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Conséquences économiques du coronavirus (48)
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Dans son édito pour «Russeurope Express», Jacques Sapir fait le lien entre l’idée de relocalisation et celle de transition énergétique. La réindustrialisation, estime l’économiste, ne pourra avoir lieu sans une reprise en main du secteur de l’énergie par la puissance publique.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 9 juillet.

Les récentes déclarations d’Emmanuel Macron, que ce soit lors de son allocution de juin ou devant les participants à la Convention citoyenne pour le climat, ont un chose en commun: elles dessinent une politique dont on ne connaît pas les moyens. Qu’il s’agisse de la volonté de redévelopper l’industrie et de relocaliser, ou qu’il s’agisse d’accélérer par des mesures fortes la transition énergétique vers un modèle décarboné, ces déclarations ne feront sens que quand nous en connaîtrons les budgets réels.

Mais ce qui est clair, c’est que la question de l’énergie, de sa production, de sa distribution et de sa consommation, sera décisive. En effet, lors de ce que l’on appelle les Trente Glorieuses, cette période de forte croissance qui permit la reconstruction et le développement du pays après la guerre, transformant la France en profondeur, cette question de l’énergie fut centrale. Car, à la différence de l’Allemagne, qui disposait à la fin du XIXe et au début du XXe siècles d’amples ressources en charbon, la France a historiquement connu une situation de pénurie d’énergie.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Aurélien Bernier, journaliste et essayiste, auteur des Voleurs d’énergie (éd. Utopia, 2018) et de la note «Démondialisation, relocalisation et régulation publique: pourquoi et comment», publiée en juin dernier par l’Institut Rousseau.

Le basculement, avec la seconde révolution industrielle, du charbon vers le pétrole, n’a fait que perpétuer cette situation. La décision de constituer deux sociétés publiques, EDF et GDF, et de développer sur base nationale une société pétrolière d’importance, furent les réponses qui permirent au pays de se développer et de se moderniser de manière accélérée. La décision du tournant vers l’électricité nucléaire lors de la première crise pétrolière de 1973 a été le dernier symbole d’une politique énergétique pensée par l’État de façon globale, et mise au centre des décisions industrielles et de consommation.

À partir des années quatre-vingt-dix, avec le tournant idéologique qui conduisit à la domination du néolibéralisme, on a procédé au démantèlement de cette politique. Les compagnies publiques furent progressivement privatisées, en particulier pour complaire aux directives européennes qui voulaient imposer le principe de concurrence dans tous les secteurs.

Court-termisme du marché

Pourtant, comme le montrent de nombreuses études économiques qui ont par exemple analysé la crise énergétique californienne des années 1990, la privatisation ne se révèle pas viable dans le domaine de l’énergie. À cela, deux raisons: la distribution se fait en réseau, et les réseaux sont à rendements croissants. Plus un réseau est grand et plus il est efficace, or l’ampleur comme la durée des investissements nécessaires ne sont pas compatibles avec le calcul court-termiste du marché.

Cette politique de concurrence et de privatisation a donc abouti à la fois à la création de situations de rentes privées et de prédation sur les consommateurs, mais aussi à un sous-développement chronique du système énergétique français. Un sous-développement qui constitue une contrainte pour la réindustrialisation qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux.

Globalement, la transition écologique, qui devrait nous conduire à réduire drastiquement la part des énergies carbonées, impose un contrôle accru de l’État et d’importants investissements publics. Sait-on que toute éolienne a sa contrepartie en centrales thermiques pour les jours où le vent ne souffle pas? Sait-on que les panneaux solaires, dont le rendement est meilleur que l’éolien, imposent eux aussi la construction de sources d’énergie thermique?

De fait, les seules sources décarbonées susceptibles d’assurer une fourniture d’énergie constante et indépendante des aléas sont l’hydraulique et la géothermie, sans oublier le nucléaire. Autant de sources qui imposent des investissements conséquents, rentables uniquement dans la durée. Vouloir mettre en œuvre les priorités énoncées par la Convention citoyenne pour le climat impose donc de réfléchir sur l’organisation globale du système énergétique en France, et la place de l’État.

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Tags:
énergie, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, écologie, démondialisation, mondialisation
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