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Plutôt que de confier leurs économies à leur banque, de plus en plus de Français empilent des espèces à leur domicile. La confiance dans le système bancaire s’écroule-t-elle? Philippe Béchade, président des Éconoclastes, se veut rassurant. Explications.

Le cliché de mamie gardant son bas de laine sous le matelas revient-il au goût du jour? La question est légitime à l’heure ou des statistiques démontrent que les Français conservent de plus en plus leur épargne en cash à leur domicile.

Une récente enquête du Figaro souligne l’ampleur du phénomène. «En France, le volume des billets remontant des utilisateurs vers les opérateurs de traitement des espèces a baissé de 2,8% en moyenne annuelle de fin 2015 à fin 2019 alors qu'au cours de la même période la progression des émissions atteint 7,5% en volume en moyenne annuelle», analyse auprès du quotidien Claude Piot, directeur général adjoint des services à l'économie et du réseau de la Banque de France.

​Une tendance accentuée par la crise du Covid-19, comme le souligne au micro de Sputnik Philippe Béchade, président des Éconoclastes:

«Tout d’abord, il faut noter que ce phénomène est amplifié par l’augmentation générale de l’épargne de beaucoup de Français. Ces derniers ne peuvent plus aller au restaurant, au cinéma, au musée et leurs départs en vacances sont compliqués. C’est autant d’argent qu’ils ne dépensent pas.»

La Banque de France note aussi que les Français ont beaucoup épargné durant la crise du Covid-19. Pour 2020, c’est un montant record de 200 milliards d’euros. À titre de comparaison, ils mettent d’ordinaire de côté entre 100 et 130 milliards d’euros par an.

La peur de l’avenir

Claude Piot explique au Figaro: «Le contraste est encore plus marqué en 2020 avec des émissions nettes en volume en hausse de 8,8% alors que, selon [nos] estimations, les entrées de billets aux bornes de la filière fiduciaire en volume auraient baissé de 20% environ.»

Les Français sont donc moins en capacité de dépenser du fait des mesures de restriction liées à la crise sanitaire. Mais est-ce la seule explication?

Philippe Béchade note que, culturellement, ils sont habitués à retirer du cash. Mais, dans le même temps, nos concitoyens recourent plus en plus au paiement sans contact. D’autant que  le plafond en a été relevé de 20 à 50 euros le 11 mai 2020:

«C’est un effet kiss cool. Ils retirent au distributeur, mais règlent avec le paiement sans contact. Ils conservent donc le cash», résume le président des Éconoclastes.

Et ce petit trésor de guerre, amassé quotidiennement, finit sous les matelas de certains Français… ou vient garnir le coffre-fort de leur domicile. «On a une forte progression sur les coffres pour particuliers, autour de +30 à +40% sur 2020», déclare au Figaro Yann Jubault, directeur commercial de la marque de coffres-forts Hartmann Tresore en France.

La peur de l’avenir joue également beaucoup dans l’équation, comme le souligne Philippe Béchade:

«En période de crise, les gens peuvent avoir peur qu’il y ait des problèmes, notamment en cas de troubles sociaux ou de pénuries. On l’a récemment vu au Liban avec des citoyens qui craignaient que les distributeurs automatiques de billets ne soient plus approvisionnés.»

Autre point qui explique pour certains ce désir de garder leur magot près d’eux: la peur de l’effondrement du système bancaire. C’est le cas de Luigi, sculpteur italien interrogé par Le Figaro. Il dit avoir «une inquiétude sur les banques qui pourraient soudain s'effondrer comme ce fut le cas ailleurs dans le monde ces dernières années, et bloquer notre compte». Les exemples de faillites de pays comme l’Argentine ou la Grèce sont ancrés dans certaines têtes.

Philippe Béchade relativise cette hantise du krach chez les Français:

«Je ne crois pas que l’on assiste à une “débancarisation” massive.»

Notre intervenant remet les choses en perspective: «C’est un phénomène dont on ne peut nier l’existence et qui finit par se chiffrer en milliards d’euros de monnaie fiduciaire, mais les banques ne le sentent pratiquement pas passer. L’impact pour elles est minime.»

D’après lui, «la confiance des Français dans le système bancaire est encore là».

«Ils pourraient s’inquiéter de voir les banques faire face à une importante sinistralité [taux de sinistres, ndlr] sur les crédits, notamment ceux qui sont octroyés aux entreprises. Pour le moment, ce n’est pas le cas. De plus, la France a connu un nombre de faillites sensiblement bas en 2020», ajoute-t-il.

Une performance majoritairement due au soutien massif du gouvernement. Mais, en plus des fameux prêts garantis par l’État, de nombreuses entreprises devaient déjà honorer des échéances sur de précédents prêts. En décembre dernier, l’Autorité bancaire européenne (EBA) lançait l’alerte. Elle appelait les établissements de crédit à anticiper des jours difficiles: «L’incertitude économique demeure, la profitabilité n’a jamais été aussi faible et il y a plusieurs signes avancés d’une détérioration de la qualité des actifs.»

Les TLTRO, armes de refinancement massif

L’autorité bancaire s’inquiétait notamment de la multiplication de créances dites de niveau 2. Une catégorie qui regroupe les prêts toujours en cours de remboursement mais considérés comme risqués. Au moment de l’avertissement de l’EBA, les créances de niveau 2 avaient progressé de 23% sur an pour atteindre un montant de 1.200 milliards d’euros au sein des bilans des banques européennes.

​De quoi mettre à mal le système bancaire européen et pousser encore plus de Français à s’en détourner? Pas pour Philippe Béchade. Celui-ci s’inquiète d’autant moins pour les banques qu’elles reçoivent un soutien indéfectible de la BCE.

«Même en cas de poussée des défaillances de paiement qui pourrait intervenir fin mars-avril, les banques pourront toujours se refinancer sans problèmes grâce aux TLTRO. Le plus beau étant qu’elles le font à taux négatifs», analyse le président des Éconoclastes.

Les très critiquées opérations de refinancement à plus long terme ciblées (Targeted Long Term Refinancing Operation, TLTRO), mises en place par la BCE, sont très prisées par les banques de la zone euro. En juin dernier, ces dernières ont emprunté 1.300 milliards à taux négatifs.

«Elles gagnent sur tous les tableaux», conclut Philippe Béchade.

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Philippe Béchade, crise économique, crise financière, économie, Covid-19
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