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Traders et collectionneurs se les arrachent. Les jetons non fongibles, ou «non-fungible tokens», connaissent un essor remarquable depuis le début de l’année. Le marché de ces certificats de propriété d’objets numériques atteint désormais plusieurs milliards de dollars. Une première vente aux enchères de ces NFT s’est déroulée en France.

Une nouvelle pépite dans l’eldorado numérique. Si le bitcoin, la doyenne des cryptos -victime depuis plusieurs semaines d’un krach– fait beaucoup parler de lui, il se partage l’actualité avec les «NFT». Depuis le début de l’année, les investisseurs s’arrachent en effet ces jetons non fongibles ou «non-fungible tokens».

​Il s’agit de certificats de propriété d’objets numériques, qui peuvent aller de l’image au fichier son en passant par la vidéo, les animations ou même du texte. Jusqu’en 2020, ils étaient plutôt confidentiels. Mais depuis le début de l’année, le marché a vécu une véritable explosion. D’après les données du site spécialisé NonFungible, près de 2,5 milliards de dollars de transactions de NFT ont eu lieu sur les cinq premiers mois de 2021.

NFT, un écosystème en gestation

Preuve de la crédibilité que commence à avoir ce business, de grandes maisons d’enchères telles que Sotheby’s, propriété de Patrick Drahi, se sont mises à en proposer. En France également, les NFT commencent à faire parler d’eux. Cappelaere & Prunaux, une petite étude située à Bar-le-Duc, en ont récemment mis en vente une trentaine, faisant ainsi office de pionniers dans l’Hexagone. Contacté par Sputnik, Florian, collaborateur du commissaire de l’étude explique que ses employeurs avaient eu vent du succès des NFT.

«Un collectif d’artistes parisien nommé New French Touch nous a proposé ses œuvres et l’on s’est dit que c’était une belle occasion de nous lancer dans la vente de NFT, de tenter un peu le marché afin de voir si cela valait le coup d’en organiser d’autres par la suite», explique-t-il.

Si toutes les œuvres n’ont pas trouvé preneur, Florian assure que la vente a globalement été un succès, même si la politique de son entreprise veut qu’aucun chiffre ne soit communiqué. Point intéressant, Florian explique que certains lots étaient hybrides et contenaient une partie numérique et une physique.

Comment expliquer un tel succès? Comme le soulignent Les Échos, le NFT «est un code, un actif émis et échangeable sur une blockchain», le mode de fonctionnement des monnaies numériques comme le bitcoin. Le NFT garantit donc l’authenticité d’un objet numérique avec un code «unique, infalsifiable, indivisible et traçable».

C’est ce caractère unique qui en fait la rareté et donc la valeur. Certains NFT peuvent se négocier très cher. C’est notamment le cas du premier tweet de Jack Dorsey, fondateur de Twitter qui a été adjugé pour 2,9 millions de dollars. L’appétit pour les actifs numériques a connu un fort essor à l’aune de la crise du Covid-19. L’envolée pendant plusieurs mois des cours de nombreuses cryptomonnaies en a été une conséquence, de même que la hausse de l’intérêt des investisseurs pour les NFT.

​Un intérêt qui a frappé Brandon Kang, vidéaste californien de 25 ans, dont l’AFP s’est fait l’écho. Le jeune homme a commencé à acquérir des NFT en décembre dernier et en possède désormais plus de 500. Parmi les «belles pièces» de sa collection, le NFT de «Reflection», œuvre numérique de l’artiste de musique électronique Feed Me, pour laquelle il a dû débourser la somme de 50.000 dollars. Il possède également des dessins numériques de têtes de singe, les populaires «Bored Ape» ou encore d’une canette ou même d’un cube.

Ces dessins créés par des artistes encore peu connus sont exposés sur des écrans au domicile de Brandon Kang. Pour le moment, il souhaite conserver la plupart d’entre eux. Il faut dire que ces NFT pourraient valoir leur pesant d’or à l’avenir. Comme l’explique le vidéaste, également investisseur dans les cryptomonnaies, avant les NFT, «il n’y avait pas moyen de prouver qu’on était bien propriétaire d’objets numériques.»

Tout un écosystème économique se développe autour de ces jetons non fongibles. Des sites tels qu’OpenSea ou Nifty Gateway permettent aux artistes de vendre leurs œuvres et aux collectionneurs de NFT de les acheter. Interrogé par l’AFP, Devan Mitchem, ingénieur informatique basé à Singapour, a été séduit par ces nouvelles possibilités. Auparavant, il restait à l’écart du marché des NFT à cause de l’absence de «formats stables, de plateformes d’échange et de possibilités de stockage.»

Bien se renseigner sur la blockchain

Aujourd’hui, il ne possède pas moins de 200 NFT. Et il ne souhaite pas, pour le moment, les vendre: «C’est risqué, mais j’ai le sentiment que des œuvres créées entre 2017 et 2021 resteront comme issues de la période fondatrice de cette nouvelle catégorie. Cette ère aura une place à part dans les futures collections», a-t-il déclaré à l’agence de presse.

Ce dernier dit cependant comprendre «le scepticisme» que provoquent les NFT chez de nombreux observateurs. Environ 10.000 traders sont aujourd’hui actifs pour spéculer sur ce marché, contre à peine une centaine en 2017. Comme le soulignent Les Échos, les personnages numériques appelés «Cryptopunks» s’échangeaient en 2017 à un prix allant de 50 à 100 dollars. En juin 2021, leur cours a passé la barre des 180.000 dollars. La maison d’enchères Christie’s, contrôlée par famille Pinault, en a vendu neuf pour 16,9 millions de dollars.

​Si la majorité des opérations restent inférieures à 10 dollars –contre seulement 1% supérieur à 1.600 dollars– une récente étude en partie financée par l’Institut Alan Turing estime que le marché international des NFT s’élevait à environ 10 millions de dollars par jour en mars dernier. En près d’un an, l’activité a été multipliée par 150. De quoi attiser bien des convoitises.

«Le milieu est en train de mûrir»

Mais Devan Mitchem prévient les investisseurs qui seraient tentés de se lancer de bien se renseigner en amont sur la technologie blockchain.

«C’est encore pas mal le Far West», lance l’ingénieur, qui considère en revanche qu’il s’agit d’«un terrain d’opportunités». Quant à Brandon Kang, il alerte ceux qui seraient attirés par la perspective du gain facile et qui entreraient sur ce marché mal préparés: «ce sont eux qui risquent le plus de se faire plumer.»

Le récent krach qu’a vécu le bitcoin a également concerné nombre de cryptomonnaies, dont l’ether, devise numérique de référence pour les échanges liés aux NFT. De quoi impacter le marché, qui a subi une correction après des semaines de croissance. Pas de quoi inquiéter Brandon Kang. D’après lui, «le milieu est en train de mûrir et à long terme, c'est une bonne chose d'évacuer les gens qui ne sont là que pour le profit».

Le vidéaste imagine même un monde où les NFT voyageront entre plateformes, sites et univers virtuels, dépassant ainsi les possibilités du monde physique. Ce qui apparaît aujourd’hui comme de la science-fiction pourrait bien devenir réalité. En attendant, Cappelaere & Prunaux, satisfait du succès de leur première vente de NFT envisage bien de remettre le couvert, comme l’explique Florian:

«C’est le futur, d’autant plus que l’essor des cryptomonnaies rend les NFT encore plus intéressants.»

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Tags:
cryptomonnaie, krach financier, économie, crise économique, Bitcoin
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