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Alors que des inquiétudes surgissent sur l’endettement du Monténégro envers la Chine, pour Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE, la vraie question est plutôt de savoir «qui d’autre que la Chine a voulu investir au Monténégro?». Analyse pour Le Désordre mondial.

Certains pays européens qui ont été séduits par le rêve de l’initiative chinoise de «la Ceinture et la Route» –autrement dit, les Nouvelles routes de la soie– ont-ils fini par sombrer dans un cauchemar?

Le projet avait tout pour séduire: la Chine offrait à des pays européens à court de liquidités des prêts. Et ce à des conditions apparemment plus favorables que d’autres prêteurs comme le Fonds monétaire international, dont une meilleure rentabilité, plus d’autonomie et de souveraineté. Ces prêts sont destinés à financer des infrastructures dans le pays, notamment pour servir l’ambitieux projet chinois de voies commerciales entre l’Empire du Milieu et le Vieux Continent. A priori, tout le monde devait y trouver son compte.

Pourtant, l’AFP tire la sonnette d’alarme sur une autoroute au Monténégro qui menace l’équilibre économique du pays. Pour construire seulement 41 kilomètres de cette voie qui pour l’instant ne mène nulle part, le petit pays des Balkans a emprunté 944 millions de dollars à Pékin. Il lui faudrait investir encore un milliard pour réaliser les 130 kilomètres manquants, alors que l’emprunt déjà contracté représente un cinquième de la dette étrangère monténégrine. D’où viendra l’argent pour terminer ce grand projet pharaonique et rembourser la Chine? Pas forcément de l’autoroute elle-même, dont l’utilité et donc le rendement sont pour le moins incertains.

Quels sont les bénéfices de ce projet pharaonique de Routes de la soie pour l’Europe ? Pour Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), il viserait à faire sortir les entreprises chinoises de l’Empire du Milieu pour conquérir le monde:

«Mais l’investissement chinois ne passe pas que par les Routes de la soie, la Chine a une stratégie particulière qui consiste à faire s’endetter un certain nombre de partenaires. On constate que les 77 pays qui sont traversés par les Nouvelles routes de la soie sont tous, à des degrés moindres que le Monténégro, endettés vis-à-vis de la Chine mais surtout des banques chinoises.»

Quel est l’avantage pour le Monténégro de faire cette route? En effet, considère le président de l’IPSE, l’artère est une «irrationalité économique, c’est le bitume le plus cher au monde».

«Mais il faut prendre le problème à l’envers. Qui d’autre que la Chine a voulu investir au Monténégro? L’Union européenne est en décalage absolu avec la volonté d’un certain nombre de ses pays du sud-est d’adhérer à l’Union européenne. Le Président monténégrin a affirmé que les banques chinoises étaient les seules à vouloir investir dans le pays. Quand le Monténégro a appelé l’Europe à l’aide, aucun pays européen n’a souhaité investir.» 

Pourtant, cela n’est-il pas en contradiction avec l’objectif européen de contrer l’avancée chinoise en Europe?

«Déjà, le Monténégro ne fait pas partie de l’UE. Par ailleurs, la Chine investit de longue date dans l’ensemble des Balkans occidentaux. Les États européens n’ont pas de consensus vis-à-vis de la Chine car certains, comme ceux qui sont limitrophes de la Russie, voient un avantage à dialoguer directement avec la Chine pour contrer l’activisme russe plutôt qu’attendre un hypothétique soutien de l’Union européenne.»

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Tags:
investissements, Europe, Monténégro, Route de la Soie, Nouvelle route de la soie, Chine
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