIFR compte, suite aux propos d’Emmanuel Macron, qui a noté «des progrès sur de nombreuses questions politiques ou économiques» après avoir rencontré Vladimir Poutine en août dernier, sur des «banques d’État, qui ne peuvent pas refuser d’ouvrir des comptes».

«Comme le feu vert a été ainsi donné pour une coopération plus active avec la Russie, nous prévoyons des négociations avec les départements du ministère de l’Économie et avec la direction de la Banque Postale française,» informe Pavel Chinsky.

Même si les principaux acteurs des affaires en France sont déjà solidement installés sur le marché russe, les efforts de la CCIFR pour attirer les entreprises qui envisageaient d’entrer sur le marché russe ne donnent pas les résultats attendus. La CCIFR est allée jusqu’à imaginer «un tarif préférentiel pour l’adhésion et un certain nombre de services conçus spécifiquement pour leurs besoins». Malgré le fait que des représentants commerciaux ont prospecté environ 400 entreprises en France au cours de l’année, seuls 80 ont manifesté leur intérêt. «Selon vous, combien ont reçu un accord de leur banque? Personne!» conclut le directeur général.

«Le problème concerne les moyennes entreprises, qui ont besoin du soutien des institutions bancaires pour exporter leurs produits, développer des capacités logistiques et plus encore pour localiser la production. Et les banques ne donnent pas d’argent pour les projets liés à la Russie», s’indigne Pavel Chinsky.

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Chambre de commerce et d'industrie franco-russe (CCIFR), business, investissements
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