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Les politiques monétaires des Banques centrales mènent à une inflation des actifs et creusent davantage les inégalités de patrimoine. C’est le constat fait par Philippe Herlin, docteur en économie du Cnam. Le marché de l’immobilier est particulièrement touché, comme il l’explique au micro de Sptunik.

«Les Banques centrales font tourner la planche à billets à des niveaux jamais atteints, essentiellement pour financer les déficits publics qui sont en train d’exploser avec la crise du Covid.»

Le constat de Philippe Herlin est celui de bien de ses collègues. Se référant à un billet de blog de l’économiste Patrick Artus, chargé de la recherche de la banque Natixis, Philippe Herlin, chroniqueur pour Or.fr, a analysé l’impact des politiques des Banques centrales sur certaines classes d’actifs. Et il est colossal.

La crise du Covid-19 a poussé les Banques centrales à injecter des sommes gigantesques dans l’économie. C’est notamment le cas de la Banque centrale européenne (BCE) qui s’est chargée que la liquidité pleuve en mettant en place, au printemps dernier, un programme de rachats d’actifs baptisé «Pandemic emergency purchase programme» (PEPP). Devant l’ampleur de la crise, son montant total a déjà évolué deux fois pour désormais atteindre 1.850 milliards d’euros.

L’inflation des actifs

D’après l’expert, une telle situation devrait normalement se traduire par de l’inflation. Ce qui n’est actuellement pas le cas, comme se chargent souvent de le rappeler les keynésiens, favorables à la dépense publique. Effectivement, il n’y a pas de dérapage des prix des biens de consommation en Europe et aux États-Unis, «même si la manière dont les organismes calculent est biaisée», d’après Philippe Herlin. Nous sommes très loin de la situation vénézuélienne.

Comment l’expliquer?

«Tout cet argent va se localiser sur les biens d’investissement comme les marchés actions qui ont effacé le krach de mars dernier. Ils évoluent à de très hauts niveaux alors que la situation économique est toujours mauvaise et les perspectives de retour à la normale incertaines. Plusieurs pays ont récemment repris des mesures drastiques et en France certains appellent déjà à un troisième confinement.»

Le mois de novembre a vu la Bourse de Paris progresser de 20,12% et enregistrer sa meilleure performance en valeur absolue, avec plus de 924 points gagnés par rapport au mois précédent. En cette veille de Noël à 14h59 UTC+1, le CAC40 évolue à plus de 5.520 points. Nous sommes loin du mois de mars quand l’indice parisien était passé sous les 4.000 points.

​Un autre actif est impacté par les politiques monétaires et la situation de son marché concerne un plus grand nombre d’individus que celui des actions. Il s’agit de l’immobilier. «On ne constate pas de baisse des prix de l’immobilier alors que les revenus des ménages chutent et le chômage explose», note Philippe Herlin.

La Banque de France anticipe un pic du taux de chômage à environ 11% au premier trimestre 2021, avant une décrue à 9% fin 2022. D’après l’Insee, il devrait atteindre 9,7% en 2020. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) table quant à lui sur 10,6% à la fin 2021. Dans une récente étude, l’UFC-Que Choisir rappelait que «900.000 consommateurs s’apprêtent à perdre leur emploi».

«La politique des Banques centrales mène à un phénomène d’inflation des actifs. Comme ces derniers ne font pas partie des indices des prix des organismes statiques, on peut dire qu’il n’y a pas d’inflation», analyse Philippe Herlin.

Un autre phénomène résultant de l’action massive des planches à billets des Banques centrales préoccupe l’expert. Et il n’est pas seul. D’après lui, de plus en plus d’interrogations existent sur la valeur réelle de la monnaie.

«Les investisseurs qui en ont les moyens se débarrassent de la monnaie dans le but d’acquérir des actifs ayant une valeur intrinsèque et capables de supporter une vague d’inflation», note-t-il.

Selon lui, un bien immobilier dans une métropole bénéficiera toujours d’une certaine demande, même en cas de baisse de l’activité. «On est à peu près certain qu’un tel actif garde sa valeur sur la longue durée», juge-t-il avant d’ajouter: «C’est un peu la même chose concernant les œuvres d’art. Au contraire d’un placement dans l’assurance-vie qui, sans même parler de faillite bancaire, peut-être rongé par l’inflation».

Ce type de placement continue de souffrir de la crise. En novembre, plus d’argent a été retiré des assurances-vie qu’il n’en a été placé et ce pour le neuvième mois d’affilée. «Ce faisant, la collecte nette cumulée sur 11 mois se révèle négative et s'établit à -7,3 milliards d'euros, à comparer à une collecte nette positive de 23,3 milliards d'euros sur la même période en 2019», note BFM Patrimoine.

L’or et le Bitcoin à privilégier?

Pour Philippe Herlin, le trop d’argent qui se dirige vers l’investissement immobilier ou les actions crée des inégalités entre ceux qui possèdent déjà ses actifs et qui font partie des ménages les plus riches, et ceux qui doivent les acquérir comme les jeunes qui rentrent sur le marché du travail:

«Cela devient de plus en plus difficile pour eux, car les prix montent et les salaires ne suivent pas.»

«Cette situation augmente les inégalités de patrimoine et c’est important. En dehors d’être injuste, ce n’est pas forcément tenable sur le long terme», poursuit-il.

​Philippe Herlin conseille aux investisseurs de se diriger vers l’or ou le Bitcoin, des actifs moins soumis au risque de bulle et donc de krach. «L’or et le Bitcoin voient aussi leur prix augmenter», note l’expert. Après un pic à plus de 2.000 dollars l’once en août dernier, le cours du métal jaune a repris son souffle. Il évolue aujourd’hui autour des 1.900 dollars et reste sur une dynamique haussière sur le long terme.

Quant au Bitcoin, plusieurs institutionnels commencent à investir dans la plus célèbre des cryptomonnaies, comme le souligne Philippe Herlin, auteur de J’achète du Bitcoin (éd. Eyrolles). En 2021, sa valeur a progressé de 229% pour dépasser les 23.000 dollars en cette fin d’année. Une période record.

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Tags:
Covid-19, crise économique, immobilier, Krach immobilier, crédit immobilier, banques, Banque centrale européenne (BCE), Philippe Herlin, Bitcoin, or, économie
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