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    Benoît Hamon et Manuel Valls

    Petits meurtres entre amis au PS

    © REUTERS/ Philippe Wojazer
    France
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    Gaëlle Nicolle
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    Sans remettre en cause la légitimité de l’élection de son rival Benoît Hamon, Manuel Valls crée son « mouvement progressiste » et de nombreux parlementaires se tournent vers Emmanuel Macron, car «les conditions d’un soutien ne sont pas réunies». Les mauvais perdants de la primaire feront-ils bouger les lignes du parti ?

    Le rassemblement, c'est pour quand? Depuis que Benoît Hamon a remporté la primaire de la gauche, le Parti socialiste affiche ses divisions. Selon France Info, Manuel Valls va monter un « mouvement progressiste ». Ce n'est pas un courant, fait savoir son entourage, mais « une plateforme, une plateforme des progressistes, ouverte à tout le monde: élus, syndicalistes, salariés, entrepreneurs… », créée sous la forme d'un site et d'une page Facebook.

    Les dix-sept députés et sénateurs qui composent le Pôle des Réformateurs du Parti socialiste (l'aile droite du parti) refusent de participer à la campagne de Benoît Hamon et le font savoir dans une tribune publiée dans Le Monde. Au sortir d'une réunion de ce groupe mardi 31 janvier, Gilles Savary, l'un des instigateurs de l'appel en question, a évoqué « 25 personnes » prêtes à revendiquer ce « droit de retrait »… Mais n'était-il pas prévu, dans les statuts de la Belle Alliance Populaire, de se ranger derrière le vainqueur de la primaire?

    « C'est leur droit le plus total. Je note aujourd'hui qu'il y a très peu de défections en faveur d'Emmanuel Macron. La majeure partie du parti, des militants, des parlementaires, le président de la République probablement, seront derrière Benoît Hamon […]. Ce n'est jamais bon qu'il y ait ce type de tribune », fait savoir, placide, Karim Bouamrane, le porte-parole du PS.

    PS qui ne semble pas s'inquiéter de ce que la presse compare à une saignée. Pourtant, ce n'est qu'un début. Dans les heures qui ont suivi l'élection de Benoît Hamon, Alain Calmette, député PS du Cantal, tweetait son divorce d'avec le candidat, dans lequel il voit un saboteur du quinquennat. Il est suivi par le député PS Marc Goua (Maine-et-Loire): « Je vais voter Macron », fait-il savoir dans le Courrier de l'Ouest.

    « Mais je ne pense pas qu'il y ait une hémorragie qui aille dans ce sens. Pourquoi? Parce que les signaux de rassemblement qu'enverra Benoît Hamon feront en sorte que le rassemblement soit le plus large possible, dans toutes les sensibilités du parti socialiste », relativise Karim Bouamrane.

    Quitter Benoît Hamon pour rejoindre Emmanuel Macron, n'est-ce pas un jeu dangereux de la part des députés PS qui font défection? à vrai dire, l'idée ne semble même pas faire l'unanimité chez les initiateurs de l'appel, les députés socialistes Gilles Savary (Gironde) et Christophe Caresche (Paris). Ce dernier ne l'envisage pas personnellement « à ce stade ». Interrogé sur RMC, l'élu admet une réaction « un peu épidermique ». Les députés peuvent-ils vraiment agiter un droit de retrait en toute impunité?

    « Le premier secrétaire a toujours été clair là-dessus, et ça ne changera pas: dès que vous êtes sous l'étiquette "En Marche!", vous perdez l'investiture socialiste », rappelle Karim Bouamrane.

    On est loin de la sentence « Benoît Hamon est désormais le candidat de notre famille politique », lancée par Manuel Valls lors de la soirée du second tour. L'ex-Premier ministre aurait-il d'ailleurs été prié de revoir son programme de façon moins « clivante », s'il avait été élu?

    En tout état de cause, l'appel au « droit de retrait » écorne un peu plus l'image du PS, mais la fronde devrait s'arrêter là, estime Marc Crapez, chercheur en sciences politiques. Les signataires de l'appel étant des « gens du gouvernement qui ne s'occupent pas directement du parti, comme Michel Sapin ou Marisol Touraine, ça ne fragilise pas le parti » poursuit-il.

    « Il faut relativiser cette actualité qui paraît scandaleuse, étonnante, incroyable et susceptible de faire bouger les lignes, il faut la recadrer par rapport au background historique factuel. Quand Stéphane Le Foll en 2010 demande l'exclusion de Benoît Hamon, quand Rocard dit qu'il ne soutiendra pas Ségolène Royal, ce sont des exemples factuels du PS qui montrent qu'en fait, derrière les règlements de compte ou les petits meurtres en amis au sein du parti, ça ne change pas fondamentalement la donne, les rapports de forces, et les évolutions. Les élections n'en pâtissent pas, il me semble ».

    Les réformateurs aboient et le frondeur passe. Parallèlement, depuis l'élection de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, le mouvement d'Emmanuel Macron, « En Marche! », aurait enregistré plus de 3 000 adhésions supplémentaires. Selon son porte-parole, le parti enregistre entre 1 000 et 1 500 nouvelles adhésions par jour.

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    primaire de la gauche en France (2017), La Belle Alliance Populaire, Parti socialiste français (PS), Benoît Hamon, Emmanuel Macron, France
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