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    Emmanuel Macron

    Macron a-t-il eu raison de dénoncer la démographie africaine?

    © AP Photo/ Olivier Matthys
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    Tollé médiatique international après que Macron ait pointé du doigt la démographie en Afrique, en marge du sommet du G20 à Hambourg. Il estime que le développement du continent restera une question insoluble tant que sa natalité se maintiendra à un niveau aussi élevé. Mais le problème est-il vraiment là?

    De nombreux médias étrangers jugent les propos d’Emmanuel Macron sur la natalité africaine déplacés. Ce dernier, lors d’une conférence de presse en marge du sommet du G20 à Hambourg a pointé du doigt la question de la transition démographique en Afrique: «Quand des pays ont encore 7 ou 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.»
    Pour Gilles Pinson, Professeur au Museum national d’Histoire naturelle et chercheur associé à l’Ined, les taux de croissance de la natalité africaine sont en effet un défi supplémentaire à son développement.

    «Surpopulation, je ne sais pas, il n'y a pas de niveau optimum de population. L'Afrique est un continent qui a à se développer. Il y a une croissance économique en Afrique, qui n'est pas négligeable. Mais c'est sûr que la croissance démographique rapide, à savoir que la population de l'Afrique augmente au rythme de 2,5% en moyenne, en Afrique intertropicale elle de près de 3% par an, avec des pays comme le Niger où elle est de 4%, c'est un défi supplémentaire pour des pays qui ont déjà à se développer économiquement. Ça serait probablement souhaitable que ce taux de croissance démographique soit ramené plus bas. En tout cas, ça aiderait le développement de l'Afrique.»

    Néanmoins, des médias étrangers ont dénoncé la volonté d'ingérence et le néo-colonialisme des propos d'Emmanuel Macron. Les problèmes de l'Afrique se résoudront-ils avec la baisse de sa natalité? Nous avons interrogé Gaultier Bès, directeur-adjoint de la revue d'écologie intégrale Limite, dont le premier numéro était justement consacré aux questions démographiques, puisqu'il titrait en septembre 2015 «Décroissez et multipliez-vous». Pour Gaultier Bès, c'est avant tout, à nous, Occidentaux, de simplifier nos modes de vie au lieu de faire peser sur l'Afrique nos responsabilités.

    «Mettre en cause la fécondité humaine dans les désastres écologiques que nous subissons, ou plutôt que nous faisons subir à nos conditions d'existence est d'une profonde malhonnêteté intellectuelle, puisque ceux qui sont responsables, les principaux coupables des désastres environnementaux et écologiques, ce ne sont pas les familles nombreuses, ce sont les modes d'organisation de consommation, de production, d'un système globalisé qui est à l'encontre de toute véritable économie, puisque c'est la dilapidation des ressources disponibles, la dilapidation systématique, la folie, la fuite en avant du toujours plus.»

    Un système qu’Emmanuel Macron ne remet nullement en cause dans son intervention sur le développement du continent…  justement peut-être parce qu’il reste dans cette logique de «développement économique», contre lequel s’emporte Gaultier Bès:

     

    «Il est absolument inimaginable aujourd'hui de garder notre mode de consommation, de production, la mobilité humaine, la mobilité des capitaux, la mobilité des marchandises avec une population humaine à 10 milliards, 11 milliards… avec des pays complètement dépendant des grandes puissances comme le sont la plupart des pays africains. Bien sûr, c'est inconceivable, parce que nous avons déjà dépassé la plupart des limites objectives des écosystèmes et on voit bien qu'évidemment la question migratoire pose d'énormes difficultés pour l'instant largement insolubles et qu'évidemment, si l'Afrique reste dans une situation de dépendance vis-à-vis du Nord et de l'Europe en particulier, on ne saura comment y faire face. On continuera à vider l'Afrique et les pays africains de leurs forces vives et nous à créer d'énormes tensions.»

     

    Le point contestable dans les propos d’Emmanuel Macron serait donc moins leur caractère «raciste» que le fait qu’ils ne répondent pas aux vrais enjeux de l’Afrique:

    Emmanuel Macron
    © REUTERS/ Gonzalo Fuentes
    «La responsabilité des désastres écologiques et des déséquilibres économiques n'est pas le fait du Sud et de la démographie du Sud, mais de la frénésie du Nord. Aux pays d'ici de trouver leurs équilibres et notamment démographiques, mais ça, nous ne pouvons répondre à leur place. Et pourquoi leur dénier la capacité de le faire? Effectivement, on a largement de quoi être inquiet. Et je comprends la déclaration de Macron: tant qu'il n'y a pas de changement de paradigms, oui, effectivement, on ne voit pas très bien comment s'en sortir. Que l'Occident assume ses responsabilité et cesse ce néo-colonialisme qui consiste à dire "stérilisez les familles, diminuez drastiquement le nombre d'enfants par femme et la solution sera là."»

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    Tags:
    Emmanuel Macron, Afrique, France
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