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Elles gardaient le silence depuis longtemps, et voilà que ces 17 ex-ministres, représentantes politiques de différentes factions, se lèvent pour dénoncer le harcèlement sexuel dans la politique. Pourquoi maintenant? Sputnik a tenté de comprendre.

La parole se libère dans les médias sur les cas de harcèlement envers les femmes. Ces femmes politiques, jadis victimes silencieuses, annoncent que désormais elles "ne se tairont plus" et signent un appel dénonçant le sexisme et le harcèlement sexuel dans la politique. Oui, elles se taisaient, en connaissance de cause, alors que l'"affaire DSK" constituait déjà une bonne occasion de dévoiler certaines pratiques et comportements visiblement connus des députés…

"C'est une chose complexe, il n'y a pas de réponse précise à cela", affirme Franck Bénéï, responsable du département communication du Centre national d'information sur les droits des femmes et des familles (CNIDF), dans un entretien à Sputnik. "Ce qu'on peut voir, c'est qu'en matière de droits des femmes, les choses évoluent. Lentement, dirait-on, mais à l'échelle de ces deux dernières générations… Auparavant, c'était encore plus complexe. Le travail qui est fait par le CNIDF et les centres dans les départements porte petit à petit ses fruits: c'est l'information faite aux hommes et aux femmes pour l'égalité dans tous les domaines".

Désormais, ces femmes veulent faire tomber cette omerta, estimant qu'elles se sont trop longtemps murées dans le silence, au nom de la peur, de la carrière ou simplement par honte.

"La valeur symbolique de cette prise de parole collective, qui rassemble tous les bords politiques, est un élément important dans la prise de conscience des femmes et des hommes du pays", estime l'interlocuteur de Sputnik. "Le fait que vous nous interrogez prouve l'importance de porter devant l'opinion internationale une problématique qu'on rencontre dans tous les pays".

Le centre national d'information sur les droits des femmes et des familles est au centre même, et ce, depuis une quarantaine d'années, du combat contre le harcèlement. Franck Bénéï connaît bien toutes ses difficultés sous-jacentes:

"Des difficultés que rencontrent toutes les victimes, spécifiquement dans les violences sexistes et de façon générale (c'est très bien décrit par plusieurs personnes politiques qui ont témoigné), c'est qu'on se remet en cause, on se demande ce qu'on a fait. Les prédateurs ou les harceleurs usent et abusent de cette situation de domination", explique-t-il.

Pour un étranger, il est parfois difficile de comprendre le problème français, puisque les relations entre les hommes et les femmes sont suffisamment libres. Néanmoins, il ne s'agit pas d'une simple plaisanterie fortuite.

"C'est la répétition qui crée le harcèlement. Il n'y a pas d'alternative. Vous savez quand vous êtes harcelé", souligne M. Bénéï.

Le procédé diffère d'un acte de courtoisie ou de séduction: on est dans quelque chose qui n'est pas accepté, qui ne correspond pas à l'interaction souhaitée par la femme avec la personne qui a ces gestes répétés. Entre ce que vous pouvez appeler l'"esprit français" et le harcèlement il y a un fossé colossal, signale-t-il.
Certains députés-hommes ont déclaré à la presse qu'ils auraient "bien aimé signer" la tribune "parce que ça concerne aussi les hommes". Cela signifie-t-il que les hommes peuvent être victimes du sexisme?

"La prise de parole des députés-hommes que nous avons pu recenser, faisait plutôt état d'hommes solidaires des femmes pour que le harcèlement ne trouve pas sa place dans la politique", dit M. Bénéï.

Malheureusement, vu les emplois du temps chargés des femmes ex-ministres, nous n'avons pas réussi à obtenir les réactions des 17 signataires de l'appel contre le sexisme. Preuve qu'en politique, la femme doit être forte non seulement pour porter, par exemple, la robe à fleurs bleues comme Cécile Duflot dans l'hémicycle, mais aussi pour traîner tout un tas de dossiers à bout de bras.

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Tags:
sexisme, droits des femmes, femmes, harcèlement, France
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