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Les traités européens proscrivent les monopoles, du moins lorsque ceux-ci profitent à des entreprises locales, contre lesquelles la Commission sévit sans vergogne. Avec la position dominante qu’elle octroie à Pfizer, notamment en écartant le vaccin russe, l’Union européenne prouve une fois de plus que ses règles sont à géométrie variable.

D’ici à quelques jours, l’UE pourrait signer avec Pfizer un contrat portant sur 1,8 milliard de doses supplémentaires de vaccin anti-Covid. Avec des livraisons étalées jusqu’en 2023, une telle quantité devrait suffire à vacciner plusieurs fois l’ensemble de la population européenne. Un triomphe commercial pour le géant américain, qui assoit sa suprématie sur le marché européen, mais également pour le laboratoire allemand BioNTech qui a coproduit le fameux vaccin Comirnaty.

Du côté d’AstraZeneca, c’est la descente aux enfers. Après avoir rebaptisé son vaccin pour tenter de redorer son blason échapper aux polémiques, le groupe pharmaceutique anglo-suédois est attaqué en justice par Bruxelles pour ses multiples retards de livraison. Un procès intenté le 23 avril par la Commission avec l’aval des États membres. Depuis la signature du contrat, seul un tiers des doses promises aurait été livré. Des atermoiements qui ont laissé Pfizer conforter la longueur d’avance qu’il avait prise au démarrage de la campagne de vaccination. Mais le laboratoire américain n’est pas non plus exemplaire en la matière. En février, l’UE attendait toujours un tiers des doses promises par Pfizer, avançait Reuters sur la base de «plusieurs sources au sein de l’Union européenne».

Pourquoi donc une telle discrétion sur le vaccin américano-allemand? Pourquoi donc une telle différence de traitement de la part de la Commission dirigée par l’ex-ministre d’Angela Merkel entre le produit Pfizer-BioNTech et ces impétueux Britanniques qui ont mieux géré la vaccination de leur côté de la Manche?

Vaccination: suprématie américano-allemande sur l’Europe

Quant au vaccin russe, qui a coûté au Premier ministre slovaque son poste pour en avoir commandé, son autorisation au sein de l’UE est reporté aux calendes grecques.

Selon le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Baune, l’Agence européenne des médicaments (EMA) ne devrait pas statuer avant fin juin sur l’homologation de Spoutnik V. Soit plus de quatre mois après le dépôt de la demande russe auprès des autorités sanitaires européennes!

Un délai qui contraste fortement avec celui de Pfizer/BioNtech, avalisé en moins de quatre semaines fin décembre. «On n’aura absolument pas besoin de Spoutnik V», affirmait fin mars au 20h de TF1 Thierry Breton, commissaire européen au Commerce extérieur et à la Vaccination. «Nous n’avons pas de petits favoris», se défendait en novembre un porte-parole de la Commission. Bref, champ libre en Europe pour le vaccin américano-allemand!

Selon des chiffres du site d’informations financières Finbold, le vaccin de Pfizer-BioNtech, premier homologué sur le marché européen, disposait à la mi-mars de 67% des parts de marché avec 43 millions de doses distribuées. Bien loin devant le second, AstraZeneca et ses 15 millions de doses (24% du marché), Moderna fermant le ban des principaux fournisseurs avec moins de 4 millions de doses (environ 6% des parts de marché).

Une situation d’autant plus étonnante qu'habituellement la Commission européenne ne voit pas les positions dominantes d’un bon œil. D’ailleurs, les traités stipulent de leur faire la chasse. L’exemple du rachat par le français Alstom du canadien Bombardier à l’été 2020 en est une illustration. Bruxelles avait exigé que les deux industriels cèdent des sites de production à la concurrence. En matière de respect des traités, la Commission se montre intransigeante, du moins avec ceux qui veulent bien l’écouter. Et cela, même en période de crise sanitaire. Le but recherché: empêcher qu’un acteur dominant puisse dicter ses prix… ce qui semble être le cas chez Pfizer qui a récemment annoncé une hausse du montant auquel il facture son vaccin.

Des risques passés sous silence?

Dernier exemple en date, le rappel à l’ordre par Bruxelles de neuf pays de l’espace Schengen qui, face à la propagation des variants, avaient rétabli des contrôles à leurs frontières.

«Le virus nous a appris que la fermeture des frontières ne stoppe pas le virus, mais cela crée des distorsions sur le marché unique. Donc il faut s'en tenir à ce dont nous sommes convenus», avait fulminé Ursula von der Leyen dans une missive adressée mi-février aux chefs de gouvernement de ces neufs États-membres.

Non sans ironie, les institutions européennes avaient été parmi les premières à fermer leurs portes il y a un an lors de l’expansion du virus en dehors des frontières italiennes.

Au-delà des livraisons, la même discrétion médiatique semble occulter les décès survenus après les injections de Pfizer-BioNtech. Les cas suspects de thrombose après une injection d’Astra Zeneca ont fait la une, à tel point que la confiance du public dans ce vaccin s’est effondrée. Résultat, la cote de Pfizer est montée dans l’opinion publique. Et ce alors que le vaccin britannico-suédois pourrait s’avérer bien moins dangereux que son concurrent américano-allemand. C’est en tout cas ce qui ressort des chiffres des autorités hongroises.

Sous le feu des critiques pour avoir été le premier État européen à passer commande du vaccin russe Spoutnik V, Budapest a dressé un comparatif des différents vaccins administrés sur son territoire entre le 26 décembre 2020 et le 20 avril 2021.

​Pour chaque tranche de 100.000 injections, trente-deux décès auraient été recensés pour le Comirnaty (Pfizer) contre sept pour l’AstraZeneca. Des morts suivant de peu les piqûres mais sans qu’on ait formellement établi de lien de cause à effet entre les deux.
Bref, la vaccination en Europe n’a pas fini de faire parler!

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Comirnaty, vaccin de Pfizer/BioNTech, Pfizer, Covid-19
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