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    Discours d'Emmanuel Macron devant le Congrès réuni à Versailles

    Macron à Versailles, avance-t-il vers… le passé?

    © REUTERS/ Eric Feferberg
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    Changement profond, révolution, progressisme? C’est résolument vers l’avenir qu’Emmanuel Macron a tourné son discours devant le Congrès réuni à Versailles ce lundi 3 juillet. Mais si sous couvert de nouveautés, le nouveau président de la République regardait en fait... derrière lui?

    Les députés et sénateurs communistes, insoumis ou même UDI (démocrates et indépendants) qui ont boycotté le Congrès hier ont tous fait part de leurs craintes face à un président qui prend à bras le corps sa fonction et… semble élargir ses pouvoirs. Hier, la solennité et la verticalité semblaient loin de l'esprit «startup» et du management collaboratif qui faisait la marque de fabrique de Macron pendant sa campagne présidentielle.

    Selon Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste et sénateur de Paris, le discours de politique générale d'Emmanuel Macron fait preuve d'une «dérive monarchique»:

    «Nous sommes ici pour marquer avec netteté notre opposition à la méthode employée par le président de la République, qui renforce la dérive monarchique de nos institutions.

    […] Ça commence à faire beaucoup en ce début de quinquennat: non seulement Emmanuel Macron procède de la sorte aujourd'hui, mais il veut aussi priver le Parlement de la possibilité de débattre de manière pleine, entière et légitime la réforme du Code du travail, en procédant par ordonnance. Donc il n'est pas question pour nous d'aller faire allégeance à cette méthode en siégeant aujourd'hui.»

    De son côté, François Rochebloine, ex-député UDI battu le 18 juin dernier par la candidate En Marche Valéria Faure-Muntian, dans la 3e circonscription de la Loire, estime que la convocation d'Emmanuel Macron relève d'un mépris total pour son Premier ministre. Si la Constitution lui permettait de convoquer le Congrès, d'autres possibilités étaient envisageables.

    «Dans la situation dans laquelle se trouve le pays, on est encore là à faire de la com»? Le candidat Macron a fait de la com» pendant un an. Il a trompé les gens. Au lieu de faire de la com» devant le Parlement, j'attends demain ce que le Premier ministre va annoncer. […] Je suis très éloigné de Monsieur Mélenchon, mais je reconnais que sur ce plan-là, je partage son analyse.» […] Ce n'est pas de gaîté de cœur que certains ne se rendent pas au Congrès.

    Ce n'est pas la politique de la chaise vide, c'est apporter une réponse à un président qui méprise son Premier ministre, montrer au président de la République que nous ne sommes pas d'accord, que la France est suffisamment en difficulté pour ne pas encore besoin de com». Le troisième tour sera dans la rue et peut-être plus vite que prévu.»

    Dérive monarchique, empiétement sur les attributions du Premier ministre, Emmanuel Macron marque-t-il une rupture? Pour Pascal Jan, professeur de droit constitutionnel à l'IEP de Bordeaux, Emmanuel Macron ne marque une rupture que par rapport aux quinquennats de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Sur le temps long des institutions de la Vème République, Emmanuel Macron n'innove pas, bien au contraire:

    «Emmanuel Macron renoue en fait avec une tradition. La rupture a eu lieu avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Aucun des deux dans la foulée de leur élection n'a entendu s'adresser aux parlementaires par voix de messages écrits ou par voix de déclaration. Ils ont rompu avec cette tradition.

    Il y a un retour à une forme de présidentialisme "normal", qui est dans la ligne de l'interprétation classique des institutions de la Vème république.». […] «François Hollande voulait une présidence normale, mais il a eu une présidence anormale. Il a beaucoup relativisé le statut du président de la République, il n'a pas porté les habits du président de la République.

    Le contraste avec Emmanuel Macron est très fort, alors que les citoyens s'étaient habitués à une forme d'effacement relatif de la part du président de la République.»

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    Tags:
    Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Versailles, France
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