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Chute du prix du pétrole - printemps 2020 (47)
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La décision de l'Arabie saoudite de casser ses prix du pétrole s'inscrit dans une volonté de favoriser le marché américain, indique un analyste interrogé par Sputnik, qui dénonce par ailleurs «une offre excessive dissimulée de la part de certains pays» alliés.

Les prix du pétrole servent d’instrument de manipulation entre les mains des pays développés, estime un analyste équatorien du secteur pétrolier qui est revenu dans une interview accordée à Sputnik sur l’effondrement survenu sur les marchés boursiers le 9 mars.

Puits de pétrole dans le désert (image d'illustration)
© AP Photo / Hasan Jamali / Puits de pétrole dans le désert
Afin d’expliquer ce krach, le spécialiste Augusto Tandazo a proposé de résoudre un simple problème de mathématiques:

«La demande quotidienne mondiale de pétrole est de 100 millions de barils. Comme les pays ne faisant pas partie de l’OPEP produisent 64 millions de barils, l’OPEP devrait en produire 36 millions. Mais combien produit l’OPEP en réalité? Elle produit officiellement 30 millions de barils, ce qui correspond plus ou moins aux quotas qu’elle avait mis en place. Alors, la question se pose de savoir qui est le producteur des six millions restants», a-t-il détaillé.

Une production dissimulée

L’analyse de l’origine de ces barils restant révèle «une offre excessive dissimulée de la part de certains pays qui sont sur la même longueur d’onde que les pays développés. Il évoque notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak, avant de citer l’exemple de Riyad qui déclare une production de 9,7 millions de barils, «alors qu’il produit de facto 12,5 millions».

«Les prix du pétrole sont entièrement contrôlés et manipulés par les pays développés», a souligné M.Tandazo. «Ils nous disent qu’ils sont des défenseurs intrépides du libre marché et qu’il faut laisser les choses au hasard mais ils manipulent les prix à l’aide d’une offre excédentaire».

De telles manipulations sont toujours justifiées par des facteurs extérieurs, dans ce cas, par l’épidémie du coronavirus, d’après l’analyste. Cependant, estime-t-il, les difficultés affrontées par la Chine sont peu suffisantes pour expliquer la dégringolade des prix à si grande échelle. «Ils en profitent pour proposer un prix plus avantageux pour les corporations et les pays développés», a-t-il lancé.

«Chantage politique»

Pour Augusto Tandazo, la décision de l’Arabie saoudite de provoquer la chute des prix, alors que le pays est producteur de pétrole, relève d'un «chantage politique» exercé par Washington et visant le Moyen-Orient. Il a rappelé à cet égard le changement de la stratégie états-unienne dans les années 1980, selon laquelle Washington préfère avoir de bonnes relations avec les pays producteurs de pétrole pour qu’ils investissent dans l’économie américaine.

«Nous nous trouvons toujours dans le monde développé de l’Occident souhaitant trouver une solution pour sa crise et ses problèmes sur le compte de producteurs de brut, cela ne concernant pas uniquement le pétrole. C’est le monde où les uns vivent pour le compte des autres, dont l’abondance, le confort et le développement de certaines sociétés ne peut être expliqués que par la pauvreté et l’appauvrissement des autres», a-t-il poursuivi.

Même si la chute des prix est considérée comme une «bénédiction» pour les États-Unis et des organisations internationales à l’instar du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, elle est «une malédiction» pour les pays producteurs, a affirmé l’analyste équatorien avant de souligner que c’est «une malédiction concernant toute l’humanité, car il s’agit d’une ressource non renouvelable et irremplaçable. Après un certain temps, nous réaliserons que nous l’avons épuisée et que nous l’avons achetée et vendue moins cher que le Coca-Cola», a martelé Augusto Tandazo.

L’effondrement des cours du pétrole

Après que les membres de l’OPEP et leurs alliés n’ont pas réussi à obtenir un accord sur la manière de soutenir les cours du pétrole, l’Arabie saoudite a annoncé son intention d’augmenter sa production de brut et de diminuer son prix. Le marché pétrolier a réagi par la dégringolade des prix de 30% sur le baril de Brent et celui du WTI, conduisant à la chute des bourses à travers le monde.

Les indices boursiers ainsi que certaines banques européennes et entreprises ont subi une forte baisse de leurs cours, comme les actions de Saudi Aramco qui ont perdu 10% de leur valeur avant d’en rattraper une partie plus tard. Les échanges ont été suspendus à Wall Street pour une quinzaine de minutes après l’écroulement de 7% de l’indice boursier S&P 500, alors que la Bourse de Paris a dévissé d’environ 6% à son ouverture.

Dossier:
Chute du prix du pétrole - printemps 2020 (47)

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Tags:
marché pétrolier, OPEP, Arabie Saoudite, États-Unis, pétrole
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