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ONG, élus et pêcheurs se sont rassemblés dans plusieurs ports d’Europe pour protester contre la «pêche électrique» qui décime les fonds marins en même temps que les pêcheurs artisanaux. Une méthode très décriée «qui détruit le milieu marin et menace leur survie économique», selon un l’ONG Bloom. Entretien.

Cornes de brume, feux de Bengale et drapeaux: les discussions entre élus, ONG et pêcheurs étaient «calmes» ce matin à Boulogne-sur-Mer, malgré le compteur qui tourne. La trentaine de pêcheurs venus se rassembler, avec le soutien du député européen EELV Yannick Jadot, craint que «d'ici deux ou trois ans, il n'y ait plus du tout de pêcheurs artisans dans le nord de la France», explique Frédéric Le Manach, Directeur scientifique de l'association Bloom, l'une des rares ONG à s'intéresser au problème, dans le cadre de son action pour la protection des océans.

«Dans le nord de la France, l'année dernière, il y a sept navires qui sont partis à la casse parce que leurs résultats économiques étaient très mauvais. Ils craignent que ce soit la même chose cette année, car leurs chiffres sont encore plus mauvais que l'année dernière», poursuit le militant.

Leur principal obstacle: les chalutiers pratiquant la pêche électrique, un procédé qui consiste à électrocuter les poissons planqués dans les fonds marins pour mieux les faire remonter dans les filets. Une technique qui rafle tout sur son passage: «C'est funeste», commente Claire Nouvion, président de l'ONG Bloom: «On tue l'environnement et le secteur de la pêche».
Ce type de pêche est non sélectif: «Un chalutier électrique rejette jusqu'à 70% des poissons qu'il capture, alors que les artisans pêcheurs, c'est maximum 6%!», explique Claire Nouvion.

«70% des cabillauds de grande taille ont la colonne vertébrale fracturée suite au choc électrique»,

s'insurge Frédéric Le Manach, qui déplore l'absence d'étude fiable sur l'impact environnemental: «La fertilité des poissons, la survie des œufs, les juvéniles, l'impact sur les autres navires de pêche, ce sont des questions qui ne sont pas posées.»

«La recherche sur la pêche électrique est une recherche financée par l'État néerlandais, pilotée d'un point de vue économique pour financer la pêche électrique», poursuit-il.

État néerlandais qui bénéficie très largement des dérogations accordées à cette pratique: Claire Nouvion accuse la Commission d'avoir cédé aux lobbies néerlandais de la pêche industrielle au détriment des petits pêcheurs. Car ce type de pêche, interdite en 1998, a été autorisée à nouveau en 2006, dans le cadre d'un régime dérogatoire exceptionnel:

«La Commission européenne est profondément et moralement corrompue sur d'autres histoires comme le glyphosate, les perturbateurs endocriniens, le lobby du tabac, etc.», estime-t-elle.

Les pêcheurs se sont également rassemblés dans d'autres ports européens: IJmuiden (Pays-Bas), Nieuwpoort (Belgique), Lowestoft (Royaume-Uni) et sept îles en Irlande (Arranmore, d'Inishbofin Island, Clare Island, Inis Lyre, Inis Oirr, Bere Island, Sherkin Island), Flensbourg sur la Mer Baltique (Allemagne), Mandriola et Oristano (Italie). En France, les ports de Saint-Mandrier, sur la côte méditerranéenne, et de Saint-Jean-de-Luz, sur la côte atlantique, ont aussi été perturbés.

Ces mobilisations, qui durent déjà depuis plusieurs mois, feront-elles le poids? L'Assemblée nationale en France et le Parlement européen se sont prononcé en faveur d'une interdiction définitive. C'est maintenant au Conseil européen et à la Commission de se prononcer:

«S'il n'y a pas d'accord trouvé d'ici décembre, on va rester dans une situation de statu quo, qui va bénéficier à une partie de la flotte industrielle néerlandaise», déplore Frédéric Le Manach.»

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