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Délinquance endémique et agressions de femmes, contraintes de déserter l’espace dur de vivre dans le quartier parisien de La Chapelle-Pajol. Pourtant, face au cri d'alarme d'habitantes, pas de condamnation ni de mesures fermes des autorités, ce qui pose la question de l'arbitrage entre la condition féminine et le souci de l'antiracisme.

« Salope », « sale pute », « je vais te baiser »… Dans une pétition lancée par « SOS La Chapelle » et « Demain La Chapelle », deux associations d'habitants et de commerçants entendent alerter le gouvernement sur la condition des femmes dans le quartier La Chapelle-Pajol. Intitulée La Chapelle & Pajol: Les femmes, espèce en voie de disparition au cœur de Paris, leur pétition en ligne a déjà été signée plus de 20 000 fois en moins de quatre jours. Cette dernière tire un portrait pour le moins inquiétant de ce quartier populaire parisien.

« Désormais, la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d'entre nous se terrent chez elles. »

Un état des lieux qui fait écho à l'article du Parisien, publié jeudi 18 mai, et faisant état du harcèlement dont sont victimes les femmes dans les rues de ce quartier situé entre les Xe et XVIIIe arrondissements de la capitale. Aux journalistes, des habitantes témoignent de leur quotidien « de plus en plus oppressant »: remarques, insultes, jets de cigarettes allumées, lorsqu'elles circulent dans la rue, meme en prenant soin d'éviter le métro et la place de la Chapelle.

Des femmes qui, harcelées, disent ne plus se rendent dans certains bistrots, devenus des « repaires d'hommes », une situation qui les contraint même à rester chez elles, comme cette vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement…

Un article qui a fait l'effet d'une bombe, d'autant plus qu'en regardant de plus près la communication de « SOS la Chapelle » — un mouvement qui insiste sur sa dimension « apolitique » et qui condamne toute récupération politique un mois avant les législatives — le problème n'est en rien nouveau. Plusieurs fois, ce collectif du XVIIIe arrondissement a alerté les pouvoir publics, ne serait-ce qu'en novembre 2016 où, dans une lettre ouverte, il enjoignait les pouvoirs publics à ne pas les abandonner, dénonçant une « zone de non-droit et de violence permanente où trafic en tous genres, contrebande, vols, bagarres, insultes nous empêchent de circuler librement et en sécurité. »

Selon les témoignages recueillis, la situation serait devenue particulièrement intenable ces derniers mois. Une évolution qui n'étonne pas le criminologue Xavier Raufer: pour lui, celle-ci « valide l'enseignement de base de la criminologie. »

« En général, partout dans le monde, tous les malfaiteurs — que ce soient des bandits, des terroristes ou des fanatiques, ce sont plutôt des fanatiques religieux dont il s'agit — ont une caractéristique commune, c'est qu'ils s'arrêtent que lorsqu'on les arrête. »

Des comportements de personnes « ayant des idées très précises sur le sort des femmes » qui, faute de sanction, sont devenus monnaie courante, comme l'explique notre expert qui fustige le « laxisme » qui s'est répandu selon lui dans la sphère judiciaire. Une absence de l'État que regrette également Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef pour Boulevard Voltaire et auteur de l'ouvrage Adieu Simone! Les dernières heures du féminisme (Éd. Le Centurion, 2016). Une absence d'autant plus dommageable que l'État est bien le seul garant de cet « environnement de sécurité » dans lequel peut se concevoir l'équilibre entre hommes et femmes.

« Quand une femme est agressée, elle est dans une situation de vulnérabilité et l'homme dans une situation de force — si l'État arrive à le gommer par une situation de sécurité. »

Une situation qui n'a pas manqué de faire réagir sur les plateaux télé, à l'exemple du député socialiste de l'Essonne Malek Boutih qui — dimanche, sur BFMTV, a appelé a « dégager tous les gens qui emmerdent les femmes. Les dégager d'une manière ou d'une autre » — ou encore du coup de gueule de la féministe Zohra Bitan, vendredi, sur le plateau de RMC, qui estime qu'on a trop laissé faire « La France est ce pays, au nom des droits de l'homme, qui relativise tout ce qui porte atteinte à la dignité des autres. » Elle fustige cette tendance à rechercher systématiquement d'excuses aux auteurs de ces agressions « sous couvert de racisme, sous couvert de ne pas stigmatiser, sous couvert de "mais bon, tu comprends, ils viennent d'arriver, il faut leur expliquer". »

Pour elle, il n'y a justement rien à expliquer, face à cette situation « inacceptable » à laquelle font face des femmes, en plein cœur de la capitale française « il va falloir apprendre à ces mecs qu'ici, en France, les femmes elles font ce qu'elles veulent! On a le droit de se balader en jupe, en robe, en tenue et on les emmerde! » avant de conclure « ici en France on est libre, ils ne sont pas contents, ils repartent! Point barre! »

Un boulet rouge tiré sur l'action ou plutôt l'inaction politique, d'autant plus fort que cette ancienne fille d'immigrés, conseillère municipale socialiste de Thiais (Val-de-Marne) et porte-parole de Manuel Valls lors des primaires socialistes de 2011, a depuis pris ses distances avec une certaine gauche. Son livre Cette gauche qui nous désintègre: en toute amitié… (Ed, François Bourin, 2014) est ainsi présenté comme « un adieu définitif à une certaine gauche, celle des "indignés de salon", une gauche intellectuellement paresseuse, arrogante et hypocrite ».

Afin de faire face au « sentiment d'insécurité » — pour reprendre les mots du communiqué de la ville de Paris et la préfecture de police, annonçant l'augmentation des contrôles de police, la mise en place « d'actions de sensibilisation à l'attention des commerçants et des acteurs locaux » ainsi qu' « une marche exploratoire » initiée par la Mairie de Paris et du XVIIIème arrondissement, sur le modèle de ce qui fut entrepris dans le quartier de la Goutte d'Or en 2015. Au-delà des mesures en elles-mêmes, qui font figurent aux yeux de Xavier Raufer de « cataplasmes sur des jambes de bois » ou encore d'« habillage de vitrine », le vocable employé par les autorités fait réagir le criminologue:

« Un sentiment c'est quelque chose qu'on éprouve dans sa tête, là ce ne sont pas des femmes paranoïaques, qui estiment du fond de leurs sentiments qu'on les persécute, ces femmes sont réellement persécutées. » Notre expert s'interroge sur le travail effectué — de manière générale — par la municipalité. Il pointe notamment du doigt, au-delà de l'insécurité, les problèmes de propretés également dénoncés par les collectifs, « c'est naturellement la mairie de Paris qui pose problème plus que ces individus-là. »

Pour parer à ces problèmes de harcèlement, de violence au quotidien, certaines des mesures proposées décontenancent certains. En effet, au-delà de « l'éducation » (prévention) ou des sanctions (présence policière) certains y ajoutent d'autres solutions comme le « réaménagement de l'espace public » (urbanisme). C'est notamment le cas du maire socialiste du XVIIIe arrondissement, Eric Lejoindre, ou encore de la féministe Caroline de Haas, candidate aux législatives dans la 18e circonscription de Paris.

Au micro de France Info, celle-ci propose « d'élargir les trottoirs pour qu'il n'y ait pas de cohue » ou de mettre en place plus d'éclairage public, les « problèmes d'espace » (et d'attroupement) étant selon elle un facteur favorisant les agressions. Une proposition, qui isolée de son contexte, n'a pas manqué d'en surprendre certains.

​Cependant, ce qui est plus troublant que ces demi-mesures de la municipalité, qui dit néanmoins avoir pris note du problème, c'est l'absence de réactions de la part de l'exécutif. On se souvient de la volonté du nouveau président, affichée durant la campagne, de vouloir rompre avec la présidence précédente et ne pas polémiquer sur des sujets « d'ordre public », mais qu'en est-il du ministère de l'intérieur ou de la justice? Un silence que regrette Xavier Raufer: au-delà de dirigeants qu'il estime déconnectés de la réalité des quartiers populaires, il rappelle que, malgré le fait que ces problématiques s'imposent aux plus hautes autorités de l'État, la gouvernance française est actuellement dans l'expectative, dans l'attente, du résultat des législatives.

« En ce moment on a quand même des intérimaires. Tout le monde sait que les ministres à l'heure actuelle sont là simplement pour préparer les élections législatives, que le véritable gouvernement sera installé après celles-ci, une fois qu'on saura de quelle majorité X ou Y dispose au Parlement et entre temps, ils expédient les affaires courantes. »

Quelle que soit la législature, la sécurité intérieure est selon lui laissée à l'abandon: « C'est bien d'aller expliquer au Mali qu'il ne faut pas laisser agir les islamistes, c'est mieux de le faire dans les rues de Paris. » Pourtant, même si nous avons un gouvernement « d'intérim » des solutions existent:

« Le Code pénal n'est pas un code liberticide, c'est ce que pense la Représentation nationale, de la manière d'assurer la loi, l'ordre et la sécurité dans ce pays […] c'est la non-application du Code pénal qui a rendu cette situation possible! »

Pourquoi donc une telle inaction? La question peut paraître naïve, tant la réponse est connue du milieu politico-médiatique. Pour Gabrielle Cluzel, la raison ne fait aucun doute, la nature des auteurs rentre en ligne de compte:

« On assiste comme d'habitude à un déni féministe, parce que la cause de la femme n'est rien quand il s'agit de prôner l'antiracisme, donc les féministes font immédiatement profil bas. »Depuis l'article du Parisien, des voix se sont élevées, pour dénoncer la récupération politique certes, mais surtout les « amalgames racistes ». En témoigne l'accueil, sur place, réservé à Valérie Pécresse, Présidente (Les Républicains) de la région Ile-de-France, par des militants de collectifs de soutien aux réfugiés.

Une piste que creuse, également sur RMC, Michel Onfray « c'est justement parce qu'on ne veut pas dire que c'est religieux qu'on n'aborde pas le problème ». Le philosophe s'étonne notamment du manque d'empressement des féministes à s'emparer de ce sujet, particulièrement sensible, en lien avec la place de la femme dans l'Islam et que peu de responsables politiques abordent par crainte d'être catalogués d'islamophobes, voire — comme le souligne l'un des deux présentateurs de l'émission — de se « couper d'un vote communautaire ». Une attitude électoraliste, qui pousse à passer sous silence des situations de crise, contre laquelle s'insurge Gabrielle Cluzel:

« Je crois que là, nous avons l'éclatant spectacle du paradoxe féministe, de l'absurdité féministe, de l'imposture féministe. » […] « Actuellement la Doxa de gauche c'est de dire que le nouveau prolétariat c'est cette nouvelle population allochtone, il ne faut donc pas la vexer et donc on préfère sacrifier les femmes sur cet autel-là. »

Elle rappelle l'accueil réservé en France, à l'été 2012, à la vidéo d'une jeune étudiante belge, Sofie Peeters, qui dit être harcelée 5 à 10 fois par jour par des hommes, avait décidé de filmer en caméra cachée son quotidien dans les rues d'Anneessens, un quartier bruxellois populaire. Le tout pour un résultat particulièrement éloquent et choquant. Une vidéo, tournée au beau milieu de la capitale de l'Union européenne, qui avait été accusée de véhiculer le racisme.

Plus proche de nous, en décembre 2016, France 2 diffusait un reportage sur un bar PMU à Sevran, en Seine-Saint-Denis, présumé interdit aux femmes. Une affaire qui avait choqué l'opinion et provoqué une contre-enquête du Bondy Blog, avant de provoquer une réaction assez équivoque dans le département où, comme le rappelle notre intervenante, un autocollant « femmes bienvenues » avait été mis en place dans les bars et les cafés afin de promouvoir la mixité homme/femme.

« Vous savez, comme les chiens sont admis! » lâche Gabrielle Cluzel, qui « n'attend pas grand-chose » du gouvernement actuel en matière de défense de la condition féminine dans le pays. Elle craint en effet que celui-ci, en accord avec ce que son électorat souhaiterait, ne se contente d'« acheter la paix sociale ».

« On va aller un petit peu plus loin encore dans cette espèce de bienveillance active et on va fermer les yeux sur tous ces problèmes-là. La question est de savoir, le jour où l'on aura vraiment un gouvernement volontaire, s'il sera encore temps de faire quelque chose? »

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