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    Blocage de Fleury-Mérogis

    Prisons françaises, feu de la critique et flammes des protestations

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    Oxana Bobrovitch
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    La mobilisation des surveillants de prison ne faiblit pas dans toute la France. De nombreux établissements restent bloqués dans l'attente d'«arbitrages» gouvernementaux sur leurs revendications sécuritaires et salariales. Des acteurs du mouvement et des experts en parlent à Sputnik.

    L'univers pénitentiaire français est en ébullition… En pleine journée d'action des surveillants, mobilisés partout en France pour obtenir de meilleures conditions de travail, l'Essonne est aujourd'hui le centre de plusieurs incidents: dans la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, 123 détenus ont temporairement refusé de regagner leurs cellules, au centre de rétention administrative de Palaiseau quatre hommes ont pris la fuite, en sciant des barreaux et en nouant des draps.

    Mais il en faut plus pour faire fléchir les surveillants déterminés à obtenir gain de cause dans leur lutte qu'ils sont prêts à mener jusqu'au bout.

    «Aujourd'hui, on veut manifester notre mécontentement vis-à-vis des agressions, l'insécurité», déclare à la correspondante de Sputnik une participante au mouvement de protestation. «On voudrait plus de moyens afin de mieux travailler, on veut que ceux qui sont affectés aux prisons récemment puissent avoir des salaires décents».

    Malgré le déplacement de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, mardi dernier, à la prison de Vendin-le-Vieil (fraîchement accueillie par les surveillants en colère qui bloquaient l'entrée de l'établissement), la grogne ne faiblit pas.

    «C'est le quatrième jour d'action près de la prison de Fleury-Mérogis», lâche à notre correspondante un surveillant qui traine en s'essoufflant une palette sous la pluie fine, pour préparer un nouveau feu à quelques mètres des murs de la prison. «Pourquoi? Parce que même si les camarades plus hauts placés sont reçus au ministère, nous, sur place, nous continuons à tomber sur les coups. C'est inacceptable. Tant qu'on n'aura pas du concret, on sera toujours en mouvement».

    Mais le criminologue Xavier Raufer considère que les syndicats ont une vision trop étriquée du problème et c'est tout le système de fond en comble qui devrait être revu, parce qu'«un problème fondamental avec la justice est que depuis la création du Ve République par le général De Gaulle […] le statut de la magistrature reste inférieur au celui qu'il était du temps de la IIIe ou IVe République».

    D'après le spécialiste, les magistrats ont toujours été traités en «parent pauvres», avec des moyens insuffisants pour rendre justice. «Il ne suffit pas d'avoir 1.000 place de prisons en plus, ni 10 euros d'augmentation au gardien», explique Xavier Raufer. «Il faut concevoir qu'un État de droit ne peut pas fonctionner sans une magistrature forte. Il faut une refonte fondamentale de la décision de ce que représente la justice de la République Française. Et ce n'est pas ce que fait Emmanuel Macron en ce moment».

    La décentralisation de la justice est encore un point à corriger, d'après l'expert: «Quand on regarde où se trouvent les cours d'appel, c'est caricatural: elles sont dans les villes où on faisait le marché au Moyen Âge! C'est la seule institution qui n'a pas été modernisée depuis les siècles».

    La situation de la pénibilité «au quotidien» et de l'insécurité dans le travail des surveillants est confirmée par l'interlocuteur de Sputnik Emmanuel Baudin, secrétaire général de la FO Pénitentiaire. «On est déterminé et nous allons faire des refus de prise de clé», lance-t-il. «Si la Force Ouvrière, exclue des négociations, ne va pas être vite appelée, les prisons vont exploser! On ne va pas faire comme c'était en 2009 quand les collègues sont rentrés dans les prisons dégoutés. On va au bout!». Pour les leadeurs syndicaux, l'ampleur et la dureté du mouvement rappelle les années 1990-92 sans que la ministre n'intervienne pour «écouter la base».

    Pour Xavier Raufer, le caractère répété des conflits dans le milieu pénitentiaire est dû à l'imperfection du système: «On ne peut pas vivre sans moyens techniques et sans des crédits sérieux. Régulièrement, ça produit des drames et le personnel pénitentiaire en subit les conséquences». Pour lui, il «faut doubler les crédits pour le milieu, pour que la prison revienne au début du XXe siècle». De plus, la conséquence directe nuisible de ce que le criminologue nomme «les ravages du passage de madame Taubira au ministère de la Justice» reste le tarissement de l'«une des sources les plus sérieuses d'information sur les islamistes et les terroristes: le renseignement pénitentiaire».

    «Sur 10 informations qui permettent d'empêcher un attentat avant qu'il soit commis, d'éviter le bain de sang, six ou sept provenaient avant du renseignement pénitentiaire. Madame Taubira a détruit ça.»

    Malgré la promesse électorale d'Emmanuel Macron de 15.000 places supplémentaires et celle d'un «plan global» pour les prisons «avant fin février» renouvelé lundi dernier, le milieu pénitentiaire reste inquiet et déterminé.

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