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    Jean Michel Blanquer

    Éducation nationale : Blanquer va-t-il rapprocher les «déshérités des héritiers»?

    © AFP 2017 Christophe Archambault
    France
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    Maxime Perrotin
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    L’arrivée de Jean Michel Blanquer rue de Grenelle fait grincer les dents de certains, en réjouit d’autres. Parmi ces derniers, l’association SOS Education. L’Éducation nationale, plus gros budget de l’État, ministère plus que jamais miné. Les soutiens que Blanquer engrange lui suffiront-ils à mener sa mission à bien ?

    Haro sur le nouveau ministre de l'Éducation nationale! « Marqué à droite », directeur de l'Essec, ancien n° 2 de la rue de Grenelle sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'arrivée de Jean Michel Blanquer — cet ami d'enfance de François Baroin — fait grincer bien des dents dans un ministère particulièrement réputé pour son corporatisme politique et idéologique, considéré comme impossible à réformer. Claude Allègre, sous Lionel Jospin, s'y était d'ailleurs cassé les dents pour avoir voulu « dégraisser le Mammouth ». Un « Mammouth » que le nouveau ministre perçoit plutôt comme un « diplodocus », avec « un grand corps et une petite tête ».

    « Je suis extrêmement inquiète et je trouve l'école très en danger », nous confie Eveline Charmeux, spécialiste des questions d'éducation. Pour Madame Charmeux le sens de la marche annoncé pour l'Education Nationale est « en arrière toute! » « Monsieur Blanquer défend une théorie de l'école qui oublie tout simplement que l'élève est une personne. » Pour elle,

    ​« Avant de confondre — comme ils le font et comme le fait Monsieur Blanquer — autorité et dictature, ou abus de pouvoir, il faudrait peut-être se pencher sur ce qu'est un enfant et sur sa psychologie. »

    Plusieurs points retiennent tout particulièrement son attention, à commencer par la volonté du nouveau ministre de placer l'enseignement du français au cœur des programmes. Si Eveline Charmeux reconnaît l'importance de l'enseignement du Français, elle estime que la méthode n'est pas bonne, fustigeant au passage les « pratiques immuables » de l'enseignement « traditionnel ».

    « Ce que dit Monsieur Blanquer sur l'école primaire est épouvantable: d'après lui, il ne faut plus faire que du français. Cela prouve que ce monsieur a une ignorance de la pédagogie monstre, c'est-à-dire qu'il ne sait donc pas que ce ne sont pas par des leçons qu'on apprend quelque chose. »

    Pour notre intervenante, le Français s'apprend également par le biais des autres disciplines, qui permettent une meilleure appréhension de la langue par les élèves: « on ne parle pas en Mathématiques comme on parle en Histoire ou comme on parle en Grammaire. Il faut que les enfants vivent toutes ces situations de communication pour maîtriser la langue. »
    Autre détail qui fait « bondir » Eveline Charmeux, la question de la formation des enseignants:

    « C'est une forme d'insulte à l'égard des enseignants. Les enseignants n'ont aucun besoin qu'on les aide à travailler, ils ont été formés pour ça, ils savent le faire et ce n'est certainement pas le directeur de l'ESSEC qui peut leur donner des conseils ni les conseillers autour de Monsieur Blanquer — au fond de leurs cabinets — et qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe. »

    Des grincements de dents qui pour d'autres laissent présager de la qualité du travail que pourrait accomplir le nouveau ministre, comme Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste, qui souligne à notre micro que « Pratiquement, la qualité d'un ministre est proportionnelle aux récriminations qui viennent d'un certain milieu », évoquant ainsi les « pédagos de tout poil » et autres personnes ayant gardé « un abominable souvenir » de la collaboration entre Jean-Michel Blanquer et Gilles de Robien.

    Pour lui, savoir si le nouveau ministre fera une politique de gauche ou de droite n'a « rigoureusement aucun sens » et il veut voir en Jean-Michel Blanquer un ministre partisan « d'une école qui permettra aux élèves d'aller au plus haut de leurs capacités », contrairement à la situation actuelle où ils seraient « plongés dans un bain d'incapacité, quelques soient les efforts des enseignants. »

    ​« On a peut être quelqu'un qui va privilégier la transmission des savoirs, qui va revenir même sur certaines expériences un peu néfastes, qui va effacer cinq ans de cauchemar. »

    Le nouveau ministre de l'Éducation nationale porterait ainsi une vision « pragmatique » de l'école qui effraie les pédagogues, mais réjouit Jean Paul Mongin, délégué général de SOS éducation — l'association de défense du retour à l'enseignement traditionnel, revendiquant 60 000 parents et professeurs adhérents — qui lui a adressé une lettre ouverte particulièrement élogieuse dans les colonnes du Figaro.

    « Par exemple, il s'est prononcé déjà pour le rétablissement du latin, du grec, des classes bilangues, c'est-à-dire tout ce que Najat Vallaud Belkacem — dans un grand moment d'égalitarisme forcené — avait voulu effacer », explique Jean-Paul Brighelli, qui espère que les mesures qui pourraient être mises en place — suivant le résultat des législatives — correspondent aux attentes du corps enseignant ainsi que des élèves et de leurs parents. Un programme capable de rapprocher les « déshérités des héritiers ».

    « Ce qui ressort des sondages effectués dans les milieux professoraux, c'est que les profs ont envie qu'on en revienne à une certaine sacralisation du travail et de l'effort, à une transmission réelle des connaissances, qu'on en revienne finalement à une vraie égalité des talents au lieu de faire de l'égalitarisme des conditions sociales. »

    Si certains dépeignent le nouveau ministre comme un « expert, technicien » qui n'a « jamais assumé aucun mandat électif », comme dans Le Monde, alors même qu'Emmanuel Macron avait annoncé placer l'expertise au sommet de ses critères de sélection de ses ministres, pour Jean-Paul Brighelli, le parcours du nouveau ministre au sein de l'institution qu'il dirige aujourd'hui est un réel atout.

    « La quasi-totalité des ministres n'ont jamais rien compris à l'éducation, c'est le directeur de la Dgesco qui fait le boulot. Dans le cas de Najat Vallaud Belkacem, c'est Florence Robine qui faisait le sale boulot. Là, pour une fois, on a quelqu'un qui, par sa formation et surtout par son parcours, connaît absolument toutes les strates de l'Éducation. »

    Rappelons que Jean Michel Blanquer fut recteur des académies de Guyane (2004-2006) et de Créteil (2007 — 2009) avant d'occuper le poste de Directeur de la Direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco), entre 2009 à 2012.

    Néanmoins, la formation des enseignants n'est pas la seule réforme sur laquelle devra se pencher le nouveau ministre: baisse du niveau, égalitarisme forcené, carte scolaire, problème d'autorité, ainsi que ces zones d'éducation prioritaire et la multitude d'inégalités auxquelles le personnel enseignant doit faire face, à commencer par les enseignants qui y débutent. Autant de problématiques qui font office de travaux herculéens auquel Jean Michel Blanquer devra s'atteler… sous les encouragements d'une partie du public et malgré les réticences d'une partie de son ministère.

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    Tags:
    gouvernement, éducation, France
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