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La commission européenne a annoncé mardi que l’UE émettra 250 millions d’obligations vertes d’ici à 2026, dans un objectif de transition écologique. Toutefois, pas un euro ne pourra être investi dans le nucléaire.

Une bataille pour la reconnaissance du nucléaire en tant qu’énergie verte vient d’être perdue. Le 7 septembre, la Commission européenne a précisé les modalités de ses obligations vertes, représentant un tiers du plan de relance post-Covid de 750 milliards d’euros. Ces obligations, censées financer des projets de transition écologique, ne pourront pas servir des projets relatifs à l’énergie nucléaire.

En effet, à l’issue de l’annonce, le commissaire au budget de l’Union européenne, Johannes Hahn, a précisé en conférence de presse que l’argent levé sur les marchés par ce mécanisme «ne pourra en aucune manière financer des investissements dans le nucléaire».

«Cette filière n'est pas reconnue comme contribuant à la transition verte dans le cadre du plan de relance européen», a-t-il justifié.

En revanche, des projets de centrales à gaz seront acceptés «sous certaines conditions pour fournir une solution de transition dans la production d'énergie». Comme le précise Marianne, les négociations sur la taxonomie énergétique européenne sont toujours en cours, ce qui signifie que l’UE n’a pas encore officiellement déterminé si le nucléaire était bon pour le climat. Cette annonce est toutefois un premier pas vers son exclusion.

Le nucléaire en France

La France passe ainsi à côté d’une manne financière qui aurait pu servir à la rénovation de son parc nucléaire, le deuxième plus important au monde derrière celui des États-Unis. S’il représentait en 2019 70% de la production totale d’électricité en France métropolitaine, la loi énergie-climat prévoit de fixer ce seuil à 50% d’ici à 2035.

Le problème se situe dans le vieillissement des centrales. Plusieurs ont déjà dépassé leur seuil d’exploitation, alors qu’elles sont conçues pour fonctionner au moins 30 ans. EDF estime qu’il est possible d’allonger leur durée de vie au-delà des 40 ans, mais a évalué le coût de l’opération à 55 milliards d’euros en 2014. Un démantèlement présente également un coût élevé, prend environ 10 ans, et pose le problème de la gestion des déchets radioactifs.

L’influence allemande

Derrière cette décision de l’UE se cache sans doute une volonté de l’Allemagne, ainsi que de l’Autriche, du Danemark, du Luxembourg et de l’Espagne, de sortir à long terme du nucléaire. Ces cinq États composent le principal front antinucléaire au sein de l’Union. Pour rappel, Berlin a annoncé en sortir en 2011, peu après l’accident de la centrale de Fukushima, au Japon.

Ces pays ont récemment transmis une lettre à la Commission européenne, lui demandant expressément d’exclure le nucléaire de la taxonomie européenne. Ils réagissaient à un rapport publié cette année par le Centre commun de recherche destiné à cette même Commission.

Le document conclut que «les analyses n’ont révélé aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire est plus nuisible à la santé humaine ou à l’environnement que les autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie». La Commission semble toutefois avoir fait fi de ce rapport. La première émission d’obligation verte est prévue dès octobre.

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Tags:
UE, énergie nucléaire, transition, écologie, obligations, investissements
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