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    Marine Le Pen. Photo d'archive

    Un relooking du FN changera-t-il la donne pour le parti de Marine Le Pen?

    © Sputnik. Kristina Afanasieva
    France
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    Maxime Perrotin
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    Le Front national va-t-il changer de nom? La question est sur toutes les lèvres depuis la polémique sur les chiffres de la consultation lancée auprès de ses adhérents par le FN en novembre. Aussi désiré par Marine Le Pen soit-il, ce changement de nom est-il une solution pour un parti présenté comme «en déclin» depuis les présidentielles?

    «Cela ne servirait strictement à rien de changer de nom. Je pensais que changer de nom favoriserait le processus de dédiabolisation. Puis je me rends compte que, de toute manière, quel que soit notre nom — même si on s'appelait "la baie des anges", on nous stigmatiserait, on nous diaboliserait!»

    Le Front national, du moins son nom, appartiendra-t-il bientôt au passé? Alors que le Parisien révélait le jeudi 11 janvier que le Front national s'apprête à lancer une vaste «étude de marché» électorale, conviant un panel de ses électeurs au sein de fédérations locales afin de les consulter notamment sur le fameux changement de nom du parti, l'avocat et député FN Gilbert Collard a expliqué lors d'une interview sur LCP mercredi 10 janvier les raisons de sa volte-face concernant cette initiative.

    Un changement de nom qui agite la toile et les rédactions ces derniers jours, d'une part parce que le nom du Front national fait partie du paysage politico-médiatique depuis près de 45 ans, mais également parce que l'opération s'annonce périlleuse pour Marine Le Pen.

    Entre les levées d'immunité parlementaire de Gilbert Collard et Marine Le Pen, la volonté de l'exécutif de réformer le temps de parole des formations politiques à l'occasion des élections européennes, proportionnellement à leur représentation au Parlement ou la difficulté du parti à nouer des alliances, la presse dépeint le FN comme «inaudible», «en perte de vitesse» et avec un «électorat en proie au doute».

    La candidate malheureuse à la présidentielle voit-elle donc ce relooking comme une planche de salut? Elle a en tout cas réitéré lors d'un déplacement en Normandie, dimanche 7 janvier, son attachement au changement de nom de la formation politique crée par son père en 1972, afin d'en faire un «parti de gouvernement», susceptible de nouer des alliances, cette perspective de rebaptiser le parti ne ferait l'unanimité au sein des adhérents.

    «Aujourd'hui, si nous changeons le Front national, alors il faut aussi changer l'appellation»,

    déclarait la Présidente du parti lors d'une conférence de presse à Alençon, affirmant que les militants seraient «plutôt majoritairement pour un changement de nom» à ce stade du dépouillement des 28.000 questionnaires retournés par les adhérentes frontistes dans le cadre de la «grande consultation» lancée par le parti en novembre. Une déclaration qui vient prendre à contrepied une information communiquée par RTL en date du 4 janvier, selon laquelle «80% des adhérents refusent que le FN s'appelle autrement».

    Une tendance qui selon la première radio de France, mettant en avant les ses sources au sein du parti, émergerait du dépouillement encore partiel des questionnaires. Une information rapidement reprise par les autres médias tout en étant qualifiée de «fake news» par des cadres du Front national, à commencer par son porte-parole, Sébastien Chenu, auprès du Figaro ou Steeve Briois, Premier secrétaire, sur les réseaux sociaux.

    ​Plus récemment, le chiffre de RTL a de nouveau été démenti les proches de la présidente, «d'après les premiers résultats d'un dépouillement très partiel des questionnaires, seulement 40% des militants rejettent cette idée», assurerait jeudi 11 janvier, au Parisien, Philippe Olivier, conseiller de la patronne du Front.

    ​Changer le nom du FN, une priorité que juge «relativement secondaire» le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, qui rappelle le score historique réalisé par le parti lors des dernières élections avec son nom historique et qui n'est donc pas «persuadé que sous un autre nom, il aurait fait mieux». Pour lui, un rejet «probable» du changement de nom par les adhérents ne serait «pas bon» pour Marine Le Pen, qui souhaite cette rupture avec le passé depuis qu'elle a repris les rênes du parti.

    «Elle est persuadée que l'obstacle principal qui se dresse sur le chemin du FN, c'est précisément ce nom qui renvoie selon elle à l'époque où son père dirigeait le mouvement et aux incartades de langage qu'étaient les siennes à cette époque.»

    Pour Jean-Yves Camus, «le malaise est beaucoup plus profond que cela», mettant en avant la qualité de la prestation de Marine Le Pen lors du débat télévisé de l'entre-deux-tours, l'offre politique durant les présidentielles, avec «l'irruption du phénomène Macron» ou encore le «flou» de la ligne du parti sur un bon nombre de sujets, notamment sur la question de l'Europe.

    «C'est pour ces raisons-là, me semble-t-il, que le Front national patine, même s'il n'est pas mort, tant s'en faut», insiste le politologue.

    Le débat «raté» et «l'incompréhension» qu'il a suscitée auprès d'adhérents en proie au doute, un élément mis en avant par Éric Dillies, conseiller régional dans les Hauts-de-France lors d'une interview à RTL fin octobre 2017 pour expliquer sa candidature à la présidence du Front national.

    Car hormis les nouveaux statuts, le premier bureau politique de l'année du FN qui s'est tenu en début de semaine avait également pour but de préparer le 16e congrès du parti, qui doit se tenir à Lille les 10 et 11 mars prochain durant lequel la Présidence du Front sera remise en jeu jusqu'à l'horizon 2021, tout comme son Comité central (actuel «parlement» du FN). Une prestation de l'entre-deux-tours, mise en avant de manière récurrente, sur laquelle revient le politologue:

    «Ce qui est assez injuste, car un candidat est toujours préparé par une équipe, finalement il ne peut pas correctement se comporter dans ce débat si la préparation a été mauvaise.»

    Une candidature d'Éric Dillies déclarée de façon tardive, le 20 octobre, soit la veille la fermeture des dépôts et alors que la démarche devait être soutenue par les parrainages d'au moins 20 secrétaires départementaux et qui reste donc virtuelle. Autre candidat putatif, Jean-Pierre Hottinger, ex-candidat FN aux élections législatives dans la 7e circonscription des Français de l'étranger, qui quant à lui se présente en «candidat libre» à la présidence du parti.

    Une configuration qui laisse peu de doute quant à l'issue des élections, selon Jean-Yves Camus, pour qui «l'affaire est somme toute pliée». Le journaliste dépeint un gouffre en termes de «notoriété, en termes de responsabilités passées et présentes, en termes de visibilité» entre Marine Le Pen et ses potentiels concurrents. Ainsi, pour Jean-Yves Camus, «le combat n'est pas égal» et la présidence «acquise» à Marine Le Pen.

    «S'il pouvait venir une véritable contestation sur des bases idéologiques, stratégiques, elles seraient venues, je pense, de Marion Maréchal-Le Pen. Bruno Gollnisch incarne lui aussi une autre sensibilité, mais il n'a pas l'intention de tenter de nouveau sa chance.»

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    Tags:
    Front national (FN), Marine Le Pen, France
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