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Paris et d’autres membres sont toujours ouvertement hostiles à la hausse des budgets demandée par l’Otan, qu’ils perçoivent comme une menace pour leurs propres défenses nationales. Le bras de fer devrait se poursuivre lors de la réunion ministérielle de l’alliance avant le sommet du 14 juin. Explications avec le général (2S) Dominique Trinquand.

Des dents vont grincer, lors des réunions des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Otan, ce 1er juin. En cause, les difficiles négociations autour de la proposition d’augmentation «substantielle» des budgets communs de l’alliance, présentée par le secrétaire général Jens Stoltenberg, au mois de février dernier. «Si nous voulons faire plus, il nous faut davantage de ressources», justifiait l'ancien Premier ministre norvégien.

Emmanuel Macron lors d'un sommet de l'Otan
© Sputnik . Alexeï Vitvitski
Officiellement, l’initiative entend répondre à de nouveaux défis stratégiques, dont l’essor de la puissance militaire chinoise ou le changement climatique. En coulisse, elle entend également calmer le jeu avec Washington qui se plaint toujours de la trop faible participation des Européens à leur propre sécurité, bien que le ton ait changé depuis la période Trump.   

Paris hostile

«Non merci», a déjà rétorqué Paris. Et ce, au nom de sa souveraineté nationale. «Si l'idée est d'augmenter brutalement la contribution des États aux budgets communs et de changer la philosophie de l'Otan, en passant de la responsabilité nationale à la dilution de responsabilité, la réponse de la France sera clairement “non”», souligne-t-on au ministère des Armées.

«Le principal reproche qui est fait à cette hausse des budget communs est l’effet désincitatif de cette augmentation sur les défenses nationales. Puisqu’on augmente les dépenses communes, chaque pays se sent moins enclin à avoir des dépenses nationales. C’est une réalité», clarifie au micro de Sputnik Dominique Trinquand, général (2S).

Ce nouveau budget commun, chiffré de sources diplomatiques, citées par Reuters, à 20 milliards d'euros sur dix ans, permettrait de financer des opérations aujourd’hui soutenues par les nations au sein de l’Otan.

«Le problème, c’est que les pays pourraient être engagés dans des opérations qui ne dépendent pas de l’Otan [comme la France au Sahel, ndlr], et comme ils auraient consacré de l’argent pour des dépenses de l’Otan, ils n’en auraient plus assez pour ces opérations », explique l’ancien chef de la mission militaire française à l’Onu.

«Pour nous, ce n'est pas un sujet “Otan contre l'Europe”, mais “Otan contre les défenses nationales”», insiste-t-on au ministère des Armées. Pour autant, cette doléance de Stoltenberg n’est pas non plus de nature à renforcer l'autonomie stratégique européenne, chère au gouvernement d’Emmanuel Macron.  

«Pourquoi un citoyen européen devrait-il dépenser deux fois?»

«Certains Européens se demandent s'il faut renforcer l'Otan ou développer des capacités militaires de l'Union européenne complémentaires de celles de l'Alliance», souligne un diplomate cité par Reuters. En effet, La demande Otanienne se heurte au récent budget de défense présenté par l’Union européenne qui se chiffre à 7,95 milliards d’euros pour la période 2021-2027.    

«Pourquoi un citoyen européen devrait-il dépenser deux fois : pour l'UE et pour l'OTAN?» s’interroge le lieutenant général italien Roberto Nordio, au micro de Euronews. 

Le gouvernement français n’étant pas seul au sein de l’alliance à être réticent, sinon hostile à cette mesure, «la réunion de ce 1er juin devrait déboucher sur une analyse approfondie des fonds communs, voire potentiellement un accord a minima», prédit Dominique Trinquand.    

Calendrier serré  

Le calendrier de la proposition a lui aussi étonné. Certaines des économies de l’alliance peinent depuis plusieurs années à tenir l’objectif des 2%. Les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 n’ont certainement pas arrangé les choses. Difficile d’imaginer dans ces circonstances les pays de l’alliance consentir à une revue à la hausse de cet objectif.

De plus, le sommet des chefs d’État de l’Otan du 14 juin approche à grands pas. Des décisions doivent être prises sans tarder.   

Divergences de fond

L’imbroglio illustre une nouvelle fois le décalage entre l’Otan et certains de ses membres sur certaines questions stratégiques. Voilà de quoi ressusciter la question lancinante de la «mort cérébrale» de l’Otan, évoquée par Emmanuel Macron en novembre 2019.

«Dans la revue stratégique de l’Otan, il y a une propension à donner plus de poids à l’organisation stratégique de l’alliance, alors que la France prêche pour que ce soient les pays au sein de l’alliance qui gardent leurs pouvoirs», rappelle Dominique Trinquand.

Cette position a toujours été celle de la France. «Et ce, puisque l’organisation est naturellement orchestrée par le membre le plus puissant que sont les États-Unis. Qui est notre allié au demeurant, mais avec lequel on doit pouvoir discuter de nos désaccords», conclut le général (2S).

D’autant que, si des désaccords existent sur le fond, la forme à travers laquelle la proposition a été présentée a particulièrement irrité Paris. Celle-ci a été présentée à la presse avant d’être discutée en interne, entre membres de l’alliance. Le côté cavalier de la démarche aurait eu raison des nerfs de Florence Parly. Notre ministre des Armées est arrivée furieuse à la réunion ministérielle de l'Otan qui s'est tenue au lendemain de l’annonce de la proposition de Jens Stoltenberg.

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Tags:
Chine, défense, autonomie, Jens Stoltenberg, OTAN
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