Ecoutez Radio Sputnik
    Une femme triste

    Ce mal-être qui ronge 3 mln de Français (ou plus): causes et réalités de la dépression

    CC0 / Pixabay
    France
    URL courte
    Par
    10246
    S'abonner

    Quelque 3 millions de Français, «véhicules qui n'ont plus d'essence», selon des psychiatres, seraient aujourd'hui aux prises avec la dépression. Analyse des tendances générales et des causes du malaise en France qui, en 2011, était en tête de la liste des pays champions de la dépression.

    Actuellement, au moins 3 millions de Français sont en proie à la dépression, maladie qui menace plus les femmes que les hommes. Il est donc probable que vous côtoyez des dépressifs tous les jours.

    En 2011, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a décerné à la France un titre auquel peu souhaitent prétendre: celui du pays où le taux de personnes dépressives est le plus important au monde. La France était alors en tête de ce classement avec 21 % de ses habitants concernés, talonnée par les États-Unis (19,2%). En 2017, le sujet a refait surface et a été le thème principal de la Journée mondiale de la santé du 7 avril organisée sous la devise «Parlons-en».

    Selon les statistiques, à peu près un Français sur cinq a été, est ou sera victime de la dépression. Dans le monde entier, c'est plus de 300 millions de personnes qui sont atteintes de cette maladie, d'après un rapport de l'OMS publié en mars dernier. Vu l'échelle du problème, le choix du sujet semble de moins en moins fortuit.

    Qui sont les personnes dépressives?

    Philippe Fossati, psychiatre à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), parle des personnes souffrant de dépression comme de «véhicules qui n'ont plus d'essence»:

    «Ce ne sont ni des personnes paresseuses, ni manquant de volonté. Les bousculer ne sert à rien. Elles sont malades. Leur cerveau est tout simplement en panne.»

    Pour comprendre le caractère de cette «défaillance», faisons un bref aperçu des symptômes de la maladie. Dans leur livre «La dépression: en savoir plus pour en sortir», des chercheurs français, distinguent symptômes physiques (fatigue, ralentissement général, dégradation du sommeil, altération de l'appétit, problèmes sexuels), affectifs (tristesse intense, incapacité d'éprouver du plaisir, hypersensibilité émotionnelle, impression d'inutilité, anxiété), cognitifs (ralentissement intellectuel, concentration détériorée, dévalorisation de soi, idées négatives, souvent autour de la mort).

    Par forcément très perceptible par l'entourage du malade, cette panne lui gâche l'existence.

    Les facteurs qui provoquent la dépression

    Les personnes dont la vie est riche en événements malheureux, comme le chômage, le deuil ou d'autres traumatismes psychologiques, présentent plus de risques que les autres de développer une dépression. Un sondage Viavoice effectué en 2013 a mis en évidence que la dépression française «s'explique pour une large part par un sentiment d'identité perdue».

    Les disparités salariales pourraient être derrière le taux le plus élevé de dépression, selon une étude de la revue BMC Medicine, réalisée dans 18 États, développés ou en développement, dont la France, l'Allemagne, l'Ukraine, l'Afrique du Sud et le Liban. Les auteurs de cette étude ont d'ailleurs déterminé l'âge moyen du sujet vulnérable à la maladie: 25-26 ans.

    Le chômage est devenu ces dernières années non seulement un problème économique, mais aussi un défi social et de santé publique. Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a notamment constaté qu'entre 10.000 et 14.000 décès par an en France étaient dus au chômage. Sur quoi la perte d'emploi peut-elle déboucher? Parmi les conséquences, on trouve, entre autres, la dépression, l'anxiété, l'hypertension, l'abus de tabac et d'alcool, l'aggravation des maladies chroniques. Ce alors qu'un état de santé déficient peut en soi entraîner une humeur dépressive.

    Le psychiatre Serge Hefez a estimé, dans un entretien accordé au Parisien, que les habitants des pays développés attachaient beaucoup d'importance à la réalité de l'État-Providence dont la dégradation peut avoir pour conséquence un pessimisme profond:

    «Plus les Français ressentent une perte du sentiment de protection de cet État-providence et une disparition de certaines valeurs qui font la France, comme la notion d'égalité.»

    Russie vs France: les causes sont-elles similaires?

    En Russie, le principal facteur de la dépression (dans 60% des cas) est lié à des problèmes d'écologie, a raconté à la chaîne RT Boris Kasakovtsev, chef du département des problèmes épidémiologiques et organisationnels de la psychiatrie du Centre russe de Serbski. Il ne faut toutefois pas exclure les facteurs génétiques et externes, dont des pathologies du fœtus, des traumas physiques et psychologiques ou même des infections, a-t-il ajouté.

    En cela, le nombre des cas non documentés peut être trois ou quatre fois plus grand que les statistiques officielles.

    Le pourcentage des cas guéris

    Mais ne finissons pas sur cette note dépressive, car la maladie peut heureusement être efficacement traitée. Pour le moment, on évoque approximativement 70% des cas de la guérison grâce à la prise d'antidépresseurs, à la pratique du sport et de la relaxation, au recours à la stimulation cérébrale ou à la psychothérapie.

    Ce sont ces moyens auxquels devrait penser la grande majorité des personnes qui négligent leur état dépressif faute de temps ou par peur. «Avec un peu de volonté, je m'en sortirai» — d'accord, peut-être, mais avec un peu d'aide on s'en sortira probablement plus vite?

    Tags:
    causes, statistique, maladies, santé mentale, santé, dépression, Russie, États-Unis, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik