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    Statue du pape Jean-Paul II à Ploërmel

    Une œuvre d’un sculpteur russe hors la loi en France

    © AFP 2019 DAMIEN MEYER
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    Alors que la croix surplombant une statue du pape Jean-Paul II à Ploërmel continue à faire polémique, les avis sur ce sujet restent plutôt partagés. Néanmoins, pour les experts interviewés par Sputnik, il ne s’agirait que d’une œuvre d’art et donc «représenter Jean-Paul II avec une croix» n’était, pour eux, «guère surprenant».

    Il y a plus de dix ans que le monument créé en honneur du pape Jean-Paul II par l'artiste russe Zourab Tsereteli agite la commune de Ploërmel, dans le Morbihan. Toutefois, la décision semble être désormais arrêtée: le Conseil d'État a donné six mois à la mairie de Ploërmel pour retirer la croix qui surplombe la statue. Les réactions sont, par ailleurs, assez divergentes. Si le collectif «Libre Pensée», à l'origine de la première plainte contre la présence d'un signe religieux dans l'espace public, parle d'une «nouvelle victoire», les opposants préparent de leur côté une manifestation. Des spécialistes se livrent à ce sujet au micro de Sputnik.

    Pour Paul Kostka, membre du conseil de la Mission Catholique polonaise de France et Président de l'Association «Concorde», il s'agit «d'une atteinte à la sensibilité religieuse des chrétiens en France»

    «Je crois que la sécularisation de la société française est allée suffisamment loin. Mais je pense que la décision du Conseil d'Etat est un pas contre l'Europe de tradition chrétienne millénaire. Ceux qui nous dirigent en France n'ont pas l'audace de montrer la détermination de conserver notre héritage», a-t-il déclaré. «J'espère que cela ne créera pas de violences dans les semaines à venir», a-t-il également ajouté.

    Thierry Rambaud, professeur de droit public et expert auprès du Conseil de l'Europe pour les questions d'administration publique et de droit comparé, estime que ces sujets sont «extrêmement sensibles dans la société française».

    «Il faut que le juge essaie de retenir une conception plus culturelle et historique des droits fondamentaux et des libertés publiques. On a ici l'impression d'une interprétation strictement littérale du texte. Il faut qu'une version plus intégrative des droits fondamentaux soit présentée», a-t-il relaté, commentant la décision du Conseil d'État.

    Pour sa part, la statue du pape n'est rien d'autre qu'une «œuvre d'art».

    «Jean-Paul II est certes une personnalité religieuse, mais au-delà l'une des très grandes figures du XXème siècle, qui a joué un rôle politique et géopolitique majeur. Le représenter avec une croix alors qu'il était Pape n'était guère surprenant», a-t-il poursuivi.

    M. Rambaud affirme que cette question ne se résume pas simplement à l'œuvre de Tsereteli mais devrait surtout interroger pour savoir si l'on souhaitait «avoir une laïcité apaisée ou revenir à des combats plus anciens».

    «Nous assistons à un retour du religieux assez violent, dans le monde en général, en France en particulier. Je suis un peu inquiet de voir que ça vient par la représentation non violente de Jean-Paul II qui était une personnalité profondément de paix et d'ouverture! Le burkini a provoqué des réactions excessives, maintenant cette statue. En respectant la liberté de croire ou ne pas croire, ne peut-on pas admettre que le fait religieux dans l'espace public est aussi un fait culturel, et une approche apaisée? », a-t-il conclu.

    Par ailleurs, la polémique, qui enfle depuis quelques jours sur les réseaux sociaux avec le hashtag #MontreTaCroix, a même pris une dimension internationale avec la proposition du Premier ministre polonais d'accueillir cette statue dans son pays.

    Néanmoins, comme l'indique Paul Kostka, la proposition de Varsovie de récupérer la statue serait assez «prématurée».

    «La proposition polonaise est tout à fait ridicule, c'est prématuré. La statue a été offerte à la municipalité de Ploërmel et cette solution ne peut intervenir qu'en dernier recours», a-t-il tranché.

    La statue du pape Jean-Paul II est un don de l'artiste russe Zourab Tsereteli. Elle avait été installée sur une place de Ploërmel, en Bretagne, sous une arche surmontée d'une croix, après une délibération de la commune du 28 octobre 2006. D'après la décision du Conseil d'Etat, la commune morbihannaise dispose désormais de six mois pour retirer la croix au nom du respect de la loi de séparation des Églises et de l'État. Dans le même temps, la statue papale en elle-même n'est pas remise en cause.

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    Tags:
    monument, pape, religion, Jean-Paul II, Bretagne, France
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