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Elon Musk a créé la surprise en annonçant que sa marque de voitures électriques Tesla n’acceptait plus le bitcoin comme moyen de paiement. Le milliardaire a avancé des considérations environnementales pour expliquer sa décision, qui a toutefois entraîné un mini-krach. Est-ce le début de la fin pour la doyenne des crytpos?

À quoi joue Elon Musk? Le fantasque milliardaire, patron de Tesla et de SpaceX, et accessoirement deuxième homme le plus riche de la planète, a fait une annonce fracassante le 11 mai. Alors qu’il jouait depuis longtemps un rôle dans le succès du bitcoin, il a pris la décision de ne plus accepter la célèbre cryptomonnaie pour les paiements des véhicules électriques de sa marque Tesla.

​Un revirement qui prend place quelques semaines après son tweet de la fin mars annonçant la possibilité d’acheter une Tesla en bitcoins. Ces quelques dizaines de caractères publiés sur le réseau à l’oiseau bleu avaient suffi à faire grimper le cours de la doyenne des cryptomonnaies. La volte-face d’Elon Musk représente donc un véritable coup dur pour cette dernière.

Un précédent dangereux pour le bitcoin?

Si, en soi, le fait de pouvoir acheter les véhicules produits par la firme d’Elon Musk en bitcoins ne faisait pas pour autant de la cryptomonnaie un moyen de paiement comme un autre, cela lui donnait une certaine crédibilité. Avant cela, en janvier dernier, Tesla avait investi 1,5 milliard de dollars de sa trésorerie en bitcoins. Un record.

Et l’entreprise d’Elon Musk n’était pas seule. Ces derniers mois, plusieurs poids lourds de la finance, comme Blackrock –plus grand gestionnaire d’actifs de la planète –, Mastercard, Morgan Stanley, PayPal, ou encore la plus ancienne banque de Wall Street, BNY Mellon, ont annoncé des projets concernant le bitcoin.

La marche arrière enclenchée par Elon Musk pourrait-elle suivie par d’autres acteurs institutionnels de poids? Trop tôt pour le dire. Reste que les conséquences se sont déjà fait sentir. À la suite de l’annonce du patron de Tesla, le bitcoin a subi un mini-krach. Il est même tombé un temps à 46.045,10 dollars, loin de son record à plus de 62.000 dollars atteint en avril dernier.

«L’utilisation d’énergie sur les derniers mois est dingue»

Le cours s’est depuis un peu repris. Ce 14 mai à 15h08, il atteignait 50.280 dollars, soit une diminution de -0,05% sur 24h d’après le site spécialisé Cryptoast. L’importance des dégâts causés par les déclarations d’Elon Musk se mesure également en regardant la capitalisation du bitcoin. Cette dernière est repassée sous la barre symbolique des 1.000 milliards de dollars (939.966.000.000 dollars à 15h11 selon Cryptoast).

​L’utilisation d’énergie sur les derniers mois est dingue.

Pourtant, Elon Musk a profité d’une «hype» autour du bitcoin qu’il a lui-même contribué à entretenir. À en croire un document boursier publié fin avril, le portefeuille crytpo de Tesla valait 2,48 milliards de dollars à la fin du premier trimestre. Alors pourquoi ce soudain regain de défiance envers le bitcoin? L’explication serait à chercher du côté de l’engagement du capricieux milliardaire pour la défense de l’environnement:

«Tesla a suspendu les achats de voitures avec des bitcoins. Nous sommes inquiets du recours de plus en plus important aux combustibles riches en carbone pour miner des bitcoins, surtout le charbon, qui a les pires émissions [de gaz à effet de serre, ndlr] de tous les combustibles», a ainsi tweeté Elon Musk.

Le 13 mai, il récidivait en lançant: «l’utilisation d’énergie sur les derniers mois est dingue.» L’une des principales critiques émises par les adversaires du bitcoin demeure son impact environnemental, qu’ils jugent excessif. Inquiétude partagée par plusieurs études scientifiques. Le minage des bitcoins nécessite en effet de puissants ordinateurs capables d’effectuer des calculs complexes. Les fermes de minage consomment donc des quantités colossales d’électricité.

«Si le bitcoin était un pays, il utiliserait la même quantité d’électricité par an que la Suisse», estiment les analystes de Deutsche Bank dans une note.

La consommation d’énergie du bitcoin est à un niveau record. Elle est estimée à 149 TWh (térawatt-heure). Une donnée qui ne dira pas grand-chose à l’individu lambda, mais qui prend une tout autre dimension quand on la compare à la consommation de Google en 2019: 12,2 TWh.

«Très surprenant et déroutant»

Le problème est particulièrement épineux en Chine, pays qui abrite la majorité des fermes de minage de bitcoin. Une partie des opérations s’effectue grâce à du charbon particulièrement polluant: le lignite. Selon une récente étude de la revue scientifique Nature, la consommation d’électricité liée à la fabrication de bitcoin est telle en Chine qu’elle est de nature à remettre en cause les objectifs climatiques de l’Empire du Milieu. Et ils sont ambitieux. Le Président Xi Jinping a récemment réitéré sa volonté que son pays atteigne la neutralité carbone d’ici 2060.

​Reste que d’après Nature, les fermes de minages chinoises pourraient produire 130,50 millions de tonnes métriques d’émissions de dioxyde de carbone d’ici 2024. C’est environ le total des émissions annuelles de gaz à effet de serre de pays comme l’Arabie saoudite ou l’Italie.

«La cryptomonnaie est une bonne idée à plein de niveaux et nous pensons qu’elle a un avenir prometteur, mais cela ne doit pas compromettre l’environnement», a ainsi expliqué Elon Musk. Une déclaration qui soulève des interrogations. Comme le rappelle Daniel Ives, analyste de Wedbush, «la nature du minage de bitcoin n’a pourtant pas changé».

«Faire marche arrière trois mois plus tard est très surprenant et déroutant à la fois pour Tesla et les investisseurs en cryptomonnaie», ajoute-t-il.

Elon Musk n’en démord pas: «Tesla ne vendra pas de bitcoins et nous l’utiliserons pour des transactions dès que les mines seront alimentées par des énergies plus durables.» Problème: cela prendre un certain temps. Beaucoup de temps. D’après Bloomberg, il faudra attendre l’horizon 2060 pour que la Chine dispose de suffisamment d’énergie décarbonée pour permettre un minage massif en énergies renouvelables.

​En attendant, «la décision de Tesla fait office de prise de conscience brutale pour les entreprises et les consommateurs possédant du bitcoin, et qui n’avaient jusque-là pas fait attention à la facture écologique», alerte Laith Khalaf, analyste pour AJ Bell. «Cela montre que l’adoption sur le long terme de cette monnaie par les entreprises, les consommateurs et les investisseurs est encore très incertaine», poursuit-il.

De là à parler du début de la fin et de potentielle ruine des investisseurs, il n’y a qu’un pas. CNBC relayait récemment les propos d’Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui avertissait les détenteurs de cryptomonnaies:

«Ne les achetez que si vous êtes prêt à perdre tout votre argent.»

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crise économique, économie, Elon Musk, Bitcoin
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