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Selon des informations de Framatome ébruitées aux États-Unis par CNN, un incident nucléaire se serait produit à l’EPR de Taishan, dans le sud de la Chine. Une mauvaise nouvelle pour EDF, qui espère voire pérenniser plusieurs chantiers en France ainsi qu’en Pologne, où l’entreprise fait face à la concurrence américaine. Analyse.

Selon des informations de CNN, une «fuite» de combustible serait en cours à la centrale de Taishan. L’Administration Biden aurait planché sur le cas tout au long de la semaine dernière. Les dirigeants américains auraient «discuté de la situation avec le gouvernement français». Washington aurait été directement averti de cette «menace radioactive imminente» le 3 juin par la branche américaine de Framatome, ex-filiale d’Areva rachetée en 2018 par EDF et Mitsubishi Heavy Industries.

À la suite de cette publication, Framatome s’est fendu, ce 14 juin, d’un communiqué minimaliste. L’entreprise dit surveiller «l'évolution d'un des paramètres de fonctionnement» de l’EPR (réacteur pressurisé européen). Quant à EDF, elle a reconnu avoir été «informée» d'une hausse des taux de certains gaz rares dans le circuit fermé qui achemine l'eau de refroidissement dans la cuve du réacteur. En cause, une «dégradation de gaine de combustibles», a précisé lundi le groupe français lors d’une conférence de presse.

«EDF est, en quelque sorte, obligé de prendre les devants et de communiquer là-dessus pour ne pas être accusée d’avoir caché l’affaire. Qu’on ne dise pas qu’il y a eu un incident à Taishan, qu’EDF savait et n’a rien dit!» réagit auprès de Sputnik Jacques Percebois, président du Centre de recherche en économie et droit de l'énergie (CREDEN).

Un «principe de précaution à l’extrême, pour des raison certes environnementales, mais surtout judiciaires», observe, sous couvert d’anonymat, un avocat international spécialisé dans le domaine de l’énergie. Pour rappel, l’ex-maison mère de Framatome, Areva, est restée plusieurs années dans le collimateur du département de la Justice outre-Atlantique (DoJ).

Les autorités américaines ne manquent pas de moyens de rétorsion contre les entreprises tricolores. En 2016, l’affaire Uramin était portée à la connaissance du FBI. Plus tôt, en 2010, un supposé pacte de corruption avec plusieurs hauts dirigeants du parti Démocrate éclaboussait notamment Édouard Philippe, alors directeur des affaires publiques du groupe public. Bien qu’il n’ait pour l’instant pas intenté de procès, le DoJ avait fait savoir aux autorités françaises qu’il pourrait leur réclamer 24 milliards d’euros en cas de condamnation. Un passif qui peut expliquer le zèle et la réactivité observé aujourd’hui vis-à-vis de Washington.

À l’heure actuelle, «EDF a convoqué un conseil d’administration exceptionnel». «Cela veut dire qu’ils prennent les choses au sérieux», tempère Jacques Percebois. Pour lui, la balle est à présent dans le camp de Pékin: «tout dépendra de la réaction des Chinois.» «Il faut être sûr qu’ils aient bien compris que la transparence est un atout et pas un handicap», insiste notre intervenant. À ses yeux, cette médiatisation peut être perçue comme un moyen de forcer la main aux autorités chinoises, afin qu’elles fassent toute la lumière sur l’incident.

Répercussions sur les futurs chantiers en France et en Pologne, au profit des États-Unis?

L’événement tombe extrêmement mal pour le groupe français. «Ce n’est pas le moment qu’il y ait des incidents», note Jacques Percebois, qui rappelle les contrats actuellement en jeu autour de l’EPR made in France.

L’image du super réacteur souffre déjà des coûteux retards à répétition sur les chantiers de Flamanville et d’Olkiluoto en Finlande. Du coup, l’installation de Taishan fait figure de vitrine pour le savoir-faire français. En effet, cet EPR entré en service en 2019 est le premier opérationnel au monde. Il résulte d’une coopération franco-chinoise.

Donc, au-delà de se couvrir face au DoJ ou de pousser des partenaires chinois à faire toute la lumière sur cet incident, cette anticipation d’EDF pourrait viser surtout à rassurer ses clients potentiels. L’énergéticien espère voir, le gouvernement se prononcer sur le lancement de six chantiers en France d’ici à la prochaine élection présidentielle. Et, au-delà du marché domestique, EDF compte également remporter une énorme commande en Pologne. Estimé à plus de 34 milliards de d'euros, ce méga contrat est particulièrement disputé à EDF… par les Américains.

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Tags:
États-Unis, EDF, centrale nucléaire
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