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    Linky, compteur communicant

    Les «anti-Linky» ripostent pour faire disjoncter le compteur d’Enedis

    CC BY-SA 4.0 / Ener356 / Linky, compteur communicant
    France
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    Mike Beuve
    251017

    Les opposants au compteur Linky ont décidé de mener la bataille jusqu’au bout. L’objectif? Stopper l’installation du compteur communiquant jugé dangereux pour la santé et intrusif. Pour ce faire, les «anti-Linky» lance une action collective en justice regroupant 5.000 personnes à travers toute la France. Retour sur les raisons de cette colère.

    L'installation des nouveaux compteurs Linky d'Enedis (ex-ERDF) continue de susciter les craintes et la colère. A travers toute la France, des citoyens se mobilisent et créent des groupes «anti-Linky» (près d'une centaine recensée) afin de se faire entendre des pouvoirs publics. L'objectif? Stopper l'installation de ces nouveaux compteurs communiquant. Pour ce faire, les opposants ont décidé de mener une action collective en justice composé de 5.000 personnes et ont saisi 22 tribunaux de grande instance dans toutes les régions de France. Mais que reproche-t-on à ce compteur dit «intelligent»?

    Pour l'administratrice du collectif Stop Linky Grand Paris, la question de l'utilisation des données personnelles est problématique. Une crainte accentuée par les déclarations du président du directoire d'Enedis (ex-ERDF) qui expliquait dans une interview pour la Tribune que «la loi a logiquement fait évoluer les responsabilités des collectivités vers une prise en charge plus directe de leur politique énergétique. En tant qu'opérateur du big data, nous mettons nos données à leur disposition […] Aujourd'hui, nos données peuvent être transformées, croisées avec d'autres.» Des propos que dénonce l'administratrice du collectif.

    «Nos données, on ne sait pas ce qu'elles deviennent parce que Monsieur Monloubou [président du directoire d'Enedis (ex-ERDF), nldr] dit qu'Enedis devient un opérateur de big data avec 35 millions de capteurs, donc c'est quand même préoccupant. Nous n'avons pas donné notre accord pour que ces données circulent comme ça».

    Une inquiétude légitime puisque la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), le 27 mars 2018, a mis en demeure le fournisseur d'électricité Direct Énergie pour avoir collecté des données de consommations clients sans leur consentement dans le cadre de l'installation des nouveaux compteurs communiquants Linky. En effet, la CNIL a expliqué avoir noté, grâce à des contrôles qu'elle a effectués, des «manquements» concernant l'accord de collecte des données de consommations, journalières et à la demi-heure.

    Autre sujet de préoccupation, l'augmentation, possible, de leur facture afin de financer le projet mais également du fait de l'impossibilité pour le consommateur de réellement gérer sa consommation. Dans un communiqué, Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, déclare que «le compteur Linky tel qu'il est proposé ne respecte pas la directive européenne de 2009 qui demande le déploiement d'un compteur permettant la participation active du consommateur […] Le LINKY ne propose pas d'affichage dans l'habitation, il ne propose pas non plus la consommation en temps réel et n'indique pas le montant en euros de sa consommation. Comme le dit la Cour des comptes, les moyens mis en place «sont insatisfaisants». Par ailleurs, Michèle Rivasi va plus loin. «ENEDIS annonce en effet que le coût d'investissement ne sera pas répercuté sur les factures des consommateurs. Or la cour des comptes montre aujourd'hui qu'il s'agit d'un dispositif «coûteux pour le consommateur mais avantageux pour ENEDIS». Le financement est en réalité «assuré par les usagers» et les conditions de rémunération d‘ENEDIS sont «généreuses et doivent être revues».

    L'autre point qui cristallise les débats concerne l'installation obligatoire du compteur Linky, qui crée, de fait, des situations explosives entre les poseurs et les usagers.

    «C'est scandaleux, surtout dans les conditions dans lesquelles ça se passe: menaces et violences. Par exemple, il y a eu une personne âgée qui s'est retrouvée avec 5 jours d'ITT parce qu'elle a tenté de s'opposer à l'installation de ce compteur, le ton est monté et le poseur la poussé et fait tomber» déplore l'administratrice.

    Une situation d'autant plus complexe puisque selon l'administratrice du collectif «il n'y aucun texte de loi qui rend ces compteurs obligatoires. Certes, il y a une obligation pour les opérateurs de le déployer mais il n'y a aucune obligation pour l'utilisateur de l'accepter. Si on se réfère au niveau européen, il y a simplement une recommandation [la directive 2009/72/CE du 13 juillet 2009, ndlr], que d'ailleurs certains pays n'ont pas suivi comme l'Allemagne ou la Suède. C'est l'État français qui a décidé d'en faire une obligation» dénonce l'administratrice.

    En effet, le législateur français a transposé la directive européenne par une loi du 10 février 2010 et un décret d'application du 31 août 2010 (articles L. 341-4 et R. 341-4 du code de l'énergie). Michèle Rivasi l'explique également dans son communiqué «ENEDIS annonce que les compteurs sont obligatoires et qu'on ne peut pas s'y opposer. Or la loi ne permet pas à ENEDIS de l'installer sans le consentement des usagers. ENEDIS a déjà été contraint par la justice à Grenoble et à Toulouse de ne pas installer le compteur LINKY et même de remettre l'ancien compteur chez des personnes opposées pour des raisons de santé.»

    Enfin, les «anti-Linky» dénoncent deux autres problèmes: l'émission d'ondes électromagnétiques qui émaneraient de Linky ainsi que le risque potentiel d'incendie ou de pannes matériels. En cause, les deux technologies qui sont utilisés par le compteur. A savoir, le courant porteur en ligne (CPL) entre le compteur et le concentrateur de quartier, et le réseau GSM (identique à celui utilisé pour les téléphones portables) entre le concentrateur et le centre de gestion d'Enedis.

    «Le CPL [la fréquence de Linky est de 75 kHz, ndlr] qui va se superposer au 50 kHz classique pour lequel nos câbles sont conçus donc cela va faire rayonner tous les fils et les appareils d'ondes électromagnétiques. Certains appareils ne le supportent pas et tombent en panne» détaille l'administratrice.

    Et d'ajouter,

    «Bien entendu, il y a quelques années le CPL existait déjà mais EDF obligeait les gens qui utilisaient le CPL à blinder leurs fils pour éviter qu'il pollue le système électrique. Aujourd'hui, Enedis veut nous imposer des compteurs alors que nos fils ne sont pas blindés, ils refusent de le faire et ça coute cher. Il y a quelque chose qui ne va pas donc on se battra jusqu'au bout.»

    Une bataille qui risque de durer encore longtemps, d'autant plus que l'amendement qui avait été déposé au Sénat pour permettre aux consommateurs de refuser l'installation du compteur a été rejeté. L'espoir reste néanmoins vivace pour les «anti-Linky». Corinne le Page, ancienne ministre de l'environnement, avec un groupe d'avocats, a lancé un ultimatum, le 9 avril, à Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et à Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, demandant la suspension du déploiement de Linky. Si le gouvernement fait la sourde oreille, ils menacent de mener des actions juridiques pour défendre les particuliers et les communes.

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    Tags:
    ondes électromagnétiques, citoyens, consommation, énergie, Enedis, France
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