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Finalement, le fonds Ardian serait sur le point de vendre à prix cassé Photonis, fournisseur de l’armée française, au groupe américain Teledyne. Face à cette situation, des parlementaires interpellent le Premier ministre et appellent à des évolutions législatives, en dehors des traités européens, pour sauver les entreprises de Défense. Analyse.

Les parlementaires, dernier espoir de conserver Photonis sous pavillon tricolore?

Si on a pu penser un temps que ce leader mondial de l’optronique (équipements alliant optique et électronique) et fournisseur de l’armée française allait échapper aux griffes de Teledyne, qui retirait son offre d’achat le 28 septembre, il est devenu clair que ce n’était que reculer pour mieux sauter.

Le 21 octobre, Teledyne annonçait être parvenu à un compromis de vente avec le fonds français Ardian, propriétaire de Photonis, pour 425 millions d’euros, un montant soldé de 15% par rapport au demi-milliard de dollars initialement mis sur la table. Un rabais obtenu «grâce» aux conditions posées par Bercy (une participation minoritaire de BpiFrance) qui, fin mars, avait rendu un avis négatif à l’opération de rachat.

Le passage sous pavillon américain du fleuron français pourrait être effectif avant le 31 décembre et n’est en réalité en rien une surprise. Déjà, lors de l’annonce du retrait de Teledyne du dossier fin septembre, Les Échos mettaient en garde, source à l’appui, sur le fait qu’il s’agissait vraisemblablement d’une manœuvre en vue de faire baisser le prix et non d’un abandon.

​Face à cette situation, plusieurs parlementaires Les Républicains (LR) se mobilisent pour tenter de conserver cette pépite technologique dans le giron national. Le député Julien Aubert a ainsi adressé le 27 octobre une lettre au Premier ministre, après deux lettres au ministre de l’Économie, visiblement restées sans réponse. Julien Aubert met en garde contre le risque «d’une aspiration du savoir-faire» de l’entreprise française par Teledyne.

«Si d’aventure, cette société passait sous pavillon américain, on connaît l’histoire, on l’a vu dans les turbines d’Alstom: la société américaine transfère tous les brevets aux États-Unis et l’usine française devient une coquille vide sans la propriété intellectuelle», développe au micro de Sputnik Jacques Myard, ex-député LR, qui s’est joint aux signataires du courrier de Julien Aubert.

«Il est évident que le gouvernement doit s’opposer à cette vente à des intérêts étrangers», en l’occurrence américains, estime-t-il, soulignant la «nécessité d’avoir une politique industrielle qui valorise et défend nos entreprises.»

Piratage intellectuel

Sur ce dossier qui «revêt une importance particulière pour notre souveraineté», le député du Vaucluse avance dans sa lettre les travaux de plusieurs sénateurs et propose de pérenniser le renforcement de la base industrielle et technologique de défense (BITD) française en l’incluant au plan de relance. Autre piste avancée, une évolution législative afin de créer «un fonds souverain stratégique de défense, sanctuarisé de l’actuel cadre juridique européen» en mesure d’apporter une aide financière à toute entreprise de la BITD française.

Pour l’heure, plusieurs fonds dédiés aux entreprises de la Défense existent: Definvest et ses 100 millions d’euros, géré par BPIfrance, Definnov, du ministère des Armées, doté de 200 millions d’euros. Des bourses qui ont donc bien du mal à rivaliser avec l’offre du groupe américain, même avec le concours d’un troisième fonds lancé fin juillet, Ace Aero Partenaires et ses 630 millions d’euros. À la différence des deux premiers, ce dernier ne bénéficie d’une participation de l’État qu’à hauteur de 200 millions d’euros, le reste étant apporté par de grands industriels du secteur de l’aéronautique (Airbus, Dassault, Thales, Tikehau Capital, Safran), auquel il est destiné.

«Indépendamment du fonds souverain, la Caisse des Dépôts a suffisamment d’argent pour pouvoir racheter et intervenir en haut de bilan –c’est-à-dire d’acheter les actions– de cette société», avance Jacques Myard. «C’est une question de logique, de nécessité d’avoir une politique industrielle qui valorise et défend nos entreprises», ajoute-t-il.

Pour lui, il ne faut pas «faire de la politique industrielle avec des critères obsolètes», taclant ainsi les règles imposées par les traités européens. «Je milite pour que les Banques centrales prêtent directement aux États pour l’investissement […] c’est ce que fait la Banque d’Angleterre pour le Trésor britannique et cela se passe très bien. À un moment, on prend les moyens de sa politique et pas l’inverse!», insiste l’ex-député.

«Le problème principal que soulève la situation de cette pépite technologique n’est pas un risque de prédation par un acheteur étranger, mais surtout l’incapacité de l’économie française de proposer à cette entreprise un financement français de son développement», notaient Pascal Allizard, sénateur LR du Calvados, et son homologue socialiste Michel Boutant, dans un rapport d’information «sur l’industrie de défense dans l’œil du cyclone» déposé le 8 juillet 2020 au Sénat. Ces derniers rappelaient que 15% des salariés de Photonis sont implantés aux États-Unis.

«Casino de la vente à la découpe»

Autre nécessité en matière d’avancée législative aux yeux de Jacques Myard: protéger les brevets qui concernent la défense nationale, sur le modèle, justement, de ce qui se fait aux outre-Atlantique. «Aux États-Unis, lorsqu’une société française achète une société américaine, très souvent elle n’a pas accès aux brevets, qui sont enfermés dans une boîte noire et qui ne peuvent pas quitter les États-Unis.» Pour lui, tout est une question de volonté politique.

«Si d’aventure, le gouvernement n’agit pas et ne protège pas Photonis, cela sera crédité à sa déchéance prochaine. C’est aussi simple que cela. Car je suis convaincu que les Français n’accepteront pas cette politique et que ce gouvernement, ce Président de la République, qu’ils seront sanctionnés par le peuple français», met-il en garde. «Si on ne veille pas au grain et que l’on fait confiance aux marchés c’est le casino de la vente à la découpe. C’est ce que nous devons empêcher.»

Point positif pour la partie française dans ce dossier, en abaissant son offre d’achat, le prix offert par l’américain «est maintenant du même ordre de grandeur que celui proposé par les fonds français intéressés lors de la mise en vente de Photonis et donc de nature à écarter définitivement la menace de reprise par Teledyne», faisait remarquer le 26 octobre le sénateur Olivier Cadic sur son site. Celui-ci plaidait pour une solution française au «baroud d’honneur» de Teledyne. Sera-t-il entendu?

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Emmanuel Macron, France, États-Unis
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