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    Recul des actes antimusulmans et antisémites, des résultats en trompe-l’œil ?

    Recul des actes antimusulmans et antisémites, des résultats en trompe-l’œil ?

    © AFP 2017 THIERRY ANTOINE
    France
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    Maxime Perrotin
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    « C’est là une véritable satisfaction » Bruno le Roux, Ministre de l’Intérieur, se félicite de la baisse des actes antimusulmans et antisémites en 2016. Mais il glisse rapidement sur la hausse continue des actes anti-chrétiens et oublie de mentionner celle de la violence générale dans le pays. Analyse.

    D'après les chiffres publiés mercredi 1er février par le Ministère de l'Intérieur, les actes antimusulmans et antisémites seraient en net recul en 2016 par rapport à 2015. Ils chutent respectivement de 57,6 et 58,5 % (182 contre 429 et 335 contre 808). Un recul également constaté concernant les actes racistes au sens strict — soit hors actes antisémites et antimusulmans —, qui ont quant à eux diminué de près de 23,7 % (608 contre 797).

    Des chiffres qui, selon le ministre, témoignent des « résultats très encourageants », du « plan d'action inédit » de 100 millions d'euros lancé en avril 2015 par le gouvernement. Le criminologue Xavier Raufer dénonce quant à lui une opération de communication, un « plaidoyer pro domo », de la part d'un ministre dont il juge qu'il expédie les affaires courantes, qui plus est en cette période électorale particulièrement « agitée »:

    « Ces derniers temps, la Place Beauvau se concentre sur des choses factices et artificielles et ne s'intéresse pas à la réalité des choses: qu'est-ce que sont ces actes antisémites ou antimusulmans? À vrai dire, on n'en sait rien, cela peut aller du froncement de sourcils à l'attentat à la bombe et donc si on voulait qu'une telle nouvelle soit prise au sérieux, il faudrait donner des informations précises sur la gravité des actes entrepris. »

    Pour autant, pas de « triomphalisme » pour Bruno le Roux, qui affiche une « vigilance maximale ». Le ministre déclare ainsi à l'Agence France Presse que « face au racisme, à l'antisémitisme, aux actes antimusulmans et antichrétiens, nous ne devons pas relâcher la garde, bien au contraire ».

    Pas de triomphalisme, d'autant plus que si les actes antimusulmans et antisémites seraient en net repli dans le pays, les chiffres de la place Beauvau montrent que les actes anti-chrétiens sont quant à eux en hausse continue. Ils progressent de 14 % par rapport à 2015, et cette progression ne s'infléchit pas, bien au contraire, puisqu'elle est de 245 % entre 2008 et 2016. Le ministère avoue d'ailleurs une « tendance de fond ». Une tendance d'autant plus inquiétante que, comme le rappelle la Place Beauveau, les atteintes aux sépultures et aux lieux de culte chrétiens représentent 90 % du total de ce type de « faits ».

    On notera notamment que si, pour des raisons historiques évidentes, les édifices chrétiens sont bien plus nombreux, ils ne sont pas protégés dans les mêmes proportions. Ainsi, on dénombre approximativement 45 000 églises ou temples protestants en France et 2 400 d'entre eux font l'objet d'une surveillance de la part de « patrouilles dynamiques ». Concernant les édifices musulmans, 1 090 des 2 500 mosquées présentes sur le territoire sont protégées et 817 synagogues, écoles et centre communautaires juifs bénéficient de l'attention policière, sachant que l'Hexagone compte 500 synagogues.

    Une surveillance qui peut en partie expliquer la diminution des atteintes aux lieux de culte. Mais pour le criminologue, il faut avant tout tenir compte du contexte. En effet, l'année 2015 — marquée par une vague d'attentats qui avait entraîné la mort de 148 personnes — avait connu une hausse importante des actes antimusulmans, franchissant pour la première fois le seuil des 2 000 actes (2 034, plus exactement).

    « Cela ne signifie pas qu'il y a statistiquement plus de gens dans un pays, au-delà de l'émotion à court terme, qui soit de nature à haïr définitivement ou à long terme, les gens de cette religion-là. La preuve c'est que cela varie considérablement d'une année sur l'autre. »

    Xavier Raufer pointe d'ailleurs du doigt un baromètre composé de « catégories factices dans lesquelles ont mélange un peu tout ». S'agit-il de contraventions, de délits ou de crimes voir d'attentats? s'interroge-t-il. À titre d'exemple, si le ministère annonce une augmentation des actes anti-chrétiens de plus de 14 % en un an, en novembre dernier Xavier Raufer avait quant à lui avancé le chiffre de 40 % sur trois trimestres, citant le constat dressé par le service central du renseignement territorial entre janvier et septembre 2016…

    « Naturellement, c'est une espèce de mélange, de patchwork, dans lequel on a du mal à s'y retrouver. C'est pour cela qu'on ne peut pas faire grand-chose de telles informations, à part hausser les épaules. »

    Paradoxalement, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) partage globalement le constat du gouvernement et avance plus de détails que la place Beauvau. L'association annonce un « net recul des actes islamophobes » en France, recul de 36 %, selon elle, qu'elle détaille ainsi: « 419 discriminations, 39 agressions, 98 discours haineux ».

    Des chiffres de la part d'un collectif controversé, sur lesquels Xavier Raufer n'a pas souhaité s'exprimer, rappelant que les actes caractérisables en délits et crimes doivent l'être par la Justice et faire l'objet des poursuites adéquates:

    « Ces histoires de phobie ne veulent rien dire. Phobie cela signifie "avoir peur de", celui qui a de l'arachnophobie c'est celui qui a peur des araignées. Appliquer ce concept et cette idée-là à une religion est totalement absurde, cela relève de la propagande et en rien cela n'est sérieux. »

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    © AP Photo/ Ariel Schalit
    D'autant plus que comme le soulignent nos confrères du Figaro, le CCIF recense des cas tous aussi divers que variés, allant de l'agression au couteau de femmes voilées et l'incendie d'une mosquée à Ajaccio au cas de Nahil — un élève de 11 ans traité d'« apprenti-terroriste » par son professeur parce qu'il a fait un pistolet en papier en classe — ou encore l'arrêté anti-burkini de Cannes.

    Bref, dans ces conditions, difficile de tirer des conclusions définitives, d'autant que comme le rappelle régulièrement Xavier Raufer, les vrais problèmes sont ailleurs. Interviewé par le site Atlantico le 17 janvier dernier, il déclarait: « Je le répète depuis le début 2015 — et ce diagnostic n'a jamais été démenti. M. Cazeneuve & Co, plus les médias à leurs bottes, se bornent à nier le réel et ajoutent chaque jour une nouvelle couche de maquillage sur le cadavre de la sécurité en France qui se décompose visiblement. »

    En somme, pour cet expert en sécurité publique, tous les autres voyants sont au rouge et le satisfecit ministériel ressemble bien à une diversion:

    « Le ministère de l'Intérieur qui vous dit "tout va bien" et qui vous dit — et c'est un bobard immense — que la délinquance et la criminalité ont baissé depuis le début du quinquennat de monsieur Hollande. Donc tout va bien, les actes islamophobes régressent, les actes antisémites régressent, tout va bien, dormez braves gens! »

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    “Soumission”
    Tags:
    islamophobie, antisémitisme, France
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