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Le patron du renseignement suisse a quitté ses fonctions, trois ans seulement après son arrivée. Ses ratés dans une affaire d’espionnage impliquant la CIA et les ex-services d’Allemagne de l’Ouest pourraient être en cause.

Jean-Philippe Gaudin, directeur du Service de renseignement suisse a quitté son poste après trois ans d’exercice, a indiqué le Conseil fédéral dans un communiqué.

Ce départ hâtif cacherait en réalité un divorce entre le maître de l’espionnage et Viola Ahmerd, chef du département de la Défense, relate RTS. Les deux haut responsables ne communiquaient plus depuis des mois, explique ainsi une source proche du dossier au média. Une des causes de ce froid pourrait être la personnalité de Jean-Philippe Gaudin, connu pour son franc-parler et ses sorties médiatiques.

«Il paie sa franchise, son courage face aux nouveaux dangers du terrorisme et de l'extrémisme violent», explique ainsi à RTS Jacqueline de Quattro, conseillère nationale.

La volonté de Viola Ahmerd de promouvoir les femmes au sein de ses services a aussi pu peser dans la balance, au moment du départ du Vaudois.

Affaire Crypto

Mais au-delà des querelles d’ego, Jean-Philippe Gaudin a aussi payé sa gestion de l’affaire Crypto, révélée en février 2020. Le patron du renseignement avait en effet tardé à faire part de ses conclusions sur le sujet aux autorités, une attitude d’ailleurs dénoncée dans un rapport parlementaire.

L’affaire Crypto, aux effluves de guerre Froide, avait explosé suite à une enquête du Washington Post, révélant comment la CIA et les services ouest-allemands avaient piloté en sous-main la société de cryptographie Crypto AG. Depuis les années 1960, les deux agences truquaient en effet les machines et dispositifs de chiffrement de l’entreprise suisse, ensuite vendus au monde entier.

La manœuvre a continué jusque dans les années 2000, sous la houlette de la seule CIA après la défection des services allemands. Plus de 120 pays, clients de la société suisse, ont ainsi été espionnés.

La CIA a par exemple pu recueillir des informations sur les négociations de Camp David, la prise d'otage à l'ambassade américaine de Téhéran ou la guerre des Malouines. Un coup dur pour la réputation de neutralité suisse, comme l’expliquait à Sputnik Yannick Harrel, expert en cyberstratégie, en 2020.

«La Suisse avait cette notoriété de neutralité diplomatique, mais aussi de connaissance technique, dans le domaine de l’horlogerie comme dans celui de la cryptographie […] Or, beaucoup de pays ont acheté ces machines en se disant qu’elles appartenaient aux Suisses, donc à aucun des deux blocs, ni aux États-Unis, ni à l’Union soviétique», déclarait ainsi le spécialiste.

La société suisse a finalement été revendue en 2018, ses produits finissant par devenir obsolètes au fil des ans. Une enquête parlementaire avait par la suite révélé que le renseignement suisse avait profité du contrôle de Crypto par la CIA et les services allemands, omettant d’en d’informer le gouvernement fédéral.

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Tags:
RFA, CIA, espionnage, cryptographie, Suisse, services secrets
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