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La pénurie de semi-conducteurs qui frappe l’économie planétaire n’est pas près de se terminer. C’est dorénavant la sécheresse qui touche Taïwan qui met en danger la production. Au micro de Sputnik, Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit, juge plus que jamais essentiel de bénéficier d’une souveraineté économique.

La production de semi-conducteurs connaît de nombreuses difficultés depuis plusieurs semaines. L’heure est grave pour ce secteur, essentiel au développement économique mondial, qui pèse 450 milliards de dollars. «Qu’il s’agisse des écrans d’ordinateurs, des téléviseurs, des smartphones, des tablettes, des voitures, il y a une pénurie globale de puces. On n’a jamais rien vu de tel», a alerté auprès de l’AFP le porte-parole de Himax Technologies, l’un des leaders mondiaux des semi-conducteurs situé à Taïwan.

​«Ce qui est en jeu, ce n’est rien moins que le contrôle de l’économie planétaire», avertissait récemment sur TF1 l’économiste François Lenglet, ajoutant qu’«au cœur de cette bataille, il y a Taïwan, petite île du sud-est de la Chine qui possède les usines les plus performantes au monde».

Pas de pluie, moins de puces

Au micro de Sputnik, Charles-Henri Gallois, président de Génération Frexit, souligne également la gravité de la situation:

«L’économie est aujourd’hui très numérisée et dépend énormément de l’informatique. Tout ne va pas s’effondrer mais l’on risque d’assister à des problèmes de maintenance et de renouvellement de nature à handicaper certains secteurs et les empêcher de tourner à plein régime. Ce n’est pas un sujet qui concerne seulement les pays occidentaux, mais bien l’économie mondiale.»

La production de semi-conducteurs, déjà mise à rude épreuve par une explosion de la demande liée au développement du télétravail et autre enseignement à distance, risque de connaître un nouveau coup de massue. Les fonderies taïwanaises sont très gourmandes en eau. Or, malgré sa localisation parmi les plus humides du globe –avec une moyenne de 2.600 millimètres de précipitations par an–, l’île fait actuellement face à un cruel manque d’eau.

Même la traditionnelle saison des pluies a manqué à l’appel. Pour la première fois en 56 ans, pas le moindre typhon n’a frappé Taïwan en 2020. Sans parler du fait qu’au premier trimestre, les précipitations ont été inférieures de 40% à la moyenne. Résultat: les réservoirs d’eau situés au pied des nombreuses montagnes du pays voient leur niveau dangereusement baisser, pour ceux qui ne sont pas déjà à sec. Devant une telle situation, Taipei a dû prendre des mesures. Des restrictions de consommation d’eau ont été imposées à plus d’un million de foyers et d’entreprises du centre de l’île pendant que les agriculteurs ont reçu pour consigne de ne plus irriguer.

Quant aux trois plus grandes technopoles du pays, elles ont dû diminuer leur consommation d’eau de 15%. Très problématique sachant qu’en 2019, les usines de Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) –le plus gros fabricant de semi-conducteurs mondial– qui y sont situées ont utilisé 156.000 tonnes d’eau par jour. Un chiffre encore plus astronomique quand on voit qu’il représente l’équivalent de 60 piscines olympiques.

Le groupe a tenu à se montrer rassurant dans un communiqué garantissant qu’il avait «toujours des plans de secours en cas de restrictions d’eau». TSMC a annoncé avoir prévu 100 milliards de dollars d’investissement ces trois prochaines années afin de mettre en place de nouvelles lignes de production.

La panique et le cercle vicieux

En attentant, l’inquiétude se propage et la sécheresse à Taïwan n’arrange rien: «Cela génère de l’angoisse dans les usines de semi-conducteurs au moment où elles doivent honorer des commandes en hausse», a expliqué à l’AFP Iris Pang, spécialiste de l’économie taïwanaise chez ING. Selon elle, la pénurie de puces pourrait durer jusqu’en 2022, voire 2023.

«La demande va augmenter avec la reprise mondiale mais la création de nouvelles unités de production prend du temps», a-t-elle ajouté.

Comme souvent, l’annonce de ces difficultés d’approvisionnement a aggravé les choses. L’Opinion souligne que la crainte d’une pénurie de longue durée a poussé certains industriels à constituer des stocks de semi-conducteurs. Un cercle vicieux également remarqué par Alan Patterson, expert au magazine spécialisé EE Times. Ce dernier estime que ce n’est pas le manque d’eau qui risque d’impacter à ce stade les fabricants, mais l’«excès de commandes». «Compte tenu de l’urgence, certaines entreprises peuvent être tentées de commander davantage de puces qu’elles n’en ont réellement besoin», a-t-il confié à l’AFP.

​Les conséquences de la pénurie se font déjà sentir. Plusieurs usines sont à l’arrêt à travers le monde. C’est notamment le cas de Stellantis à Rennes, du nom du groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler. En Allemagne, plusieurs sites de production automobile sont en chômage partiel. Quant aux américains Ford et General Motors, ils ont été dans l’obligation de fermer temporairement plusieurs unités ou de réduire la cadence. Si les équipements de communication tels les box Internet, ordinateurs et autres smartphones ont été les premiers touchés par la pénurie, l’industrie automobile, déjà bien éprouvée par la pandémie de Covid-19, est donc fortement affectée.

«Facilité et cupidité»

À l’instar de la production de masques ou de médicaments au printemps 2020, la pénurie de semi-conducteurs a une nouvelle fois mis en avant les risques relatifs aux concentrations de productions, souvent dans des pays asiatiques. Charles-Henri Gallois évoque les problèmes liés à l’«hyperspécialisation» et à la «division internationale du travail»:

«Des pays se spécialisent dans une partie de la chaîne de production et s’ils sont victimes de problème comme, par exemple, d’ordre climatique avec Taïwan, c’est l’ensemble de la chaîne qui en pâtit.»

Le défenseur du Frexit estime que «de nombreux États, dont la France, ont cédé sur leur souveraineté industrielle et économique par facilité et par cupidité».

«Ils se retrouvent dépendants et dans la main des autres, et pas forcément pour des intérêts géopolitiques mais bien économiques.»

Du côté des États-Unis, Joe Biden souhaite augmenter la production locale. Il va investir 50 milliards de dollars parmi les 2.300 de son plan pour les infrastructures. Mais d’après L’Opinion, ce n’est pas de nature à faire une grande différence. «Cet investissement ne devrait pas changer radicalement les choses: assurer l’autosuffisance des États-Unis en semi-conducteurs nécessiterait plus de 1.400 milliards de dollars ainsi que des incitations fédérales durant une décennie, selon l’Association américaine du secteur des semi-conducteurs», rapporte le quotidien.

​Quid de l’Europe? À l’instar de la Chine, «elle voudrait faire venir aussi les Taïwanais sur son sol», d’après François Lenglet. Mais reste à se mettre d’accord. «La France milite pour Grenoble, l’Allemagne préférerait les attirer chez elle», rapporte l’économiste de la première chaîne.

Rien d’étonnant pour Charles-Henri Gallois. Selon l’ex-responsable de l’économie à l’UPR, la crise du Covid avait déjà montré l’inefficacité d’une Union européenne «lente et néfaste». Il cite notamment l’exemple de la campagne de vaccination. «C’est un système qui nécessite l’accord de 27 pays pour prendre des décisions. C’est très long et très lourd. Sans parler du fait que les nations qui composent l’UE ne partagent pas les mêmes intérêts sur de nombreux sujets», ajoute-t-il.

«Les pays indépendants, même de taille inférieure, montrent  que les slogans du type "l’Union fait la force" sont totalement creux. On le voit actuellement avec le Royaume-Uni dont la campagne de vaccination a été bien plus efficace que dans les pays de l’Union», conclut-il.

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crise économique, crise financière, économie mondiale, économie, Covid-19
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