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La France compte 27.500 fonctionnaires de plus en 2016 dans les ministères. Les deux tiers de ces nouvelles embauches ont été recensés dans les rangs de l’Éducation nationale. Une augmentation des effectifs qui tranche avec l’effondrement du niveau des élèves français. Face à ce hiatus, crier haro sur les profs serait tentant… mais très réducteur.

27.500 employés supplémentaires, telle est la hausse sur un an (+1,4%), constatée au 31 décembre 2016 par l'INSEE, du nombre d'agents dans la fonction publique d'État. Une hausse qui porte leur nombre à 5,67 millions en France. Est-ce trop? Avec 80 agents pour 1.000 habitants, la France est bien au-dessus des 61 de la médiane européenne, mais ne bat pas de records non plus: à titre d'exemple, la Finlande avoisine les 130.

Passons donc sur la polémique, complexe, du nombre de fonctionnaires en France pour nous intéresser à leur répartition. En effet, si la Défense, l'Intérieur et la Justice recrutent, ce qui s'explique aisément en ces temps de menace terroriste, les «deux tiers de cette augmentation» sont à porter au crédit des ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, comme le souligne l'INSEE.

Reste à savoir de quelle manière le Mammouth absorbera ces nouveaux fonctionnaires, dans un contexte où la surpopulation des classes, notamment dans les quartiers sensibles, est plus que jamais mise en avant. Quelle part de personnel administratif, quelle part de professeurs? Pour ces derniers, combien se retrouveront vraiment devant des élèves et combien iront rejoindre «l'armée de réserve» de l'Éducation nationale que constituent les «titulaires sur zone de remplacement» (TZR)?

Des carences en matière de gestion du personnel d'un ministère pléthorique mises en exergue à plusieurs reprises par la Cour des comptes. Il représente en effet le 1er poste de dépense de l'État, avec plus de 1,1 million de fonctionnaires et 68,4 milliards d'euros de budget en 2017. Entre ces remplaçants et les absences longue durée, auxquels s'ajoutent ceux «essentiellement des enseignants» finalement rattachés à d'autres ministères ou à l'action syndicale, l'institution de la rue Cambon estimait à plus de 217.000 le nombre de fonctionnaires «sous-employés». Nous étions alors en 2011…

La question est d'autant plus prégnante que l'Éducation nationale est sous les feux de la rampe, et pas de manière positive. En effet, l'édition 2016 du rapport Pirls, publiée le 5 décembre, classait les écoliers Français de CM1 en 34e position sur 50 pays. La France se retrouve donc en queue de peloton des pays européens avec la Belgique francophone et Malte, avec une régression en lecture et compréhension, dans un contexte de progression générale en Europe. En prime, la part des écoliers français jugés «très performants» (12%) est trois fois plus basse que la moyenne européenne.

Un paradoxe, alors même que la part du temps que nos professeurs déclarent accorder à l'apprentissage de la lecture (19%) et du français (37%) dépasse le temps moyen annoncé par les professeurs des autres pays étudiés (respectivement 18% et 28%). Si en Europe, ce sont 236 heures annuelles dédiées en moyenne à ces fondamentaux, les profs français affirment aller «au-delà des 330 heures» alors même que 288 étaient prévues par l'Éducation nationale au moment de l'enquête.

«L'association Sauver les lettres a montré qu'un enfant scolarisé aujourd'hui reçoit, rien qu'en primaire, 630 heures de français de moins qu'un enfant des années 1960. Presque deux ans!»

souligne pourtant l'essayiste Alain Borer, dans une interview à nos confrères du Point parue mardi 19 décembre, pointant du doigt la responsabilité de la rue de Grenelle, fustigeant la dimension politique et idéologique qui sous-tend ses programmes.

Quoi qu'il en soit, les derniers résultats de l'étude Pirls ont provoqué un électrochoc rue de Grenelle. Lors d'une conférence de presse, le jour même de sa parution, Jean-Michel Blanquer en appelait au volontarisme pédagogique des professeurs des écoles/enseignants, décrétant une dictée quotidienne en primaire.

​Il faut dire que, concernant le niveau des jeunes Français, cette étude internationale n'était pas la première à tirer la sonnette d'alarme. La rue de Grenelle elle-même constatait qu'entre 1987 et 2015, on passait de 10,6 à 17,8 fautes en moyenne sur une même dictée et que les élèves commettant au moins 25 fautes avaient plus que triplé, passant de 5,4% à 19,8%.

Le constat est tout aussi alarmant en mathématiques, comme le démontre l'étude Timss (pour Trends in International Mathematics and Science Study) publiée en novembre 2016, que confirmait un mois plus tard une étude Pisa (pour Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

​Une étude qui soulignait par ailleurs la grande disparité des résultats obtenus dans ce domaine entre les élèves immigrés et ceux non immigrés.

Ce dernier point semble tabou, peur de la «stigmatisation» oblige, ce qui n'a pas arrêté Luc Ferry. Interrogé sur BFMTV le 19 novembre dernier, l'ancien ministre de l'Éducation nationale relatait les propos que lui aurait tenus son directeur de l'évaluation, alors qu'il était en fonction:

«Si on supprimait les 15% de quartiers pourris qu'il y a en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités et où on n'arrive pas à faire cours, et bien nous serions classés numéro 1 dans Pisa.»

​La maîtrise de la langue (35% des élèves ayant de grandes difficultés de lecture à leur entrée en 6e), un «point noir» qui s'ajoute à celui des incivilités, aux yeux de l'ex-ministre. Règles de grammaire et règles de politesse, deux b.a.-ba, deux «héritages» victimes selon lui d'un «XXe siècle de déconstruction des valeurs traditionnelles» comme il l'expliquait à l'occasion de la rentrée scolaire sur le plateau de l'Info du vrai.

​Pourtant, Luc Ferry estime que, contrairement à ce qu'on aime à penser en France, l'école ne peut pas tout faire et ses capacités à rattraper certaines inégalités sont limitées. L'ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin insistait sur le fait que «nos profs sont plutôt, globalement, les meilleurs du monde» et que

«Les performances des élèves sont 1.000 fois plus liées à ce qui se passe dans les familles qu'a ce qui se passe dans l'école»,

déclarait-il sur le même plateau de BFMTV. Et de fait, selon une étude publiée par The Economist, la France est le seul des grands pays développés où il est en chute libre…

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