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Deux «pépites» françaises de sécurité informatique croquées coup sur coup par des entreprises américaines! Le 10 février, Alsid annonçait son rachat par Tenable. Le lendemain, Sqreen annonçait son rachat par DataDog. Le destin de la «start-up nation» impulsée par Emmanuel Macron est-il de servir de réservoir d’innovation à la tech américaine?

Emmanuel Macron les adore, les Américains aussi.

La firme Tenable Holdings est spécialisée dans la détection des vulnérabilités des réseaux d'entreprise (Cyber Exposure). Elle a annoncé le 10 février le rachat pour 98 millions de dollars du français Alsid. Créée en 2016, cette start-up est dépeinte comme l’«une des plus belles success stories du secteur cyber français». Son passage sous pavillon américain illustre une tendance de fond dans ce secteur. Une vague inquiétante. En effet, Alsid est le spécialiste du marché de la sécurité Active Directory, un service d’annuaire qui héberge les données les plus sensibles d’un réseau ou d’une entreprise. Par conséquent, une cible de choix pour tout hacker.

Des inquiétudes renforcées par le rachat, dans la foulée, d’un autre fleuron de la tech tricolore. Le 11 février, soit le lendemain même de l’annonce du rachat d’Alsid, l’entreprise informatique new-yorkaise Datadog gobait le français Sqreen, spécialiste de la surveillance des infrastructures cloud et conteneurisées. Un service qu’utilise notamment Le Monde pour sécuriser son site Internet et sa dizaine d’applications. Une hécatombe? En juin 2019, Sentryo, start-up lyonnaise pionnière dans la cybersécurité pour l’Internet des objets industriels, était rachetée par Cisco en juin 2019. L’incapacité de la France à protéger ses réussites du secteur numérique soulève maintes questions.

Être gobé par plus gros que soit: fatalité ou ambition?

Mais ces cessions doivent-elles nous surprendre? Au-delà de la tendance des géants de la «tech» à faire disparaître toute concurrence potentielle, le rachat par une firme californienne est perçu comme la consécration par tout start-upper qui se respecte. Tant pour assurer le développement de sa boîte que pour simplement s’enrichir. Une illustration de cet état d’esprit, court-termiste et parfois très opportuniste, pourrait être le destin de la fratrie Samwer.

Fin des années 90, après des stages dans la Silicon Valley, les trois frères Samwer ont lancé en Allemagne un clone du site eBay. Le géant du commerce en ligne a racheté leur société (et  les a embauchés au passage) pour ne pas perdre le marché allemand.

Résultat: 53 millions de dollars dans la poche, après moins de cent jours d’activité de leur copycat baptisé Alando. Forts de ce succès, les trois frères ont réitéré l’opération avec de nombreux sites célèbres. Un exemple éclipsé par les success stories d’hommes tels que Steve Jobs (Apple) ou Jeff Bezos (Amazon), qui ont bâti des empires mondiaux en partant de rien.

Dans l’Hexagone, des succès inspirent également, comme celui de BlaBlaCar, de Doctolib ou d’OVHcloud et Mirakl qui forment le club très fermé des licornes françaises. Deezer, autre succès tricolore ayant franchi la barre du milliard de dollars de valorisation, a été absorbée début 2016 par le fonds russo-américain Access Industries. Dataiku ayant, quant à elle, emménagé à New York en 2015.

À ceux nourrissant des ambitions analogues, Emmanuel Macron avait promis d’importants moyens durant sa campagne présidentielle. Tant depuis Bercy que durant sa course à l’investiture  suprême, le jeune candidat En Marche! ne jurait que par ces start-ups de la tech. «Il faut que les start-up m’aident à transformer la France» déclarait ainsi l’ex-conseiller de Hollande mi-avril 2017. La révélation par le Canard enchaîné de sa participation à la French-Tech Night de Las Vegas, petite expédition qui avait coûté plus de 380.000 euros d’argent public, avait d’ailleurs failli créer la polémique à deux mois du premier tour. Une affaire providentiellement éclipsée par celle des costumes offerts à François Fillon.

Start-up de la tech: ces «pépites» dopées aux aides

Depuis l’élection présidentielle, la loi Pacte, relative à la croissance et la transformation des entreprises, est venue concrétiser ce parti pris du chef de l’exécutif. La cession de participations de l’État dans de grandes entreprises (Renault, Thales, Engie) ainsi que la vente de certaines de ses vaches à lait (la Française des Jeux et Aéroports de Paris) devait générer 10 milliards de cash destinés à «sanctuariser l’innovation de rupture» et financer des «projets à forte intensité technologique». Une manne financière, issue de la vente de «bijoux de famille», dont les intérêts de placement seraient redistribué dans l’aide aux start-up.

Lors d’une visite à Station F, l’incubateur parisien, fin 2018, Emmanuel Macron semblait conscient de la tentation des start-uppers tricolores de céder aux sirènes américaines voire chinoises. Il érigeait en priorité leur maintien dans le giron national. Il faut dire que si l’Hexagone est parfois perçu comme un paradis pour fonctionnaires et salariés, les charges et lourdeurs administratives qui pèsent en retour sur les épaules des entrepreneurs poussent à considérer la création d’entreprise comme «irrationnelle» aux yeux d’économistes.

Via la mise en place d’aides et autres allégements de charges (exonération des charges sociales et patronales pour les jeunes entreprises innovantes), le Président prenait donc le pari du retour sur investissement à long terme en escomptant créer un «écosystème […] porteur d’une forme de responsabilité sociale, d’une conscience environnementale»… ainsi que d’une certaine vision de «l’Europe».

Sur ce dossier pourtant phare de sa campagne et de sa politique économique, il semblerait que, là encore, le chef de l’État a été rattrapé par le principe de réalité. Pour l’anecdote, la firme américaine Datadog qui rachète le français Sqreen, et qui fait donc figure de réelle success story, a été créée en 2010 et développée par deux centraliens et prodiges de l’informatique expatriés outre-Atlantique.

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Tags:
France, start-up
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