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    Résorber la dette publique: l'impossible mission du gouvernement?

    CC BY-SA 2.0 / Ken Teegardin / Numbers And Finance
    France
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    Maxime Perrotin
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    Une «bombe à retardement», le chef de file des Républicains au Sénat a appelé le gouvernement à mettre en place la diminution des dépenses publiques qu’il avait promis: si le déficit s'est résorbé ces deux dernières années, profitant notamment de la conjoncture économique, on ne peut pas en dire autant de la dette qui continue de gonfler.

    «On accumule les déficits et ces déficits s'accumulent à la dette, c'est une bombe à retardement, notamment pour les jeunes générations.»

    Sur le plateau de France Info, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la politique budgétaire menée par le gouvernement. L'élu vendéen a ainsi fait part de sa préoccupation vis-à-vis de l'évolution de la dette française, alimentée année après année par des dépenses publiques mal contrôlées.

    Des dépenses publiques dont il accuse l'actuel gouvernement de n'avoir pour l'heure «rien fait» afin de les diminuer et ce malgré les promesses de campagne d'Emmanuel Macron, notamment en matière de suppression de postes au sein de la fonction publique.

    Avec 2.255 milliards d'euros au premier trimestre, la dette publique française représenterait selon le sénateur non seulement une menace pour les jeunes générations mais également pour sa propre génération mettant en garde contre des taux d'intérêts qui augmenteraient pour la France. Un dernier point qui laisse «perplexe» Philippe Béchade, rédacteur en chef de La Bourse au quotidien et président du think tank les Éconoclastes.

    «J'ai le nez sur les taux tous les jours, je passe mon temps à les comparer: la dette française, la dette allemande, la dette US, même la dette japonaise […] on voit bien que les marchés ne mettent pas la pression sur le gouvernement français.»

    Philippe Béchade souligne ainsi le faible écart de rendement (spread) observable entre les obligations d'État allemandes à 10 ans (Bund), considérées comme la référence la plus sûre, et leur équivalent françaises (OAT). «Entre le Bund et l'OAT, on reste très voisin de 30 points de base» constate-t-il, rappelant que la situation optimale de ces dernières années a été une différence 25 points de base (pbs).

    Un indicateur de risque qui pour l'heure témoigne de la confiance accordée par les marchés à l'économie française et permettant ainsi au pays de se refinancer à des taux particulièrement bas.

    À titre de comparaison, les spreads des obligations italiennes ou grecques tournent respectivement autour de 220 pbs et 350 pbs. Même lorsque les probabilités de victoire, estimées par les bookmakers, de Marine Le Pen étaient au plus haut durant la campagne présidentielle le spread OAT/Bund n'avait pas dépassé les 80 pbs.

    «Quand la dette [française, ndlr] était à 99% cela avait laissé les marchés complètement de marbre», insiste Philippe Béchade, rappelant que sur les marchés il s'agit avant tout d'une question de confiance

    «Il n'y a vraiment pas le feu au lac, les marchés pour l'heure font preuve d'une extrême mansuétude envers la France et aucune — mais aucune — forme d'angoisse par rapport au niveau de la dette. De toute façon, on sait que la France est le pays champion du monde pour la collecte des impôts, donc nos créanciers sont parfaitement sereins.»

    Pour autant, aussi bas soient ces taux dont profite la France, se tourner vers les marchés a un coût pour le contribuable. D'autant plus que même si le ratio dette sur PIB (richesse nationale) a reculé en 2017, notamment grâce à la conjoncture économique, celui-ci est reparti à la hausse au premier trimestre 2018, la dette se gonflant de 36,9 milliards d'euros supplémentaires (+1.7%).

    L'an passé, le remboursement des intérêts seuls de la dette française a pesé pour près de 41,5 milliards d'euros, soit le quatrième poste de dépense de l'État.

    «Ce qui est grave, c'est parce que la France est championne de la dépense publique que nous sommes aussi les champions de l'impôt!», s'insurge Bruno Retailleau auprès de nos confrères.

    Pour le sénateur LR, il paraît impossible que le gouvernement puisse se désendetter en 2019, pointant du doigt les promesses et mesures pour lesquelles il reste à trouver des financements: suppression de la taxe d'habitation, détaxation des heures supplémentaires, reprise de la dette SNCF ou encore mise en place du service national universel etc., alors même que la pression fiscale devient insoutenable dans le pays.En la matière, Bruno Retailleau s'indigne que le gouvernement ait pu supprimer l'exit taxe, un dispositif censé lutter contre l'évasion fiscale, alors même que parallèlement il afflige les retraités d'une hausse de la CSG. Une question de la lutte contre l'évasion fiscale que soulève également Philippe Béchade.
    Pour lui, le problème ne se situe pas au niveau des dépenses publiques mais au niveau des rentrées fiscales ou plus précisément du bon recouvrement de l'impôt.

    «Je trouve ça toujours un peu surréaliste de dire qu'il faut réduire les dépenses quand d'autre part on est privés de recettes. C'est surtout à cela qu'il faut s'attaquer!», lâche l'économiste qui dénonce, lui aussi, une pression fiscale délétère pour la croissance. Il évoque par ailleurs ces recettes dont l'État se serait de lui-même privé, avec par exemple le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ou la suppression d'une partie de l'impôt sur la fortune.

    «Ce sont surtout des recettes qu'on ne maîtrise pas, depuis que les multinationales procèdent à de l'optimisation fiscale. Si la France rentre 60 milliards de plus par an — ce qui devrait être le cas — il n'y a plus de déficit, on ne dirait plus que la France vit au-dessus de ses moyens!»

    Une dette et des impôts qui augmentent plus que chez nos voisins, c'est également le constat que dressait dans son dernier rapport annuel la Cour des comptes qui mettait en garde l'exécutif contre tout excès, tant d'optimisme en matière de recettes que de permission en matière de dépenses. Les sages de la rue Cambon soulignant par ailleurs que la situation globale des finances publiques restait «nettement détériorée».

    Redresser la barre semble particulièrement difficile tant le phénomène a perduré et les réticences sont fortes. En 2017, la France est parvenue pour la première fois en 10 ans à faire revenir son déficit sous le seuil des 3% du PIB exigé par Bruxelles, cependant elle figure toujours parmi les plus mauvais élèves de l'Union européenne en termes de maîtrise de son budget. Selon un rapport d'Eurostat, au troisième trimestre 2017, l'Hexagone se classait ainsi avant-dernière sur 28 en terme de déficits publics, entre la Roumanie et la Hongrie. Face à cela, Philippe Béchade déplore l'absence de grandes réformes structurelles dans le pays.

    «C'est juste qu'en France rien ne change jamais, sous aucun gouvernement quel que soit sa couleur politique: la dépense publique on ne sait pas la réduire, parce que politiquement c'est délicat…»

    Délicat, un euphémisme au vue du comportement de certains membres du gouvernement depuis que le budget 2019 fait parler de lui dans la presse. Lors du débat d'orientation budgétaire au palais Bourbon, le 12 juillet, tant Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, que Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, étaient restés particulièrement vagues sur les mesures envisagées par le gouvernement pour réduire les dépenses de l'État, se gardant d'avancer un quelconque chiffre quant à d'éventuelles suppressions de postes.

    «Pourquoi jeter ce voile mystérieux? Que cachez-vous? Qu'avez-vous peur d'assumer?» avait alors assené depuis la tribune, Éric Woerth, président Les Républicains (LR) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, lui-même ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy.

    Nous étions alors au lendemain d'une polémique, soulevée par les révélations du quotidien Les Échos concernant une suppression de 20.000 postes au sein de la direction générale des Finances publiques (DGFiP) et des douanes d'ici la fin du quinquennat. «Même les Echos écrivent n'importe quoi», avait alors tweeté, en réponse, Gérald Darmanin. On notera, pour autant, que le transfert de la gestion des impôts à une agence figure parmi les pistes du rapport Comité d'action publique 2022 (CAP 2022) ébruitées par nos confrères.

    CAP 2022, ce rapport qui prévoit 30 milliards d'économies dans les dépenses publiques à l'horizon 2022 et dont le gouvernement avait décidé au dernier moment de ne pas rendre publiques les conclusions. Un rapport sur lequel des journalistes ont pourtant réussi à mettre la main, contrairement aux élus.

    Une situation qui agace Bruno Retailleau qui rappelait l'ultimatum adressé à Matignon par le président de la commission des finances du Sénat et le rapporteur général de leur communiquer d'ici lundi 23 juillet ces fameuses conclusions. Reste donc à savoir si ce silence de l'exécutif cache bel et bien des mesures à même de changer les choses. Réponse lundi?

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    Tags:
    dette publique, France
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