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Une requête a atterri sur la plateforme e-pétitions du Sénat afin de faire modifier le Code monétaire et financier. Le but? Permettre à la Banque de France d’acheter du bitcoin et d’autres cryptoactifs. François-Xavier Thoorens, l’auteur de la pétition, assure au micro de Sputnik que la France n’a plus un instant à perdre.

«Il est désormais vital pour la France de se doter d'une loi stratégique anticipant les changements à venir dans le domaine des valeurs virtuelles.» C’est de cette manière que François-Xavier Thoorens, fondateur d’Ark Ecosystem, acteur français de premier plan de la blockchain, présente la pétition qu’il a récemment déposée sur la plateforme e-pétitions du Sénat.

«Il est nécessaire d’avoir une stratégie à long terme concernant les valeurs virtuelles qui vont devenir de plus en plus installées dans le monde économique. Il faut agir maintenant et c’est ceux qui agiront le plus vite qui tireront leur épingle du jeu», prévient-il au micro de Sputnik.

L’entrepreneur juge qu’il est «urgent» pour la France de se saisir de la question des cryptomonnaies en adaptant son arsenal législatif. «Je propose donc une mise à jour du Code monétaire et financier pour doter la Banque de France de la capacité d'acheter, vendre et conserver des bitcoins et autres cryptoactifs qu'elle jugera bon. Les solutions techniques sont relativement simples. Elles ne nécessitent qu’un faible budget», explique-t-il.

​La folie bitcoin frappe le monde économique depuis plusieurs mois. Son prix évolue désormais au-dessus des 56.000 dollars après avoir brièvement dépassé les 60.000 dollars le 13 mars. Pour rappel, son cours était passé sous les 5.000 billets verts au moment du krach de mars 2020. Son envolée a suscité la convoitise de bien des acteurs de premier plan comme Tesla, la marque de voiture électrique dirigée par le milliardaire Elon Musk, qui a investi 1,5 milliard de dollars dans la plus célèbre des crytpomonnaies.

Canada, Miami, Suisse… le bitcoin fait son nid

Le géant du paiement en ligne PayPal ou BlackRock, plus important fonds d’investissement de la planète, ont également montré tout leur intérêt pour les crytpomonnaies, de même que BNY Mellon, la plus vieille banque de Wall Street. Bloomberg rapportait en février dernier qu’une branche d’investissement de la célèbre banque d’affaires américaine Morgan Stanley dotée de 150 milliards de dollars envisageait d’ajouter le bitcoin à sa liste d’emplettes.

Pour François-Xavier Thoorens, Paris se doit de monter dans le bon wagon: «La France ne peut décemment rester en observatrice d'une course qui est déjà lancée. Ne pas posséder de bitcoin la mettra en position de faiblesse financière dans un horizon de cinq à dix ans.»

L’Hexagone ne serait pas le premier pays à s’intéresser aux cryptomonnaies. La Chine développe depuis des années son cryptoyuan. Quant au Canada, il a fait office de précurseur en lançant un fonds indiciel de bitcoins négocié en bourse et proposé par la société Purpose Investments. «Ce fonds négocié en bourse sera le premier au monde à investir directement dans des bitcoins» adossés physiquement «et non pas sur des dérivés, offrant aux investisseurs un accès facile et efficace à la catégorie d’actifs émergente de la cryptomonnaie sans le risque lié à l’autodétention dans un portefeuille numérique», expliquait Purpose Investments dans un communiqué publié au moment du lancement.

Des initiatives locales apparaissent également ici et là. Francis Suarez, maire de Miami, a pour projet de payer les employés de la municipalité en bitcoins et d’y investir une partie de la trésorerie de la ville. Quant au journaliste Grégory Raymond, il rapportait récemment sur Twitter que le canton suisse de Zoug avait autorisé ses administrés à s’acquitter de leurs impôts en bitcoins, dans une limite de 100.000 francs suisses.

«Une nouvelle classe d’actifs»

Reste que la célèbre cryptomonnaie a de nombreux adversaires à commencer par «Dr. Doom» (Docteur Catastrophe), l’économiste Nouriel Roubini, connu notamment pour avoir anticipé la crise financière de 2008. Dans une tribune récente publiée par le Financial Times, l’économiste a assuré qu’une bulle s’était formée sur le marché du bitcoin et qu’elle «finira par éclater à nouveau». Nouriel Roubini fait ici référence au krach de 2018, quand le bitcoin avait vu sa valeur passer de plus de 15.000 dollars en décembre 2017 pour se retrouver sous les 3.000 dollars un an plus tard.

​L’expert vitupère la cryptomonnaie: «Appeler les bitcoins ou d'autres cryptos des "devises" est une erreur. Elles ne sont pas une unité de compte. Ce ne sont pas des moyens de paiement évolutifs: avec les bitcoins, vous pouvez effectuer cinq transactions par seconde alors que le réseau Visa en effectue 24.000. Les bitcoins sont à peine utilisés par les entreprises légitimes comme moyen de paiement pour les biens et les services, bien que Tesla ait déclaré qu'il prévoyait de commencer à les accepter.»

«Oui je veux bien», rétorque François-Xavier Thoorens. Et de développer malgré tout son raisonnement: «Mais l’or n’est pas une monnaie non plus. Cela peut servir de monnaie mais pas que. C’est la même chose pour le bitcoin qui, par certains aspects, peut servir de moyen d’échange, mais qui, évidemment, sera moins efficace qu’une monnaie classique pour ce faire, ne serait-ce qu’en termes de nombre ou de coût des transactions.»

«Il faut comprendre que le bitcoin est une nouvelle classe d’actifs qui ne rentre pas dans les cases. Reste que c’est un fait qu’il commence à avoir une grosse valeur et qu’il comptera dans le futur», estime notre interlocuteur.

L’analyse de Nouriel Roubini était récemment partagée au micro de Sputnik par le président des Éconoclastes, Philippe Béchade: «On fait appel à la naïveté des gens en leur faisant miroiter des profits mirobolants, alors que rien de tout cela n’est possible.»

Un député français signe la pétition

François-Xavier Thoorens balaie ces arguments: «On pourra toujours trouver à redire à propos du bitcoin. N’empêche qu’il compte désormais dans le monde économique.» Même son de cloche du côté de l’économiste Philippe Herlin, auteur de J’achète du bitcoin (éd. Eyrolles). En février, il assurait à Sputnik: «Je considère qu’il y a d’un côté le bitcoin et l’or et en face les monnaies papier. Et à terme, le bitcoin et l’or vont gagner contre la monnaie papier. En tout cas, ils prendront de plus en plus d’importance.»

​En attendant, la pétition de François-Xavier Thoorens démarre plutôt en douceur. Le 15 mars à 15h38, elle comptait 641 signatures. On est encore loin des 100.000 paraphes requis avant que le Sénat n’y jette un coup d’œil. Mais l’entrepreneur garde espoir:

«J’espère que cela va décoller. Nous avons reçu la signature du député LREM Jean-Michel Mis qui fait partie de ce que l’on appelle les "cryptodéputés", des parlementaires au fait des questions relatives aux cryptomonnaies et à la blockchain. Par ce geste, il montre qu’il est convaincu que la France doit faire quelque chose à propos du bitcoin et des cryptomonnaies.»

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