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La ville de Calais a pris un arrêté visant à interdire la distribution de nourriture aux migrants. Embarrassée par le retour de réfugiés toujours plus nombreux, la maire se défend pourtant de toute «inhumanité». Quant aux ONG, elles contournent l’obstacle.

Les migrants sont « une richesse culturelle exceptionnelle », déclarait, candide, la maire de Calais, Natacha Bouchart en août 2015. Mais deux ans plus tard, l'élue LR semble bien revenue sur son projet de « vivre ensemble ».

« La ville empêchera la distribution de repas », a-t-elle annoncé mercredi à l'occasion de la visite du ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux. C'est désormais chose faite: le lendemain, la maire de Calais signait un arrêté visant à interdire la distribution de repas aux migrants. Si la Préfecture démentait en décembre la création de nouveaux camps ou de squats dans le Calaisis, l'arrêté prouve bien l'étendue du problème.

Interdire la distribution de nourriture, un énième « coup de comm » »? Le démantèlement de la Jungle six mois plus tôt et les mesures les mesures de surveillance accrue (patrouilles, hélicoptère avec détecteurs thermiques), n'ont pas empêché le retour des migrants. D'après les associations sur place, ils seraient entre 200 et 400, dont des mineurs. L'arrêté fera l'objet d'un recours, mais il n'empêche pas les bénévoles de travailler, comme l'explique Gaël, d'Utopia56, qui distribue jusqu'à 250 repas le soir.

« Ce sont des jeunes et des mineurs à la rue, donc on va continuer à leur donner à manger. On l'a fait hier soir en dehors de la zone de l'arrêté et ça s'est plutôt bien passé. »

Pousser les migrants toujours plus loin aux franges de la ville. Après l'élection de Natacha Bouchart en décembre 2015, où elle avait détrôné les communistes installés depuis 30 dans la ville et dont le précédent maire, Jacky Hénon, avait choisi de ne pas s'occuper du sujet migrants, arguant que c'était à l'État de le faire, la maire LR avait fait passer une loi anti-squat, facilitant ainsi les expulsions, repoussant toujours un peu plus loin les migrants, dans les dunes, dans les bois.

Son nouvel arrêté porte sur l'interdiction de regroupement sur un périmètre déterminé en périphérie de la ville, la zone industrielle des Dunes. Une présence répétée et massive susceptible de « troubler la tranquillité » et « la sécurité publique », voire de créer un « risque de catastrophe industrielle majeure ».

Même le Secours catholique ne plus proposer de douches aux migrants. L'association avait en effet vu la mairie installer une benne à ordures devant leur bâtiment, pour empêcher l'installation de douches dans ses locaux. Vincent de Coninck, chargé de mission, dénonce une stratégie politique:

« Interdire à des citoyens de nourrir des enfants qui vivent à la rue ou pleur permettre de se laver, c'est dramatique. Il semble qu'on soit dans un contexte de surenchère électorale, voire électoraliste, qui est nauséabond. Le harcèlement dont sont victimes les exilés, il vient de la municipalité, mais aussi de la préfecture et de l'État. »

La préfecture, de son côté, de fait pas de commentaire. Mercredi, Bruno Le Roux a déclaré qu'il était déterminé à empêcher la formation d'une nouvelle Jungle, mais n'empêcherait pas la distribution de nourriture. Les associations continueront à distribuer repas, couvertures et changes, mais démentent participer à l'effet « appel d'air »:

« Il n'y a pas vraiment de fixation, ce sont des jeunes qui essaient de passer. Ils n'ont pas de lieu où dormir. On ne peut pas dire "il n'y a pas de réfugiés à Calais". Si, ils sont là et ils continueront de venir. C'est un déni de réalité: on va faire en sorte qu'il n'y ait plus de fixation, mais les gens continueront à arriver. »

Équilibriste, Natacha Bouchart a tenu un temps entre « fermeté et humanité ». Il faut vivre avec la problématique des migrants « dans les meilleures conditions possible », déclarait Natacha Bouchart avant son élection « les Calaisiens pourront s'enrichir encore plus de ces populations migrantes ». Anti-FN, il a fallu également calmer les ardeurs et les agitations des collectifs « Sauvons Calais », « Les Calaisiens en colère », parfois soutenues par des militants d'un groupuscule d'extrême-droite, le Mouvement d'Action Sociale. La ville explique sa décision par le risque de « tensions entre les ethnies en présence et qui ont par le passé déjà dégénéré en rixes impliquant plusieurs centaines de personnes ».
Bref, l'utopie du vivre-ensemble, ne s'est réalisée ni entre les migrants ni entre migrants et calaisiens. Le dernier arrêté de Nathalie Bouchard le montre bien. 

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Tags:
repas, migrants, Calais
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