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    Crise agricole en France

    Crise agricole en France, à qui la faute et quoi faire?

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    Au cours des quatre dernières années, l'agroalimentaire français a vu disparaître plus de 2.000 emplois, et la crise ne cesse pas de ravager le marché tant français qu'européen. Comment y remédier? La réponse des principaux touchés, les agriculteurs français.

    La conjoncture économique globale et les décisions politiques françaises et européennes ont eu raison de plusieurs usines de transformation de porc. La filière porcine reste fragile, surtout vu la concurrence des Espagnols et des Allemands, ainsi que la poursuite de l'embargo russe sur les produits alimentaires, selon Michel Boulaire, PDG du groupe d'abattage et de transformation porcine Jean Floc'h.

    La production laitière, aussi bien que celle des fruits et légumes, n'en souffre pas moins malgré — ou fallait-il dire "suite à"?— l'intervention de l'Etat à tous les échelons, en allant jusqu'au producteur sur le terrain. C'est exactement le cas d'Alain Caroff, producteur de lait et de légumes à Saint-Paul de Léon dans le Finistère, qui insiste sinon préfère que l'Etat n'intervienne pas dans son activité.

    "Il faut nous laisser les coudées franches pour pouvoir se développer", affirme-t-il dans un entretien accordé à Sputnik.

    Mais Alain Caroff est entre autres producteur de légumes et estime qu'en l'espèce l'embargo russe impacte sérieusement les producteurs français. M. Caroff a vu se développer un marché intéressant, et a, lui, travaillé pour la coopérative située à Saint-Paul de Léon qui visait les négociants privés qui rachetaient et revendaient les produits de la coopérative en Europe, presque partout, et même développaient le marché en Russie pour la marque de légumes "Prince de Bretagne".

    "On travaillait de mieux en mieux, mais cela a été coupé dans son envol: on nous dit que l'embargo va être arrêté bientôt… mais on n'en sait pas plus. Apparemment, il y a des discussions et des tuyaux, mais c'est très long. En tant que producteur de base, je n'en sais pas plus", confie M. Caroff.

    Dans la crise qui oppose les agriculteurs au gouvernement, les producteurs attendent que la grande distribution respecte ses engagements et freine la tendance à la baisse des prix qui les étranglent. Cette revendication n'est pas nouvelle mais reste d'actualité au moment même où industriels et distributeurs tiennent leurs négociations annuelles sur les prix d'achat.

    On a un problème dans la production, explique M. Caroff. A titre d'exemple, dans le lait, on achète des produits aux cours mondiaux que l'on revend aux cours mondiaux, puis — on a des contraintes et des règlementations européennes, avec la législation française par-dessus, très astreignante. En clair, alors que la France est réputée pour avoir des produits de qualité, elle met tout de même des contraintes et des réglementations qui cassent les pieds à ceux qui produisent.

    Logiquement, "on a l'impression qu'on fait les lois en France pour nous embêter. Pas pour nous aider à construire", résume-t-il.

    Le coût social en France est très élevé, puisque les avantages sociaux sont aussi assez élevés, mais il faut y avoir des exonérations pour avoir des prix plus élevés par rapport au coût de production franco-français. Soit, il faut que les coûts sociaux baissent — mais les salaires ne sont pas prêts.

    Ainsi, M. Caroff a changé de perspective en se tournant vers le marché russe.

    "On a été reçus par un importateur d'Auchan, il travaillait avec +Prince de Bretagne+, raconte-t-il de son expérience. "Pendant deux jours, on a visité comment cela était là-bas. Depuis, il est un peu bloqué aussi, vu qu'on n'a plus le droit d'expédier des légumes… Et on étaient une cinquantaine de producteurs à se déplacer".

    Mais globalement, la situation du marché européen des produits alimentaires est loin d'être facile, souligne Pekka Pesonen, Secrétaire général du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne (COPA) — du Comité général de la coopération agricole de l'Union européenne (COGECA). Quelle est la raison?

    "Je crois que la raison la plus importante, c'est le développement économique en Europe, ainsi que le marché d'exportation des produits européens, c'est-à-dire vers la Chine, la Russie, les pays arabes. Il y a plusieurs directions pour nos exportations", affirme-t-il à Sputnik, lui aussi consterné par la situation, par les problèmes qu'ont les coopératives à l'heure actuelle.

    Les agriculteurs français soutiennent l'initiative de Manuel Valls qui s'apprête à évoquer la levée de l'embargo sur la viande porcine lors de sa rencontre samedi prochain avec son homologue russe Dmitri Medvedev.

    "Nous soutenons le projet européen en général, parce qu'il s'agit toujours du projet du commerce en Europe. Le marché de Russie est très important. Vous savez bien qu'en ce moment il y a des difficultés avec des sanctions et l'embargo, les deux. Nous soutenons toutes les actions qui peuvent améliorer la situation, mais la responsabilité au niveau européen revient à la Commission européenne", conclut-il.

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    Tags:
    agroalimentaire, crise agricole, légumes, lait, porc, France
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