Ecoutez Radio Sputnik
    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache

    Le "chantier du siècle" avance dans le sud de la France

    © www.iter.org
    France
    URL courte
    7183826131

    On associe généralement le sud de la France aux vacances sur la Côte d'Azur, aux champs de lavande et au festival de Cannes, mais pas à la science.

    Pourtant, depuis plusieurs années, un "chantier du siècle" anime les environs de Marseille: la construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache. Il s'agit de la plus grande construction au monde d'un appareil unique en son genre — une "imitation du Soleil" capable de produire 7 milliards de kW/h d'électricité par an.

    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache
    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache

    ITER signifie littéralement International Thermonuclear Experimental Reactor. Mais on lui a aussi trouvé une interprétation plus sympathique: le nom du projet s'expliquerait aussi par la traduction du latin iter — route — et certains pays ont commencé à abandonner prudemment l'usage du mot "réacteur" pour ne pas susciter d'associations au danger et à la radiation.

    Le nouveau réacteur est construit par des experts du monde entier: la Russie, l'Inde, le Japon, la Chine, la Corée du Sud, les USA et l'UE participent à ce projet. Les Européens constituent un groupe uni responsable de 46% du projet, et chaque autre pays participant en assume 9%.

    Pour simplifier les paiements, une monnaie spéciale a été inventée au sein de l'organisation — ITER Units of Account (IUA). Tous les accords pour la livraison des pièces et composants aux participants sont conclus dans cette devise. Ainsi, le résultat de la construction n'est pas soumis aux fluctuations des monnaies nationales ou au coût de production des pièces dans chaque pays.

    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache
    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache

    Pour ces investissements, qui ne sont pas exprimés en argent mais en composants du futur dispositif, les participants reçoivent un accès total à toutes les technologies utilisées pour ITER. On construit ainsi une "école internationale pour la création d'un réacteur thermonucléaire" en France.

    Le réacteur le plus chaud de l'Univers

    Le personnel d'ITER compare si souvent le projet au Soleil qu'il est difficile d'inventer une autre association.

    "La température à l'intérieur de l'appareil avoisinera les 150 millions de degrés Celsius, soit dix fois la température du noyau du Soleil, et le champ magnétique du réacteur sera 200 000 fois supérieur à celui de la Terre", explique Mario Merola, chef de l'un des départements de l'organisation internationale ITER.

    ITER a pour base le système tokamak — une chambre torique de confinement magnétique. L'idée de confinement magnétique d'un plasma à haute température a été élaborée et techniquement réalisée pour la première fois en Russie à l'Institut de recherche Kourtchatov au milieu du XXe siècle. A l'origine du projet, la Russie fabrique parmi d'autres composants l'une des parties essentielles du dispositif, le "cœur" d'ITER" — un système magnétique supraconducteur.

    Des difficultés communes

    La Russie et la Chine, qui remplissent leurs engagements dans les délais impartis, sont involontairement otages des autres membres du projet, qui n'arrivent pas toujours à remplir leur partie du travail dans les temps. La spécificité du projet ITER consiste en l'interaction étroite de toutes les parties et par conséquent, le retard d'un pays entraîne celui de l'ensemble du projet.

    Pour remédier à cette situation, le nouveau chef d'ITER Bernard Bigot a décidé de changer le calendrier du projet. La nouvelle version du cahier des charges, plus réaliste, sera présentée en novembre. Dans le même temps, Bernard Bigot n'écarte pas la possibilité de redistribuer le travail entre les participants.

    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache
    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache

    "La réalisation de notre projet global a rencontré des difficultés dans certains domaines. Je suis ouvert à toute solution, sauf à la réduction des capacités d'ITER. Je ne vois rien de mal à la redistribution du travail mais il faut sérieusement se pencher sur la question", déclare-t-il.

    Bernard Bigot a noté que le chantier ITER était mené par des centaines de compagnies et organisations des sept pays participant au projet. "On ne peut pas simplement claquer des doigts pour accomplir le plan. Tout le monde pensait qu'il serait facile de respecter les délais fixés grâce à la bonne foi et aux bonnes intentions. Aujourd'hui on a compris qu'on n'arriverait à rien sans un management rigoureux", souligne-t-il.

    Selon ce dernier, les difficultés dans la construction d'ITER sont dues aux différences culturelles entre les pays et le caractère inédit du projet, c'est pourquoi de nombreux mécanismes et dispositifs élaborés pour la première fois nécessitent des essais supplémentaires et l'expertise des régulateurs, ce qui prend du temps.

    Le chantier du siècle

    Le territoire d'ITER est aujourd'hui un immense chantier. Le "cœur" du site — le tokamak et les locaux de service — occuperont une superficie de 400 000 m².

    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache
    Construction d'un réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) près du centre de recherche de Cadarache

    Une fosse de 20 mètres de profondeur a été creusée pour le réacteur, où sont acheminés sur un macadam très lisse les armatures et d'autres éléments nécessaires au stade actuel. On assemble d'abord les segments des murs horizontalement en joignant les constructions métalliques avec des plaques spéciales. Puis, à l'aide de quatre grues, on les installe enfin dans la position nécessaire.

    D'ici quelques années, ce site sera méconnaissable. A la place d'un immense trou dans la plateforme culminera un bâtiment de la taille du théâtre Bolchoï — soit environ 40 mètres de haut.

    Par endroits, la construction n'a pas encore commencé et c'est pourquoi d'autres pays ne peuvent pas prévoir exactement le délai de fourniture des composants pour le réacteur thermonucléaire. A d'autres endroits, elle est déjà achevée.

    L'Autoroute du Soleil

    "Nous, l'humanité, dépendons de plus en plus des ressources et ne faisons que les consommer. Nous devons penser aux générations futures. Nous devons recommencer à rêver", affirme l'Américain Mark Henderson, spécialiste du réchauffement du plasma au sein du projet ITER.

    Les participants réfléchissent, rêvent et mettent en œuvre les idées les plus fantastiques et incroyables. Et aucun ordre du jour politique ne peut gêner le travail des chercheurs: les différends se régleront tôt ou tard, alors que la chaleur obtenue par la réaction thermonucléaire réchauffera tout le monde indépendamment du continent ou de l'État.

    Contenu réalisé à partir d'informations émanant de sources ouvertes

    Lire aussi:

    L'Inde octroie 617 millions USD à la création du réacteur thermonucléaire ITER
    Le projet ITER, un modèle pour la coopération internationale au XXIe siècle (académicien russe)
    ITER: la Russie assumera 10% des frais
    Tags:
    nucléaire, ITER, Institut de recherche Kourtchatov, Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER), Union européenne (UE), Mark Henderson, Bernard Bigot, Mario Merola, Corée du Sud, Chine, Japon, Inde, France, États-Unis, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik