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    En Corse, après l’euphorie, pour les nationalistes, tout reste à faire

    En Corse, après l’euphorie, pour les nationalistes, tout reste à faire

    © AFP 2018 PASCAL POCHARD-CASABIANCA
    France
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    Oxana Bobrovitch
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    Coups de klaxon, cris de joie… Même la navette de Corsica Ferry a donné le ton avec un inhabituel coup de trompe en sortant du port. Dimanche soir, la victoire des nationalistes aux élections territoriales en Corse est incontestable, mais ses conséquences encore imprévisibles. Reportage de notre envoyée spéciale de Bastia.

    Personne ne doutait de cette victoire, elle est là et elle a fait du bruit. La liste de l'alliance nationaliste Pè a Corsica remporte le second tour des élections territoriales avec un score historique de 56,46% des voix. Pourtant, tous les candidats avaient un ennemi commun: l'abstention. La pluie et le mauvais temps n'ont néanmoins pas eu raison des élections, mais le taux de participation s'est maintenu au niveau assez bas de 52,63%.

    Amener l'électeur à s'exprimer en décembre 2017 n'était pas une mince affaire, lassitude oblige, ni pour les nationalistes —pour qui la «campagne» ne s'est pas arrêtée depuis les élections des conseillers généraux des départements en mars 2015- ni pour toutes les listes d'opposition. L'année électorale a été en effet chargée au niveau national — présidentielle, législatives, primaires… De plus, comme les nationalistes sont déjà majoritaires à l'assemblée de Corse, les habitants de l'île ne comprenaient pas vraiment les enjeux de ce nouveau scrutin, entraînant une certaine confusion.

    «Pour mobiliser nos électeurs, nous avions eu un discours à double détente, précise à Sputnik Pierre-Antoine Tomasi, le tout jeune président du parti indépendantiste Corsica Libera, avec d'une part le développement des projets déjà en place et les négociations à entamer avec Paris d'une autre.»

    Drôle de campagne pour ces territoriales d'ailleurs, puisque depuis des décennies, il n'y a pas de différence significative entre les listes de droite et de gauche, qui à certaines périodes allaient même jusqu'à s'allier. Le parti communiste est insignifiant sur l'île, sauf dans la période d'après-guerre et l'île a vu éclore plusieurs propositions d'associations de divers-droite pour «barrer la route aux nationalistes»… La vie politique corse a ses particularités incontestables.

    Lors de la campagne menée d'une manière assez agressive par Pè a Corsica, l'alliance déjà majoritaire à l'Assemblée de Corse, les citoyens ont été interrogés sur leur degré de satisfaction par rapport aux initiatives nationalistes dans les principales branches de l'économie: transport maritime, politique de la montagne, agriculture… Des projets lancés avec le boulet de 100 millions de déficit public que les nationalistes ont trouvé à leur arrivée en 2015.

    «Malgré le fait que depuis six mois, nos élus régionaux à Paris demandent les adaptations législatives, regrette Pierre-Antoine Tomasi, la réponse est systématiquement négative. Donc, afin de mettre en œuvre les adaptations nécessaires pour la Corse, nous avons besoin de ce statut d'autonomie.»

    Deux autres dossiers, ceux de l'utilisation de terres et du statut de résident, semblent avoir pesé lourd dans la décision de vote des îliens. Le fameux Plan d'aménagement durable semble aller dans le sens d'une exploitation des terres plus avantageuse pour les îliens. Pourtant, les nationalistes ne mettent pas tous leurs espoirs dans l'agriculture: ils misent aussi sur le tourisme, incontournable source de revenus, et sur les technologies de pointe, avec les applications pour smartphones et Internet, par exemple.

    D'après l'homme politique, désormais, avec une majorité absolue en faveur des nationalistes, l'assemblée de Corse va avoir plus de marge de manœuvre pour édicter ses propres règles, notamment dans le domaine de fiscalité. Mais, les discussions de comptoir pointent souvent du doigt le «truc des nationalistes»: aspirer à plus d'autonomie, tout en profitant de subventions d'État.

    «La politique des nationalistes n'est pas de demander plus de moyens à l'État, c'est le contraire, se défend M. Tomasi. On veut des responsabilités en matière de fiscalité afin de répartir, par exemple, la TVA qui augmente en Corse d'une façon structurelle.»

    Cerise sur le gâteau, le statut de co-officialité de la langue corse est cette corde sensible qui parle à tous les Corses. Tous les candidats en lice, indépendamment de leur bord politique, partaient du principe ancré en eux que «je suis la Corse» et que la déperdition de la langue au quotidien inquiète… Il est peu probable que la langue corse devienne une langue officielle à court terme, mais il est important pour les partisans nationalistes d'y rêver. Tout touriste le comprendrait, il lui suffit d'allumer la radio et plonger dans la musicalité du chant corse, en parfaite harmonie avec les paysages qui défilent le long de la route.

    Désormais, la Corse possède un levier supplémentaire, le soutien majoritaire de sa population, pour les négociations plus serrées avec Paris. Même si nombre d'experts et politiques nationaux qualifie les aménagements législatifs de la région d'«expérimentations».

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    Tags:
    candidats, nationalistes, élections, Corse, France
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