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    Un migrants à Calais

    Plan migrants: «On est loin de la France accueillante et fidèle à son histoire»

    © Sputnik . Irina Kalashnikova
    France
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    Crise migratoire (785)
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    «Ce plan migrant, c’est des rétentions, des expulsions, des barricades. C’est celui d’une France frileuse et xénophobe, qui s’enferme et qui veut pousser l’Europe à fermer ses frontières, avec un cynisme épouvantable», a déclaré à Sputnik le président de la Ligue des droits de l’homme, commentant le «plan migrants» qui a indigné le public français.

    Le gouvernement français annonce un plan sur les migrations qui prône la «dignité» et la «solidarité». Si 12.500 places d'hébergement supplémentaires sont annoncées, ainsi qu'une réduction des délais de traitement des demandes d'asile, Édouard Philippe et Gérard Collomb réaffirment néanmoins leur opposition à la réouverture de structures d'accueil à Calais et à Grande-Synthe pour éviter ce qu'ils décrivent comme un «appel d'air», et parlent au contraire de «dissuasion migratoire» et de «politique d'éloignement».

    Cette semaine, l'association L'Auberge des migrants accusait les autorités d'empoisonner des bidons d'eau utilisés par les migrants à Calais, alors que les différents camps évacués subissent un achalandage de migrants et que l'été est traditionnellement une saison qui voit les arrivées augmenter.

    Sputnik a recueilli la réaction de Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l'homme, à l'annonce de ce plan. Pour lui, cette politique migratoire est non seulement violente envers les migrants, mais elle ne peut de toute façon pas être efficace:

    «Ce plan ne traite pas le problème de fond: si l'on n'ouvre pas de places, s'il n'y a pas de structures d'accueil inconditionnel, […], donc ça veut dire de la précarité et des difficultés comme celles qu'on connaît à Calais, à Paris ou dans la vallée de la Roya. Dans tous les cas, ce qu'on voit avec ce plan, c'est qu'on est bien loin de la France accueillante et fidèle à son histoire que le Président Macron nous avait promise», a-t-il déclaré.

    «Ce plan migrant, c'est des rétentions, des expulsions, des barricades. C'est celui d'une France frileuse et xénophobe, qui s'enferme et qui veut pousser l'Europe à fermer ses frontières, avec un cynisme épouvantable, quand on voit l'annonce, hier, de la baisse de l'aide française au développement dans les pays d'origine des migrants, et qu'en même temps on dit qu'on va les aider en attirant chez nous leurs talents avec un visa spécial pour les plus diplômés», a poursuivi le président de la Ligue des droits de l'homme.

    Selon lui, la notion même de «dissuasion migratoire» est problématique:

    «Rien que la référence à la "dissuasion", comme s'il s'agissait de dissuasion nucléaire, est gênante: comme s'il fallait utiliser des armes puissantes pour empêcher les gens de venir. Mais ça ne marche pas, on ne peut pas empêcher les gens de venir, nous vivons dans un monde ouvert et mobile. Par ailleurs, il faut savoir que les migrations vers la France représentent un très petit flux par rapport à l'essentiel des migrations, qui se font entre pays du Sud. La France n'est pas un lieu où il y a un "appel d'air". Pourquoi chercher à dissuader alors que le problème n'est pas là?», s'interroge-t-il.

    Selon M.Salemkour, le plan ne traite pas les vrais problèmes, soit: comment traiter des populations déplacées par la guerre et la misère, comment l'Europe pourrait participer à des efforts de développement des pays d'origine et d'accueil de ces personnes, comment aider les pays frontaliers des zones de guerre à avoir la capacité d'accueillir les réfugiés, et comment l'Europe doit gérer ses flux, cette liberté de circulation, en interne.

    Les solutions à la question migratoire sont ailleurs, pense-t-il, notamment dans la coopération avec les pays du Sud et dans la renégociation, promise par le candidat Macron, des accords du Touquet, qui placent les contrôles aux frontières du côté français de la Manche:

    «Ne pas toucher aux accords du Touquet avec le Royaume-Uni, c'est assez surprenant, ça veut dire que la France assume seule ce que devrait assumer le Royaume-Uni: s'il y a des étrangers qui souhaitent aller en Grande Bretagne, c'est au Royaume-Uni de traiter le sujet», a-t-il conclu.

    Dossier:
    Crise migratoire (785)

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    Tags:
    migrants économiques, camp de migrants, interview, migrants, Calais, Royaume-Uni, France
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