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En avril prochain, l’Ouzbékistan allégera son régime de visas pour les touristes de nombreux pays afin de gagner en attractivité. Mais pour les Français, comme pour d’autres, qui souhaiteront se rendre dans cette ex-république soviétique d’Asie centrale il faudra avoir… plus de 55 ans. Un âge minimum qui pose question.

Ce n'est pas un poisson, le 1er avril prochain,  l'Ouzbékistan assouplira son régime de visas pour les touristes de 27 pays. Une initiative issue d'un décret présidentiel qui vise à « établir les conditions économiques et organisationnelles favorables pour le développement intensif du tourisme en tant que branche stratégique de l'économie du pays », selon un commentaire accordé à Sputnik par le service presse de l'ambassade d'Ouzbékistan en France et au Portugal.

Un décret, introduisant des mesures en vue de réorganiser l'industrie touristique, de développer le potentiel des régions ou encore de promouvoir les produits ouzbeks sur les marchés mondiaux… En bref, d'améliorer l'attractivité du pays. Des mesures qui vont dans le « bon sens » pour René Cagnat. Chercheur associé à l'IRIS, spécialiste des questions centre-asiatiques, il fut notamment attaché militaire en Ouzbékistan durant 4 ans et il salue l'ouverture du pays. « Pour la première fois depuis longtemps, l'Ouzbékistan va dans le bon sens de l'ouverture. » Si quelques « limites » persistent, il souligne :

« C'est un progrès incontestable, on le voit aux réactions des gens, qui sont nombreuses et généralement très favorables. À ceci près que les Ouzbeks sont un peu jaloux du statut avantageux donné aux étrangers, mais là-dedans, il n'y a pas de différence avec le passé. »

Il faut dire que cette nouvelle s'inscrit dans un contexte particulier : le décret présidentiel a été signé le 2 décembre par Chavkat Mirzioïev, qui assurait l'intérim aux plus hautes fonctions de l'État suite au décès en septembre d'Islam Kerimov, après 27 ans passés à la tête du pays. Chavkat Mirzioïev, a finalement été conforté dans ses fonctions, dimanche, avec un score à la soviétique de 88,61 %, tournant une page dans l'histoire du pays.
Un détail interpelle René Cagnat, dans cette longue liste de pays, aux touristes auxquels l'Ouzbékistan ouvre ses portes, l'absence de la Turquie :

« La Turquie c'est quand même le premier pays turc en nombre, mais le deuxième pays turcophone en nombre, c'est l'Ouzbékistan. Le fait qu'il y ait, entre l'Ouzbékistan et la Turquie, ce traitement particulier de la Turquie me semble tout à fait étonnant. »

Autre point qui ne peut qu'aiguiser la curiosité: une mesure assez singulière, concernant les ressortissants de certains pays, notamment les Français, qui, s'ils souhaitent profiter de ce régime de faveur devront… « avoir atteint l'âge de 55 ans ».

« C'est un peu drôle, pour les Français entre 18 et 55 ans, il y a vraiment une différence entre les jeunes et les vieux. Les vieux étant, semble-t-il, plus fiables que les jeunes. »

S'agit-il de « visa retraite », comme cela se pratique dans certains pays, tels que la Thaïlande ou les Philippines ? Le traitement s'adresse également à 14 autres pays, parmi lesquelles la Belgique, l'Indonésie, la Chine, la Malaisie, les É.-U. ou encore le Vietnam. Mais comment expliquer que les ressortissants des 12 autres pays, dont des pays européens tels que l'Allemagne ou le Luxembourg, soient dispensés de limite d'âge et restent donc libres de poser le pied sur le territoire Ouzbek sans avoir à passer par une ambassade ?

Pour notre expert, si la possibilité pour des groupes djihadistes de transiter par la Turquie peut expliquer l'absence d'Ankara sur cette liste, les autorités ouzbèkes ont conscience qu'une ouverture du pays pourrait permettre à des groupes de combattants d'entrer plus aisément sur le territoire, via d'autres pays.

« Il est vrai que dans notre communauté européenne, la Belgique et la France sont les pays vers lesquels on regarde avec le maximum de méfiance, maintenant, concernant le problème islamiste. Il ne faut pas oublier que les attentats en Belgique et en France ont été plus nombreux et plus significatifs qu'ailleurs. Donc j'explique cette mesure de méfiance, vis-à-vis des jeunes, par le danger terroriste. »

D'autant plus que l'Ouzbékistan, dont les services ont placé la lutte contre l'islamisme radical sur la liste de leurs priorités, fait, avec le Turkménistan, figure de bon élève vis-à-vis de ses voisins Centre-Asiatiques. René Cagnat tient d'ailleurs à souligner que l'Asie Centrale est actuellement l'une des régions les moins concernées par le danger terroriste :

« Vous voyez sur la carte de l'activité terroriste en 2015 que l'Asie centrale, hormis le Kazakhstan où le terrorisme a vraiment frappe, est "blanche" par rapport au terrorisme. Ne parlons pas de l'Afghanistan, de l'Iran, de la Russie, qui sont extrêmement concernés par le terrorisme autour, alors que l'Asie Centrale ne l'est pas. En Asie Centrale, un pays où il ne se passe rien sur le plan du terrorisme, c'est l'Ouzbékistan. »

Autre indice, dans le livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, « Nos très chers émirs », paru aux éditions Michel Lafon, on peut lire « Pour les Émirats, la France est devenue un pays à risque, avec un réservoir de jeunes djihadistes et une religion mal organisée. » Les auteurs nous expliquent notamment qu'Abu Dhabi a placé sur sa liste noire l'Union des Organisations Islamiques de France ( UOIF ), branche française des frères musulmans. Les autorités ouzbèkes partageraient-elles la même analyse ?

« Ce n'est pas impossible, parce que cette discrimination est quand même très surprenante, c'est la seule façon de l'expliquer. Notre jeunesse a peut-être aussi un côté " défense des droits de l'homme ", " droit-de-l'hommiste " on dit, qui dérange un peu les Ouzbeks qui sont plutôt partisans des formules autoritaires, pour ne pas dire dictatoriales, concernant le maintien de l'ordre. Donc peut-être que nos jeunes n'ont pas très bonne réputation de ce côté-là, c'est peut être un certain mérite de leur part. Nous sommes considérés comme un pays un peu moins sûr que les autres. Il faut en tirer les enseignements, il y a certainement un problème de ce côté-là et ce n'est peut-être qu'un début, donc il faudrait peut-être éteindre l'incendie à son origine. »

Sollicité, le service presse de l'ambassade d'Ouzbékistan en France s'est toutefois montré diplomate :

« La France est un leader mondial et européen, en termes de touristes venant visiter l'Ouzbékistan. Et nous espérons que les mesures spécifiées dans le décret du Président pour libéraliser d'une façon radicale la politique des visas contribueront à une plus grande attractivité de notre pays pour les touristes de France et du monde entier. »

Bref, on n'apprendra pas des Ouzbeks ce qu'ils reprochent aux moins de 55 ans!

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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