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L’OPEP+ est parvenue à un accord sur la baisse de l’extraction du pétrole à l’échelle mondiale de près de 13%. Cependant, après avoir affiché une hausse à l’ouverture des marchés, les prix du brut touchent périodiquement ce lundi la zone «rouge». Au micro de Sputnik, des experts ont expliqué cette absence d’envol des cours.

Alors que l’OPEP+ est parvenue le 12 avril à un accord prévoyant une baisse de l’extraction du pétrole, une remontée des prix du brut n’a pas eu lieu. Or, comme l’explique Roustam Tankaïev, membre du comité en charge des questions liées à l’énergie de la Chambre de commerce et d’industrie de Russie, personne ne s’attendait à ce que les cours remontent brusquement à leur niveau d’avant-crise.

«Une augmentation des prix sans précédent n’était pas attendue. Vu les circonstances actuelles, il est pratiquement impossible d’évaluer la baisse de la demande. Plusieurs pronostics existent et l’OPEP en donne le minimum. D’ailleurs, c’est cette baisse qu’ont actuellement accepté les pays producteurs de pétrole. Mais, il se peut qu’une diminution non seulement de 10 millions de barils, mais de 20 ou même de 35 s’avère nécessaire. Soit, du point de vue des acteurs du marché, la décision adoptée s’est avérée être très faible», estime-t-il.

Le tour à Washington et Ottawa?

Pour sa part, Muhammad Surur al-Sabban, expert saoudien dans le domaine du pétrole, estime que les prix n’entameront leur hausse active que lorsque tous les pays producteurs de brut baisseront leur production et pas seulement les parties prenantes du nouvel accord de l’OPEP+.

«Il nous reste qu’à espérer que les pays ne faisant pas partie de l’accord acceptent eux aussi une baisse de la production. Tout d’abord, les États-Unis et le Canada. S’ils réduisent l’extraction d’au moins cinq millions de barils par jour, le prix du pétrole commencera à grimper petit à petit. Si ce n’est pas le cas, les cours continueront à fléchir comme c’était le cas lundi matin», a-t-il expliqué.

Et d’assurer que les pays exportateurs d’or noir qui sont restés en dehors de l’accord conclu le 12 avril réalisaient leur responsabilité sur le marché mondial. «Ils auront eux aussi à se participer à son sauvetage. Certes, en raison des conditions imposées par leur législation interne, les États-Unis et le Canada ne peuvent pas participer à l’accord de l’OPEP+. Mais réduire l’extraction en fonction de la demande du marché, ils peuvent le faire indépendamment», estime-t-il.

Le prix à payer pour la gloire de jadis?

Actuellement, le marché paie le prix de l’incroyable boom, enregistré il y a quelques années, lorsque le prix du brut dépassait la barre des 100 dollars le baril, estime pour sa part le Russe Alexeï Zoubets, directeur de l’Institut des recherches économiques et sociales.

«Les producteurs de pétrole paient pour les énormes ressources qui ont été pompées dans les puissances d’extraction entre 2010 et 2014, lorsque les prix étaient fixés au-dessus des 100 dollars. Les prix élevés ont donné le coup d’envoi à des projets d’investissement qui ont créé de nouvelles puissances [pétrolières, ndlr]. Si tous les pays avaient alors maintenu les prix à un niveau plus bas, cela [la situation actuelle, ndlr] ne se serait pas produit», juge le spécialiste.

Selon lui, plusieurs années sont nécessaires pour faire sortir du marché les capacités excessives de production de pétrole.

Quels pronostics?

Les experts sont unanimes sur le fait qu’à court terme il ne faut pas s’attendre à une flambée des prix. Cependant, vers début juin la situation commencera à se redresser. Mais, encore une fois, les prix resteront en-dessous des attentes.

Si le problème de la demande a commencé en Chine, après la levée de la quarantaine, le pays a repris à 90% son activité industrielle, rappelle M.Tankaïev. «Ce n’est pas la Chine, mais l’Europe qui freine l’augmentation des prix: la consommation y a considérablement fléchi et continue de baisser, ce qui nivèle la hausse de la consommation en Chine. Mais je pense que vers juin la demande augmentera et les prix augmenteront», anticipe-t-il.

M.al-Sabban n’exclut pas une hausse mais livre un pronostic moins optimiste.

«J’estime que les prix n’afficheront prochainement pas de hausse sérieuse. La demande sur le brut sera basse en raison du quasi arrêt de l’économie mondiale, surtout au deuxième trimestre.»

Il juge que d’ici la levée complète du confinement, le pétrole ne montera pas au-dessus de 30 dollars le baril.

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Tags:
prix, pétrole, OPEP
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