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    SNCF: la fronde syndicale fera-t-elle plier le gouvernement?

    © Sputnik . Alexandra Masaltseva
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    Gaëlle Nicolle
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    La ministre des Transports, Elisabeth Borne recevait vendredi les quatre syndicats de la SNCF qui ont appelé, la veille, à une importante mobilisation contre la réforme de la SNCF. Alors qu’une grève de 36 jours se profile, seront-ils écoutés?

    Contre la réforme de la SNCF, l'intersyndicale des cheminots a opté jeudi pour un mouvement radical: une grève sur le rythme de "deux jours sur cinq" d'avril à juin. Alors qu'une mobilisation d'ampleur s'organise, avec une manifestation prévue le 22 mars, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, recevait vendredi les quatre syndicats de la SNCF qui ont appelé à la grève. Fabien Dumas, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail, semble septique sur cette énième rencontre:

    «Ce qui rend crédible une concertation, c'est ce qui bouge entre le texte initial, et le texte final. Pour l'instant, il n'y a aucun bougé. On n'est pas dupe. Ce ne serait pas compris par l'opinion publique si on n'y allait pas, donc on y va. Mais on attend rien de spécial»,

    Si ce n'est la prise en compte de «revendications qui sont unitaires», mais semblent rester lettre morte,

    «Pour l'instant, en guise de concertation, on a le droit à une explication de texte. C'est-à-dire, depuis le depuis le début des réunions, et il y en a eu une bonne vingtaine, il n'y a pas une virgule qui a changé du projet initial du gouvernement».

    Le document, présenté le 14 mars en conseil des ministres et qui sera débattu à la mi-avril au Parlement, vise selon la ministre Mme Borne à "améliorer le fonctionnement du groupe public ferroviaire", mais provoque la colère chez les cheminots, tant dans son contenu, que dans son procédé:

    «En guise de concertation, on a l'impression qu'on a affaire à un enfumage. De toute façon, ils ont la majorité à l'assemblée, ils vont agir par ordonnance… Je crois que tout est dit», poursuit le syndicaliste.

    A partir du 3 et 4 avril, les syndicats de la SNCF appellent à une grève reconductible: les agents seront appelés à cesser le travail deux jours tous les cinq jours. C'est "une mobilisation innovante", a souligné Didier Aubert, du syndicat CFDT Cheminots. Une "main tendue aux usagers", qui doivent eux aussi se mobiliser, déclare de son côté Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti communiste, cité par l'AFP.

    Pourtant, selon un sondage Odoxa pour Challenges, Aviva et BFM Business, publié le 15 mars, 63% des Français interrogés jugent qu'une grève des syndicats pour s'opposer à la réforme de la SNCF serait injustifiée.

    «Je note qu'il n'y a pas si longtemps que ça, c'était 75% [….] On a pris 12 points en deux semaines, c'est pas mal! Je ne pense pas qu'un homme politique puisse dire la même chose», ironise Fabien Dumas.

    «Ca relève d'une stratégie du gouvernement, qui a agité d'abord le statue du cheminot, tout ça pour opposer les cheminots au reste de l'opinion publique. Casser le statut des cheminots et les faire passer pour des privilégiés, ce n'est pas ça qui va remettre les trains à l'heure».

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    Le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, a jugé jeudi sur TF1 que la grève était «un peu décalée par rapport à la concertation qui est engagée». «C'est d'abord une mauvaise nouvelle, une mauvaise chose pour les 4 millions et demi de Français qui prennent le train tous les jours», a-t-il ajouté, tout en en s'engageant à publier chaque jour à 17 heures la liste des trains qui circuleront le lendemain. Pour la CGT, la SNCF marche «main dans la main» avec le gouvernement. Un avis que partage M. Dumas: «Clairement! Et ça fait des années que ça dure. C'est pour cela que M.Pepy, quel que soit le gouvernement, est toujours en place […]», avant de pointer une «déresponsabilisation» au niveau de la direction et du gouvernement:

    «Au Ministère, quand on est reçu, il y a quatre personnes qui nous reçoivent, ce sont des anciens de la direction SNCF. Quand ils étaient à la direction de la SNCF, ils nous expliquaient que c'était la faute de notre tutelle [l'Etat, seul actionnaire majoritaire, ndlr] les mauvaises décisions… Et maintenant que c'est eux la tutelle, ils nous expliquent que c'est la faute de l'Europe».

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