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Plusieurs observateurs s’inquiètent de l’impact du gigantesque plan de relance américain sur les taux d’intérêt et l’inflation. Notamment en Europe. Pourtant, l’économiste Dany Lang juge cette crainte «tout à fait ridicule» au micro de Sputnik. Selon le membre des Économistes atterrés, c’est la dette privée qui est le plus préoccupante.

1.900 milliards de dollars. À peine élu à la présidence des États-Unis, Joe Biden a sorti l’artillerie lourde avec son plan de relance économique qui vient d’être adopté par le Congrès. Dans le monde économique, on souligne que son impact se fera ressentir bien au-delà des frontières de l’Oncle Sam. C’est notamment le cas de Gerry Rice, porte-parole du Fonds monétaire international (FMI), qui a récemment souligné lors d’une conférence de presse que le plan américain aurait «des retombées positives sur le reste de l'économie mondiale»:

«La plupart des pays devraient bénéficier d'une demande américaine plus forte tant pour les produits de base que pour les importations de biens et de services, a-t-il pronostiqué. Cela contribuera ainsi à la croissance et à la reprise mondiale.»

De quoi faire relever les prévisions de croissance mondiale estimée à 5,5% en janvier dernier. Si la somme mirobolante dégainée par Joe Biden pourrait bien faire des États-Unis la locomotive de la croissance mondiale en 2021, éventuellement devant la Chine, «nous devons être attentifs aux risques et les pays doivent bien entendu être vigilants [...] à tout risque éventuel, y compris un éventuel resserrement financier», a prévenu Gerry Rice.

​Les Républicains ont massivement voté contre le plan Biden, mettant en avant le danger d’inflation. «C'est un risque parmi tant d'autres que nous allons surveiller», a assuré le conseiller économique de la Maison-Blanche, Brian Deese, sur la chaîne CNN.

«C’est tout à fait ridicule de craindre de l’inflation dans le contexte actuel. On est au bord de la déflation. Ceux qui craignent une montée des prix la voient où? Il faut cesser de combattre des choses qui n’existent pas», avance au micro de Sputnik l’économiste et enseignant Dany Lang.

Gerry Rice s’est notamment inquiété d’un possible resserrement brutal des taux d’intérêt alors que ces derniers ont récemment subi des pressions à la hausse sur le marché obligataire, notamment aux États-Unis. Dans un environnement «où les coûts de financement en dollars américains sont exceptionnellement bas», la Réserve fédérale (Fed) et les autres banques centrales des économies avancées doivent «gérer soigneusement les risques d'un resserrement soudain des conditions financières», a-t-il averti, les incitant à «communiquer clairement».

Une petite montée des prix salvatrice?

Selon plusieurs économistes, une forte montée des taux d’intérêt aurait un impact négatif sur le refinancement de la dette d'un certain nombre de pays émergents, compromettant la reprise au niveau mondial.

Au contraire de plusieurs de ses confrères, Dany Lang ne croit pas du tout au risque inflationniste induit par la création monétaire des banques centrales, Réserve fédérale américaine (FED) et Banque centrale européenne (BCE) en tête: «C’est une vieille fiction monétariste, assure-t-il. Nous ne sommes plus au temps de John Law. Quand la Banque centrale crée de la monnaie, cela ne provoque plus d’inflation.»

​D’après lui, «c’est de la folie furieuse» de redouter une inflation brutale. «Les banques centrales n’arrivaient même pas, avant la crise du Covid, à atteindre leur objectif de 2% d’inflation.»

Le débat est vif dans le monde économique. Reste que la majorité des experts, dont Gita Gopinath, chef économiste du FMI, estime que, s'il y a hausse des prix accélérée, c'est-à-dire au-dessus des 2% préconisés par la Banque centrale américaine, cela ne sera que temporaire.

Dany Lang juge quant à lui que, si trop d’inflation est dangereux, une montée maîtrisée des prix serait souhaitable:

«Si on a peu un d’inflation, cela pèsera moins lourd dans le budget des ménages et des entreprises endettés. Cela évitera de plomber durablement la reprise. Encore une fois, c’est la dette privée le problème. Malheureusement, beaucoup d’économistes préfèrent raconter des âneries. Ce n’est pas sérieux.»

Dany Lang estime que les dettes privées sont beaucoup trop élevées et que la crise du Covid n’a rien arrangé.

«L’État français n’a rien trouvé de plus intelligent que de proposer des prêts garantis aux entreprises. La dette privée est explosive et va nous péter au nez. C’est la première cause de crise. C’était déjà le cas en 2008 et c’était de la gnognote à côté de ce qui nous pend au nez.»

En attendant, selon une estimation préliminaire du FMI, le plan Biden devrait booster la croissance américaine de 5 à 6% sur trois ans après une année 2020 marquée par une récession record.

«Je m’en fiche un peu, de la croissance. Depuis la crise de 2008, elle est captée par les 1% voire 0,1% les plus riches. Ce qui m’intéresse, c’est la reprise de l’emploi. Vu la situation actuelle, craindre une explosion du chômage relève du bon sens», explique Dany Lang.

Selon l’universitaire, tout dépendra de la manière dont est alloué l’argent du plan Biden: «Nous ne sommes plus dans les années 1960, où il suffisait d’arroser tout le monde. Si c’est utilisé pour soutenir le secteur culturel, construire des infrastructures ou assurer la transition écologique, c’est très bien. Si c’est seulement pour apporter des aides financières aux entreprises, même si elles sont nécessaires, l’efficacité sera limitée pour l’emploi.» Dany Lang met notamment en avant l’importance du «multiplicateur budgétaire», «l’effet d’une dépense publique sur le PIB».

Les États-Unis ont perdu 9,8 millions d’emplois en 2020. Au cours de la première semaine de mars, 712.000 personnes se sont encore inscrites au chômage, d’après le département du Travail. Le plan Biden devra reconstruire sur ces décombres.

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Tags:
inflation, Joe Biden, États-Unis, dette publique, dette, Covid-19
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