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Le prix du Bitcoin évolue à des niveaux proches de ses plus hauts sommets historiques. Où s’arrêtera-t-il? Est-il de nature à réellement concurrencer l’or? Pour l’économiste Philippe Herlin, les voyants sont actuellement au vert pour la plus célèbre des cryptomonnaies. Il livre son analyse à Sputnik.

Ce 17 novembre à 16h35 UTC, le cours du Bitcoin dépassait les 17.450 dollars. Du jamais vu en presque trois ans. Depuis le 1er janvier 2020, le plus célèbre des actifs numériques a vu son prix flamber de plus de 120%.

​Une récente nouvelle est en effet venue mettre un coup d’accélérateur à la valeur de la cryptomonnaie. Le 21 octobre, le géant des paiements en ligne PayPal annonçait lancer un service permettant «d’acheter, de conserver et de vendre des cryptomonnaies.»

«La décision de PayPal a pu faire office de déclencheur, car elle coïncide avec le début d’un rallye haussier sur le Bitcoin. Cela peut s’expliquer par le fait que l’achat de Bitcoin par un particulier peut s’avérer fastidieux. Il faut créer un compte sur une plateforme d’échange, fournir des documents un peu sur le mode de l’ouverture d’un compte en banque, etc.», explique au micro de Sputnik Philippe Herlin, Docteur en économie

L’auteur de J’achète du Bitcoin (éd. Eyrolles) souligne qu’«acheter du Bitcoin par PayPal est beaucoup plus simple. Reste qu’il y a des raisons plus profondes à la hausse du cours», poursuit-il. Quelles sont-elles? Le Bitcoin, à l’instar de l’or, profite de sa rareté pour faire office de valeur refuge en temps de crise. En effet, le nombre de Bitcoins en circulation est censé ne jamais pouvoir dépasser les 21 millions d’unités. Et en ces temps de politiques ultra-accommodantes des Banques centrales, cela joue forcément, pour Philippe Herlin:

«La planche à billets des Banques centrales est l’une des raisons centrales qui expliquent l’envolée du Bitcoin. Elle prend des proportions énormes depuis la crise du Covid. Une telle politique fait peser des risques quant à une hausse de l’inflation. De plus, la crise sanitaire n’est pas terminée. Les Banques centrales pourraient faire davantage de création monétaire.»

Pour faire face à l’énorme choc économique provoqué par la pandémie de coronavirus, de nombreuses Banques centrales ont en effet injecté des sommes colossales dans l’économie.

Elles l’ont notamment fait sous forme de vastes programmes de rachats d’actifs. Par exemple, le Programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) de la Banque centrale européenne (BCE) porte sur pas moins de 1.350 milliards d’euros.

«À l’inverse, le Bitcoin est une ressource limitée. Aujourd’hui, on en compte plus de 18 millions en circulation, mais ce chiffre n’excédera pas 21 millions. Il n’existe aucune planche à fabriquer les Bitcoins. C’est un excellent moyen de se protéger en cas d’inflation», analyse Philippe Herlin.

Le Bitcoin, «un million de fois meilleur» que l’or?

L’économiste explique que l’autre raison majeure expliquant la hausse du prix du Bitcoin est l’intérêt grandissant d’acteurs institutionnels pour la monnaie numérique. «Des fonds spécialisés s’occupent notamment d’acheter des Bitcoins pour des investisseurs de taille. Des entreprises américaines ont choisi de convertir une partie de leur trésorerie en Bitcoin, car ce dernier devient pour elles un moyen de diversification», explique-t-il.

C’est notamment le cas de l’éditeur de logiciels d’informatique décisionnelle MicroStrategy. Sous la houlette de son PDG Michael Saylor, l’entreprise a investi près d’un demi-milliard de dollars en Bitcoins. Ce dernier a récemment assuré que la célèbre monnaie numérique est «un million de fois meilleur» que l’or.

«C’est exagéré», lui rétorque Philippe Herlin, pour qui l’or «a un historique un peu plus ancien que le Bitcoin». «Les ressources en or sont également limitées. Son offre n’est pas aussi contrainte que celle du Bitcoin, mais elle l’est tout de même. Le stock d’or va certes continuer d’augmenter de manière limitée d’année en année, au contraire de celui du Bitcoin lorsqu’il aura atteint 21 millions d’unités. Mais d’un point de vue économique, la logique reste comparable», analyse-t-il.

Selon l’expert, le vrai avantage du Bitcoin par rapport à l’or est sa capacité à facilement servir de monnaie de transaction:

«Il suffit de se créer un portefeuille et on peut payer avec du Bitcoin. L’or est plutôt un moyen de conserver son épargne. Ce qui peut aussi être le cas du Bitcoin par ailleurs.»

Plusieurs pays confrontés à une inflation galopante tels que l’Iran, le Venezuela ou la Turquie ont vu se multiplier les paiements en Bitcoin par des internautes désireux de protéger leurs ressources financières[VV1] .

Bon sang, nous les avons franchis assez rapidement!

À l’inverse, d’après plusieurs experts, l’or a l’avantage d’être moins volatil que la célèbre monnaie numérique. Un constat partagé par Philippe Herlin:

«Le Bitcoin est nettement plus volatil que l’or, car il représente une somme totale beaucoup moins importante. Le Bitcoin pèse actuellement un peu plus de 300 milliards de dollars. C’est infiniment moins que le marché de l’or. Le métal jaune a donc une inertie plus forte, de nature à rassurer certains investisseurs.»

Les Échos rappellent que le Bitcoin «s’est montré très vulnérable face à l’effondrement des marchés financiers» au printemps dernier. «Au plus fort de la tempête boursière, sa valeur a plongé de près de 40% en quelques jours, tombant sous les 5.000 dollars. L’or physique a concédé seulement un peu plus de 10% sur la même période», ajoute le quotidien économique de référence.

«Pour résumer, je dirais que ceux qui ont le cœur fragile devraient se diriger vers l’or et ceux qui sont plus amateurs de prise de risque vers le Bitcoin», conclut Philippe Herlin.

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Tags:
Philippe Herlin, économie, Covid-19, Bitcoin
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