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    Primaire de la gauche: que cachent les candidats sous la bannière socialiste?

    Primaire de la gauche: que cachent les candidats sous la bannière socialiste?

    © AP Photo/ Eric Feferberg
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    Primaire de la gauche en France (31)
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    La mesure phare du programme de Benoît Hamon d'instaurer un revenu universel pour tous les citoyens suscite bien des interrogations, surtout quant à sa faisabilité. Mais ce n'est pas le seul point à éclaircir. Analysons ce qui se cache derrière le clinquant des paroles des candidats de la gauche.

    « Une émission pour tenter d'y voir plus clair ». Telle est l'accroche habituelle pour vendre les débats télévisés entre candidats à la présidentielle. Mercredi soir, les deux candidats à la primaire de la gauche se sont retrouvés pour un ultime face à face avant le second tour, prévu dimanche.

    Mais si 60 % des téléspectateurs ont trouvé Benoît Hamon plus convaincant que son rival Manuel Valls à l'issue de ce débat, ils se sont basés sur l'image bien ficelée qu'ont donnée d'eux les candidats à la télévision. A force de petites phrases choc et d'élément de langage travaillés par leurs « spin doctors », les candidats ne nous permettent pas forcément d'y voir clair sur le fond de leurs programmes. En quête de vérité cachée entre les lignes bien préparées et prononcées par les candidats, Sputnik a pu obtenir l'avis de deux experts.

    Pour Jean-Pascal Gayant, économiste à l'université du Mans, il est intéressant de noter que la proposition d'un revenu universel, portée par le candidat le plus à gauche, est en fait une invention d'un autre univers idéologique que celui des socialistes :

    « La mesure que propose le candidat Benoît Hamon est une mesure qui dans l'état actuel des finances françaises n'est absolument pas finançable et l'irréalisme de cette idée est très grand. »

    Ce qui est amusant, estime-t-il, c'est qu'à l'origine, le revenu universel ou revenu de base est plutôt une idée libérale née il y a plus de 200 ans sous la plume de penseurs libéraux liés notamment à la philosophie des Lumières. Cette idée a été reprise dans la deuxième partie du XXe siècle par un penseur ultralibéral, l'Américain Milton Friedman, fondateur de l'École de Chicago, prix Nobel d'Économie qui défendait l'idée de la suppression du salaire minimum et du remplacement de l'ensemble des minima sociaux par un revenu de base pour les gens les plus démunis.

    « Ce qui aujourd'hui a été promu par Benoît Hamon est quelque chose de très différent parce que lui s'engage sur un revenu, il a parlé de 750 euros par mois, c'est une somme qui est tout à fait considérable parce que si elle est vraiment versée à toute la population, ça ira au-delà de 400 milliards et même plus, ce qui est quelque chose de totalement irréaliste », poursuit M. Gayant. « Même si on supprimait la plupart des autres prestations sociales, il y a quelque chose qui est assez délirant dans la proposition de Benoît Hamon. »

    Selon l'économiste, la proposition aurait un caractère « démagogique », c'est-à-dire qu'elle serait faite pour susciter auprès des plus jeunes, en particulier ceux qui sont dans une situation précaire, « un enthousiasme et des votes », alors que la mesure est totalement irréaliste. 

    Charles Sannat, rédacteur en chef de la plateforme médiatique Insolentiae, propose une analyse plus profonde, indiquant qu'il y a une véritable différence de vision économique entre Manuel Valls et Benoît Hamon.

    « Hamon choisit la version la plus aboutie du revenu universel qui consiste à assumer totalement cette idée et la porter comme un grand projet, s'en servir comme un fer de lance ou la marque de fabrique du socialisme moderne au XXIe siècle. »

    Alors que le socialisme d'aujourd'hui, n'as pas grand-chose à proposer, si ce n'est les politiques libérales, la seule issue est d'essayer de se réinventer.

    « Benoît Hamon a trouvé un marqueur, ce revenu universel, extrêmement démagogique », explique-t-il.

    De l'autre côté, Manuel Valls représente un courant modéré du socialisme, avec un visage moderne, un socialisme du marché :

    « C'est un socialisme mondialiste, européiste, ouvert sur le libre-échange, rien de fondamentalement protecteur pour les peuples. En période électorale, Manuel Valls défend cette idée sous le vocable de "revenu décent". »

    Or, il faut d'abord se demander pourquoi on veut introduire cerevenu universel, souligne M. Sannat, qui voudrait bien savoir quelle est la logique d'une telle mesure et quels problèmes elle aide à résoudre.

    « Je suis choqué que lors de ce débat personne n'ait parlé de l'idée même du travail ! On ne parle pas de la dignité du travail et qu'un individu puisse obtenir de ce travail de quoi vivre décemment », pointe-t-il.

    L'absence de travail est un sujet qui fait basculer l'équilibre de la société et le fonctionnement des rapports humains. L'être humain a besoin de liens sociaux. Pour M. Sannat, l'absence de travail est pire que le communisme. Dans les sociétés communistes axées sur d'égalité, tout le monde avait du travail et avec un revenu égalitaire pouvait vivre décemment. Par la suite, alors que cette approche n'a pas eu beaucoup de succès, les gouvernements ont envoyé tout le monde au travail.

    M. Sannat invite à imaginer une société où il n'y a aucune incitation à travailler, où il n'y a qu'une incitation à l'oisiveté, où les gens n'ont aucune contrepartie exigée face au revenu universel. Selon lui, c'est l'échec assuré d'un communisme puissance dix :

    « Si l'expérience du communisme a duré 70 ans, sans contrepartie, ça ne durera même pas sept ans avant de s'effondrer lamentablement dans un manque d'incitation positive qui est la négation même du fonctionnement de l'être humain », résume M. Sannat.

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    primaire, société, gauche, revenus moyens, économie, primaire de la gauche en France (2017), Parti socialiste français (PS), Benoît Hamon, Manuel Valls, France
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