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Conséquences économiques du coronavirus (48)
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À l’occasion de la fin des négociations du «Ségur de la santé», Jacques Sapir revient sur la crise de l’hôpital public. Dans son édito pour «Russeurope Express», l’économiste affirme que l’épidémie n’a fait que révéler des problèmes déjà existants, causés selon lui par une succession de réformes libérales.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 16 juillet.

Le «Ségur de la santé» vient de s’achever. Le gouvernement a fait des concessions aux syndicats des personnels soignants. Seront-elles suffisantes? C’est ce que nous verrons cet été. Ce gouvernement a aussi rendu hommage à ces personnels le 14 juillet. Le geste est symbolique. Il n’est pas sûr qu’il éteigne le ressentiment qui monte au sein de ces professions. Le moment est donc important. Nous sommes dans un «entre-deux». La première crise sanitaire provoquée par la Covid-19 s’éloigne; les applaudissements de 20h se sont éteints. Mais une potentielle nouvelle crise pourrait s’annoncer pour l’automne ou l’hiver. Si elle survenait, il n’est pas sûr que le monde de la santé accepterait de n’être payé qu’en symbolique…

Il faut donc revenir sur les problèmes nombreux qui affectent le secteur de la santé. S’ils ont été mis en lumière par la crise sanitaire, ils sont en fait connus depuis longtemps: des salaires insuffisants, depuis les aides-soignants jusqu’aux médecins, ce qui provoque une fuite des personnels vers le privé, un manque chronique d’effectifs, au point que certaines infrastructures, certains blocs opératoires, restent fermés faute de personnel, y compris quand on en a besoin.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie au CHU Pitié-Salpêtrière, qui a codirigé avec Frédéric Pierru l’ouvrage Santé: urgence (éd. Odile Jacob, 2020), et Nicolas da Silva, maître de conférences en économie à Paris 13, spécialiste de la santé et de la protection sociale.

Il y a aussi la multiplication des incidents opposant les personnels soignants à certains malades, incidents qui épuisent aussi les soignants quand ils ne mettent pas leur sécurité en péril. Au-delà, il y a des problèmes organisationnels majeurs. Le secteur de la santé, en particulier dans le public, souffre d’une sur-administration. Le pourcentage des personnels administratifs rapporté aux effectifs semble excessif quand on le rapporte à des comparaisons internationales. Mais cette sur-administration a une raison simple: le passage à des méthodes de gestion inspirées du secteur privé et la volonté d’évacuer l’éthique médicale de la gouvernance des hôpitaux.

Repenser toute l’organisation de la santé

Cette crise de la santé est «exemplaire»: elle fait l’unanimité des personnels, du «mandarin» aux aides-soignants. Elle a conduit la France, qui bénéficiait d’un système de santé remarquable il y a encore dix ans, à régresser dans les comparaisons internationales, et ce alors que les dépenses augmentent et se situent dans la tranche supérieure des pays de l’OCDE.

Pourquoi donc une telle régression? Pourquoi a-t-il fallu que les hôpitaux fassent un effort exceptionnel durant la crise sanitaire et que la sécurité des personnels soignants soit mise en danger? Un bilan devra être fait des soi-disant réformes de l’hôpital public entamées sous la présidence de Nicolas Sarkozy et continuées sous celle de François Hollande. Dans le nouveau gouvernement, deux personnalités ont d’ailleurs été largement impliquées dans ces réformes: Mme Roselyne Bachelot et le Premier ministre lui-même, M. Jean Castex.

Mais il y a plus. La sur-administration dont on a parlé se révèle fréquemment être une «mal-administration». Comme le montre un rapport interne de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, récemment révélé par Le Parisien, les Agences régionales de santé (ARS) ont souvent failli. Si l’on se gargarise de certaines réalisations spectaculaires, comme les très médiatiques TGV médicalisés, on oublie qu’en dépit de l’urgence, les cliniques privées n’ont pas suffisamment été mobilisées, que la médecine de ville a été délaissée, que l’on a été très loin de mettre en œuvre tous les moyens disponibles. Au-delà des légitimes questions d’effectifs et de rémunération, c’est donc toute l’organisation de la santé, ou plus précisément le virage qu’elle a pris depuis 2005-2007, qui est à repenser.

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coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, santé, hôpital
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